Billet de blog 11 mars 2016

Pour la reconnaissance du droit au boycott et à la liberté d’expression

Quatre conseillers de Paris Danielle Simonnet (Parti de Gauche), Raphaëlle Primet (PCF), Léa Filoche (PS) et Jérôme Gleizes (EELV) dénoncent les déclarations sur le BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) de Manuel Valls lors du dîner du CRIF, le 7 mars dernier. Pour ces élus de gauche: « Manuel Valls commet non seulement un amalgame inacceptable entre l’engagement citoyen en faveur du boycott et l’antisémitisme, contribuant à une banalisation de l’antisémitisme irresponsable, mais assume une rupture avec les positions traditionnelles de la France dans le conflit israélo-palestinien».

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Le premier ministre Manuel Valls a récidivé lors du dîner du CRIF dans ses amalgames visant à suspecter toute personne et mouvement critiques vis-à-vis de la politique du gouvernement israélien d’antisémitisme. Le 19 janvier il avait déjà considéré que BDS, le mouvement non violent Boycott Désinvestissement Sanctions, participait d’un « climat nauséabond » d’antisémitisme déguisé en antisionisme et annoncé un « changement d'attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de ce genre de manifestations ». En récidivant ce lundi 7 mars, Manuel Valls commet non seulement un amalgame inacceptable entre l’engagement citoyen en faveur du boycott et l’antisémitisme, contribuant à une banalisation de l’antisémitisme irresponsable, mais assume une rupture avec les positions traditionnelles de la France dans le conflit israélo-palestinien.

Lancé en 2005 par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne en s’inspirant de la campagne menée en son temps en Afrique du Sud qui avait contribué à mettre fin au régime d’apartheid, BDS est pourtant un mouvement pacifiste légitime qui vise à faire pression sur le gouvernement israélien tant qu’il ne respectera pas le droit international. Les actions de boycott pour pousser à des changements politiques ou sociaux ont toujours été considérées dans les pays démocratiques comme des formes légitimes d’action politique.

La France « pays des Lumières et des Droits de l’Homme » sur la base d’une simple circulaire Alliot Marie datant de 2010 est le premier pays au monde à traduire devant les tribunaux et à condamner celles et ceux qui défendent le droit international en incitant au boycott ! Que l’on soit d’accord ou pas avec les actions conduites par BDS ne justifie aucunement de remettre en cause les libertés fondamentales citoyennes et la liberté d’expression.

Les groupes PS et LR ont fait adopter deux vœux au Conseil de Paris de février condamnant l’expression citoyenne de ce boycott des produits israéliens, malgré l’opposition des élu-e-s PG, PCF et EELV, des rangs socialistes clairsemés et l’envoi par les maires de trois villes palestiniennes partenaires de Paris de lettres à Anne Hidalgo lui demandant de renoncer à cette initiative.

Cette délégitimation devient inquiétante avec la tentative de criminalisation de la campagne BDS lors d’un rassemblement appelé par le Collectif National Pour une Paix Juste Et Durable entre Palestiniens et Israéliens et d’autres organisations place du Châtelet le 16 février, jour de la séance du conseil de Paris. Sur le document de dépôt de manifestation, la Préfecture a indiqué « il est interdit … d’appeler au boycott des produits israéliens. Toute personne enfreignant cette interdiction sera interpellée ». Autrement dit un rassemblement pour la défense du boycott est autorisé à la condition expresse qu’on ne soutienne pas le boycott !

Le vote du Conseil de Paris a été interprété par les palestinien-ne-s comme il devait l’être, une acceptation de l’accélération de la colonisation actuelle par le gouvernement israélien des territoires palestiniens. Ainsi dans une lettre à Anne Hidalgo, Sael Erakat numéro deux de l’Organisation de Libération de la Palestine, membre de l’Internationale socialiste, écrit « condamner un mouvement légitime et non violent (…) revient à soutenir activement l’entreprise colonisatrice toujours en cours ».

Les vœux du PS et de LR, en ne comprenant aucun mot sur la condamnation de la poursuite de la colonisation par l’État d’Israël et son mépris du droit international constituent une rupture avec l’héritage de Bertrand Delanoë et plus grave y compris avec la politique française qui désire initier une conférence internationale afin de relancer le processus de paix israélo-palestinien.

Lorsque le premier ministre Manuel Valls ose déplorer lors du dîner du CRIF qu’ « Israël est souvent soumis à une grille de lecture déformante et injuste », il assume bel et bien lui aussi d’occulter totalement que la politique du gouvernement de Benyamin Netanyahu bafoue le droit international, qu’Israël occupe illégalement les territoires palestiniens et a été condamné à plusieurs reprises par des instances internationales tels que le Conseil des droits de l'homme des nations-unies ou la Cour internationale de justice. 


Cette tentative de restriction de la liberté d’expression n’arrive pas à n’importe quel moment mais dans le cadre général instauré par l’état d’urgence et la volonté du gouvernement Hollande Valls de « constitutionaliser » celui-ci. Cette volonté politique de dédouaner la politique du gouvernement israélien n’arrive pas non plus à n’importe quel moment, alors que celui-ci ne cesse d’étendre sa colonisation et rendre chaque jour plus incertain le processus de paix étroitement lié à la possible reconnaissance de l’Etat Palestinien.

Trop c’est trop. Nous ne laisserons pas passer une telle atteinte aux droits démocratiques fondamentaux ni à Paris, ni dans aucune autre ville française. Nous n’accepterons pas que la France, qui devrait enfin reconnaître l’Etat Palestinien change ainsi radicalement sa politique et renonce à contribuer à la paix.

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