Le PS face à l'Université : lettre ouverte de Sauvons l'université à Bertrand Monthubert

Indigné par le programme du Forum des idées du PS, Etienne Boisserie, président de Sauvons l'Université! publie une lettre ouverte à Bertrand Monthubert, secrétaire national du Parti socialiste à l'enseignement supérieur et à la recherche. Entre inquiétude et consternation SLU dénonce une posture d'accompagnement des réformes actuelles.

Indigné par le programme du Forum des idées du PS, Etienne Boisserie, président de Sauvons l'Université! publie une lettre ouverte à Bertrand Monthubert, secrétaire national du Parti socialiste à l'enseignement supérieur et à la recherche. Entre inquiétude et consternation SLU dénonce une posture d'accompagnement des réformes actuelles.

Cher Bertrand Monthubert,


Je vous remercie de votre invitation à venir assister aux débats du PS à Toulouse.

J'ai bien entendu regardé attentivement l'organisation de vos travaux, les thèmes abordés et les personnalités invitées. Pour vous dire les choses avec une franchise que je juge préférable connaissant les combats que vous avez menés, je dois bien avouer une grande déception. De toute évidence, vous avez totalement oublié les représentants des personnels (toutes catégories confondues), un certain nombre de thèmes et de secteurs fondamentaux de nos universités, et particulièrement ceux qui souffrent déjà - et continueront de souffrir - des effets des "réformes" conduites depuis 2007. J'entends bien qu'un président d'université - a fortiori quatre - a une certaine expérience des RCE et de l'application de la loi LRU, mais cela ne vous aidera certainement pas à calibrer l'indispensable balayage des effets les plus délétères de la LRU et des graves dysfonctionnements introduits dans les structures universitaires par les différents « -ex » que nombre de vos invités ne manqueront d'ailleurs pas de louer. Au demeurant, l'idée d'inviter à vos travaux un « grand témoin » qui, la veille, aura présenté dans une librairie parisienne le livre qu'il cosigne avec la ministre, permettant ainsi à celle-ci de vanter urbi et orbi son miraculeux « bilan », est un pied de nez qui doit être apprécié à sa juste valeur.

 

J'entends bien, par ailleurs, que « l'innovation » - qui se substitue bien trop à la « recherche » pour ne pas devoir susciter quelques interrogations - est une composante essentielle du discours ambiant, mais quid de pans entiers de l'université ? Des SHS ? Des IUT ? Quid des conditions de travail des personnels soumis à la RGPP - les Biatoss depuis un moment, les EC sous peu ?

Beaucoup de « vedettes » et de discours convenus en perspective, un mauvais signal adressé à la communauté universitaire, une incapacité à poser un diagnostic autrement qu'avec ceux qui ont accompagné - ouvertement ou dans les faits, avec zèle ou toute honte bue - des transformations redoutables.

 

Avez-vous oublié que votre groupe parlementaire avait, en plein mouvement de 2009, certes tardivement, mais clairement, pris position contre la loi LRU ? Avez-vous oublié que vous-même aviez pris une telle position au même moment ? Etes-vous en train de vous préparer à annoncer au nom du Parti, comme M. Cambadélis l'a fait en son nom dans le JDD du 8 mai, que la réforme des universités est « peut-être » la seule réussite du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Votre idée de « la société de la connaissance » ne cache-t-elle pas une conversion définitive à « l'économie de la connaissance ? Et, enfin, pourquoi diable avoir pris la peine de consulter les associations SLR et SLU en décembre dernier si c'était pour produire un tel cadre de débat et de réflexion publique ?

 

Je reconnais bien volontiers que ce courrier n'est pas une réponse courtoise à votre aimable invitation, mais comment un parti comme le vôtre peut-il à ce point évacuer autant de dimensions du problème de l'enseignement supérieur et de la recherche ? Comment peut-il aussi durablement éviter de tracer des priorités nouvelles pour un secteur gravement affecté depuis 2007. Or, il est consternant de constater qu'aucun de vos invités - à l'exception sans doute de votre élue régionale - n'a jamais pris la mesure de ces bouleversements et des effets néfastes des réformes en cours, quand il ne s'en est pas réjoui au nom d'une « excellence » qu'il est désormais convenu dans les cercles « réalistes » d'invoquer à tout bout de champ, comme jadis, en d'autres lieux, on en appelait aux mannes du « socialisme scientifique » ? Mesurez-vous vraiment - votre parti, pas vous-même - le degré de renoncement atteint, qui consiste à copier le discours de l'adversaire par crainte du discrédit ?

 

Cela ne remet pas en cause mon estime pour le militant que vous fûtes, ni mon espoir d'une alternance politique. Mais cela ne sera pas à n'importe quel prix et vous devez prendre enfin la mesure du désarroi des femmes et des hommes sans lesquels l'université n'existe pas. Je ne doute pas que le programme de votre « Forum des idées » - certains d'entre nous y ont lu un « Forum des Idex » - provoquera chez beaucoup d'entre eux un sourire mi-las, mi-désabusé, chez d'autres une grande inquiétude.

 

En espérant que votre parti saura un jour comprendre que ce n'est pas seulement d'une alternance dont l'Université et la Recherche ont besoin, mais bien d'une alternative aux politiques en cours, je vous prie de croire, cher Bertrand Monthubert, en mes sentiments les plus cordiaux.

 

Etienne Boisserie

président de Sauvons l'université !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.