Billet de blog 8 nov. 2013

Marine Le Pen non grata aux Antilles

En Martinique, un appel de personnalités, parmi lesquelles Ina Césaire, Patrick Chamoiseau, Gilbert Pago et Philippe Pierre-Charles, fait savoir à Marine Le Pen, présidente du Front National, qu'elle n'est pas bienvenue aux Antilles, notamment après la récente banalisation de la parole raciste en France.

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En Martinique, un appel de personnalités, parmi lesquelles Ina Césaire, Patrick Chamoiseau, Gilbert Pago et Philippe Pierre-Charles, fait savoir à Marine Le Pen, présidente du Front National, qu'elle n'est pas bienvenue aux Antilles, notamment après la récente banalisation de la parole raciste en France.


Cette fois, la rejeton Le Pen n'a pas choisi la méthode discrète. Confortée par une atmosphère nauséabonde de montée des groupes néonazis dans divers pays européens, elle annonce urbi et orbi qu'elle visitera les colonies avant la fin de l'année. Elle pousse la provocation jusqu'à prétendre que les problèmes des Le Pen avec nous seraient de l'histoire ancienne à ranger dans les souvenirs désuets.

Nous, soussigné-e-s, répondons au contraire que tout dans le contexte prouve la malfaisance des thèses et des pratiques développées par les groupes d'extrême droite : aux assassinats odieux de Grèce s'ajoutent ceux de Paris ou d'ailleurs.

Aux propos racistes de telle lepéniste même désavouée pour outrance maladroite, s'ajoutent les dérives des personnages contaminés par la vague bleu marine. Il y a quelque chose de pourri dans le monde du capitalisme en crise et Marine Le Pen en est la sécrétion caricaturale.

Sur les côtes italiennes, des milliers de victimes de la faim et de l'oppression prennent le risque de perdre la vie, et les institutions et forces dominantes européennes n'ont, au-delà de l'hypocrisie de la pitié, qu'une réponse : rendre plus imperméables les frontières pour barrer la route aux plus démuni-e-s. Plus près de nous, quand ce n'est pas l'ONU qui sème le choléra par ses troupes d'occupation en Haïti, c'est la cour suprême de République dominicaine qui jette dans le néant juridique des centaines de milliers de Dominicain-e-s qui ont le malheur d'être d'ascendance haïtienne.

La venue de Le Pen chez nous serait un coup de pouce donné à ces manifestations de la honte sans frontières.

Marine Le Pen prétend faire oublier les déconvenues de son père en Martinique et en Guadeloupe, mais n'a jamais dénoncé son racisme éhonté. Elle n'a jamais désavoué son approbation de la torture pratiquée contre nos frères et sœurs algérien-e-s pendant la guerre de libération. Elle ne s'est jamais démarquée de ses propos scandaleux sur le génocide des juifs, un détail dans l'histoire de la deuxième guerre mondiale. Elle prétend fouler le sol martiniquais, mais n'a jamais daigné reconnaître le peuple qui l'habite comme un peuple spécifique. Elle refuse de dénoncer l'esclavage comme un crime contre l'humanité appelant réparations.

La démagogie « sociale » dont elle s'affuble ne trompera que les naïfs. Elle prétend défendre les travailleurs, mais ses deux députés n'ont jamais fait un seul geste politique en ce sens. L'histoire nous a montré les nazis hitlériens et les fascistes mussoliniens se déguisant en national-socialistes, amis des pauvres contre la ploutocratie apatride. En réalité, les Le Pen et autres apprentis fascistes servent toujours les intérêts du grand capital. Pour cela, ils veulent tromper les plus crédules en divisant les peuples, en dressant les travailleuses et les travailleurs les uns contre les autres au nom du rejet de l'immigré, de l'étranger, du Röhm, du musulman et finalement, quoi qu'ils disent, du rejet du nègre.

Le Pen c'est pas la peine ! Fou kan avan'w rivé !
Signataires :

Arnaud Christian, GRS, Fort-de-France
Arnauld George, GRS
Augusty Alex, Sainte-Marie
Balland Didier, restaurant La Lanterne
Bonheur Rita, présidente UFM
Bonheur Rose, So.Li.D, François
Bouhot Gérard, Morne Rouge
Bourgade Jacqueline
Bourgeois Jean-Claude, citoyen martiniquais
Branchi Michel, économiste, rédacteur en chef de Justice 
Cage Nicole, poétesse, GRS, Schoelcher
Cassildé David, CNCP
Célia, artiste, professeur de chant
Césaire Ina, ethnologue
Chamoiseau Patrick, écrivain
Charles-Hélène Christian
Choux Florent
Cidalise-Montaise Murielle, cadre fonction publique d'État
Clément Emmanuelle, enseignante
Cossou Claude, Sainte Marie
de Vassoigne Christian, géographe
Dorléans Max, Collectif martiniquais pour la santé
Fontaine Alfred
Fortuné Martine
Grandjean Frederic, délégué du personnel, Carbet
Hemart Catherine, ingénieur
Jean-François Anne-Marie, Éducation nationale, Case-Pilote
Joseph-Auguste Lucien, CNCP
Login Frédéric, CDMT
Louison Lucien, ancien responsable Snetaa, artiste, Trinité
Louzé Véronique, enseignante, Fort-de-France
Monthieux Miguel, So.Li.D., Lamentin
Pago Gilbert, historien, GRS
Permal Victor, Cercle Frantz Fanon, artiste, sociologue
Perutin Dany, antiraciste, antifasciste, anticolonialiste
Petro-Patrice Claudinette, ancienne secrétaire académique Snetaa, Morne-Vert
Philippy Pierre, philosophe
Pierre-Charles Philippe, historien, GRS, CDMT
Pierrodé Manuela, enseignante, Fort-de-France
Ratenan Marie-France, Diamant
Ravoteur Renée, GRS
Raymond Franck, CDMT
Relautte Félix, GRS, CDMT
Renard Thierry
Rosier-Coco José, GRS, Robert
Rustal Max, GRS, Fort-de-France
Sellaye Marcel, GRS, Ajoupa
Sellaye Marie-Josèphe
Seveur Léon, CNCP  
Tally Jacqueline, GRS, CDMT, Fort-de-France
Tournier François, anticapitaliste
Zénoki Hervé, secrétaire général adjoint CSTM.

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