Politique énergétique : les faux-semblants du gouvernement

 Après les annonces de Nicolas Sarkozy, le 3 mai dernier à Gravelines (Nord), quatre élus écologistes appellent à «sortir du nucléaire, préserver le climat, réduire nos consommations d'énergies fossiles et garantir un droit aux services énergétiques à tous, même aux plus précaires».

 

Après les annonces de Nicolas Sarkozy, le 3 mai dernier à Gravelines (Nord), quatre élus écologistes appellent à «sortir du nucléaire, préserver le climat, réduire nos consommations d'énergies fossiles et garantir un droit aux services énergétiques à tous, même aux plus précaires».

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Le 3 mai, lors de sa visite à la centrale de Gravelines, le président de la République, tout en réaffirmant l'engagement de la France pour le nucléaire, annonçait «une sorte d'acte 2 du Grenelle de l'environnement» consacré à la sobriété énergétique. Selon le chef de l'Etat, le sujet, à l'inverse du nucléaire, était susceptible de faire largement consensus.

Cette proposition, il est vrai, reprend une demande déjà ancienne des écologistes. Mais dans le contexte, elle tient de la provocation. D'abord, parce qu'elle prend comme préalable le développement de l'industrie nucléaire, et la poursuite de la fuite en avant. Ensuite, parce qu'elle vient après un «Grenelle de l'environnement» largement vidé de sa substance quant aux réponses efficaces à apporter à la crise énergétique. Des mesures ambitieuses avaient pourtant été élaborées pour promouvoir la sobriété, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Aucune d'elles, hélas, n'a encore été adoptée.

Sur l'efficacité, tout le monde s'accorde à dire que la rénovation énergétique des bâtiments existants est incontournable pour lutter tant contre le dérèglement climatique –par la réduction des émissions de carbone– que contre la précarité énergétique –en réduisant les consommations d'énergie, donc les factures des ménages. Mais pour espérer atteindre les objectifs fixés par le Grenelle –38% de réduction des consommations dans le bâtiment– c'est d'un véritable plan Marshall dont nous avons besoin, avec une fiscalité dédiée. La seule réglementation thermique ne suffira pas davantage que les promesses et les discours renouvelés !

Pour la sobriété, même constat: la fiscalité écologique annoncée? Enterrée. L'«euro-vignette», qui devait taxer les poids lourds au kilomètre? Enterrée. Même sort pour la contribution «énergie climat», la mal nommée «taxe carbone». Dans le domaine des transports, silence radio sur toute mesure concrète permettant le transfert de la route vers le rail. Le Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) prévoit au contraire... une relance des travaux autoroutiers et le projet de Notre-Dame-des-Landes, contradictoire avec le moratoire sur les aéroports envisagé en 2007. Les coûteuses mesures de soutien au secteur automobile, financées par le contribuable (prime à la casse, plan de relance, bonus malus...) n'ont même pas intégré l'exigence de la reconversion industrielle du secteur, vers la construction de véhicules modernes légers, moins puissants, peu polluants, peu consommateurs d'énergie et d'espace.

Les énergies renouvelables ? Depuis plus d'un an, le gouvernement s'acharne à les mettre à la casse. Les mesures annoncées barrent la route à une transition énergétique de notre pays d'ici 2050, qui nous permettrait de sortir progressivement du nucléaire. Toutes les énergies d'avenir sont touchées: le développement de l'énergie solaire photovoltaïque a été stoppé en plein vol par le moratoire, pour ensuite être soumis à une politique discrétionnaire de quotas; l'énergie éolienne est dorénavant traitée par la loi comme une industrie polluante. Le bois énergie est disqualifié, accusé de pollution par les particules, alors que des solutions existent contre cette nuisance. Le biogaz est simplement occulté, alors qu'on fait la promotion des agrocarburants , pourtant facteurs de concurrence sur l'usage des sols et de pollution agricole.

Ce n'est pas «d'une sorte» de débat dont notre pays a besoin, mais d'actes concrets et financés, à commencer par une mise en œuvre fidèle des mesures du Grenelle. La crise énergétique est déjà là, et l'énergie nucléaire a été touchée de plein fouet par la catastrophe de Fukushima, qui comme les précédentes «n'aurait jamais dû arriver». Aveuglé par les lobbies, le Président de la République et le gouvernement persistent dans le déni de la réalité.

Face aux enjeux du siècle, la politique qu'il nous faut inventer doit relever quatre défis: sortir du nucléaire, préserver le climat, réduire nos consommations d'énergies fossiles et garantir un droit aux services énergétiques à tous, même aux plus précaires. Cette politique, c'est celle qui s'invente au jour le jour dans les collectivités locales, bien loin des coups de menton d'un gouvernement dont l'action concrète est aux antipodes des promesses du Président de la République, en octobre 2007, lors de la restitution des conclusions du Grenelle de l'environnement, restées lettre morte.


Denis Baupin
, maire adjoint de Paris, auteur de «La planète brûle. Où sont les politiques?»
Hélène Gassin, vice-présidente de la région Ile-de-France, chargée de l'environnement, de l'énergie et de l'agriculture
Benoît Leclair, vice-président de la région Rhône-Alpes, délégué à l'énergie et au climat
Mickaël Marie, président du groupe Europe Ecologie Les Verts au Conseil régional de Basse-Normandie

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