L’interdiction des néonicotinoides, c'est maintenant !

Jean Paul Chanteguet, député de l’Indre et président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale appelle les parlementaires à interdire les néonicotinoïdes, responsables de la disparition de colonies d'abeilles. Un amendement a été voté en mars dernier lors de la première lecture de la loi biodiversité à l'Assemblée mais le gouvernement y est opposé. Il craint que cette interdiction ait du mal à être confirmée au Sénat...

Jean Paul Chanteguet, député de l’Indre et président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale appelle les parlementaires à interdire les néonicotinoïdes, responsables de la disparition de colonies d'abeilles. Un amendement a été voté en mars dernier lors de la première lecture de la loi biodiversité à l'Assemblée mais le gouvernement y est opposé. Il craint que cette interdiction ait du mal à être confirmée au Sénat...


Le combat pour la survie des abeilles a connu un épisode important le 19 mars dernier, quand les députés français ont introduit dans le projet de loi sur la biodiversité un amendement prévoyant l’interdiction en France, dès le premier janvier 2016, des néonicotinoïdes, ces pesticides responsables de la disparition des colonies d’abeilles. Mais la bataille est loin d’être gagnée, puisque le texte doit passer au Sénat, avant de revenir à l’Assemblée, où les députés devront faire preuve d’une courageuse autonomie, s’ils sont dans la majorité pour s’opposer au gouvernement, qui préfère retarder une telle décision et s’ils sont dans l’opposition, pour voter avec les socialistes et les verts.


Ces néonicotinoïdes représentent aujourd’hui un tiers des insecticides vendus dans le monde et sont utilisés en France, en pulvérisation et en enrobage de semences, sur des céréales, des arbres fruitiers, des légumes, des vignobles, des plantes décoratives ou encore en foresterie et dans des bâtiments d’élevage. Leurs molécules agissent sur le système nerveux central des insectes. Leur toxicité pour les abeilles est, pour l’un d’entre eux, l’imidaclopride, 7300 fois plus forte que celle du DDT interdit en France depuis 1971 !

 

C’est au milieu des années 90 que les apiculteurs constatent l’effondrement de leurs colonies de butineuses et lancent l’alerte. Chaque année depuis cette date, ce sont 30% des ruchers qui disparaissent, ce qui a contribué à une chute de la production de miel de 32 000 tonnes en 1995 à 10 000 tonnes l’an dernier. Mais les abeilles domestiques ne sont pas seules à mourir. Selon l’étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature, commandée par la commission européenne, près de 10% des quelques 2000 espèces sauvages d’abeilles européennes sont menacées d’extinction. Le phénomène touche également le Japon et les Etats-Unis, à tel point que le Président Obama a prôné une stratégie nationale, qui vient de se traduire par un moratoire sur l’ensemble des néonicotinoïdes existants jusqu’à évaluation complète de leurs risques et par l’interdiction de toute nouvelle mise sur le marché. En France comme souvent, quand il s’agit de médicaments ou de pesticides, ce sont les citoyens, qui ont dû engager des procédures judiciaires devant la frilosité des responsables politiques. Et c’est le conseil d’Etat, saisi par les apiculteurs, qui a confirmé  en 2003 et 2004 les graves carences d’évaluation du risque présenté par le Gaucho et le Regent.

 

Alors que les agences publiques d’évaluation tardaient à se prononcer, la communauté internationale des scientifiques accumulait, elle, les preuves de la responsabilité des néonicotinoïdes dans l’hécatombe des abeilles, même si celles-ci souffrent également d’un virus transmis par l’acarien varroa et d’un prédateur comme le frelon asiatique. En 2012, les chercheurs de l’INRA d’Avignon démontraient que les abeilles perdaient le sens de l’orientation et mouraient sans retrouver leur ruche.  En 2015 un groupe d’une trentaine d’experts internationaux, après avoir compilé, durant 5 années, 1221 études venues du monde entier, aboutissait à des conclusions accablantes.  Non seulement les néonicotinoïdes présentent une toxicité aigüe et chronique pour les abeilles, mais ils ont également des effets délétères sur les invertébrés terrestres, comme les vers de terre, et aquatiques mais aussi sur les poissons et les oiseaux, contaminés via les eaux et les sols, dans lesquels ils persistent assez longtemps  pour compromettre les cultures, qui succèdent aux plantes traitées. La haute toxicité de ces produits systémiques, puisqu’ils sont présents dans la totalité de la plante durant toute sa vie, se transmet ainsi dans l’espace et dans le temps à d’autres cultures, à d’autres espèces  vivantes du monde animal et finit par toucher l’homme via la chaine alimentaire. Si de rares études ont été réalisées sur la santé humaine, l’agence européenne de sécurité des aliments estime, que deux des molécules peuvent avoir  une incidence sur le développement du système nerveux humain. Au final, c’est l’ensemble de l’écosystème, qui est concernée par les effets des néonicotinoïdes, explique l’étude publiée en avril dernier, par l’EASAC, l’organisme qui rassemble les académies scientifiques européennes. Et c’est  bien la sécurité alimentaire qui est ainsi menacée, puisque, selon l’INRA, 84% de la production végétale destinée à la consommation humaine en Europe dépend de la pollinisation effectuée notamment par les abeilles.

 

Devant tant d’évidence, la commission européenne a fini par décréter un timide moratoire temporaire de deux ans jusqu’en décembre 2015, limité à trois des cinq principales molécules et encore pas sur toutes les céréales ni sur tous les traitements. Cette décision européenne, dont on ne sait pas si elle sera reconduite et étendue, n’empêche nullement chaque pays de faire mieux, s’il le souhaite. Ainsi l’Italie et l’Allemagne ont interdit plusieurs néonicotinoïdes dès 2008, sans encourir les foudres de l’Union européenne et en démontrant, pour la première, que des techniques alternatives d’agriculture permettaient de se passer de ces dangereux pesticides. La France, qui avait milité pour le moratoire européen, peut et doit encore montrer la voie en interdisant l’ensemble des néonicotinoïdes sur son territoire. Le monde agricole, loin d’être responsable d’une telle mise en danger de l’environnement, a tout à gagner à promouvoir des pratiques saines pour les exploitants comme pour les produits de la terre.

 

Aujourd’hui j’appelle les parlementaires à assumer leurs responsabilités, pour défendre les biens communs et à prendre une décision d’interdiction, que nous dicte l’intérêt général, au contraire des intérêts particuliers de l’agrochimie !

 

Jean Paul Chanteguet organise avec Delphine Batho et Gérard Bapt un forum de mobilisation pour l'interdiction des néonicotinoïdes le 24 juin à l'Assemblée nationale. Retrouvez l’annonce du Forum, le programme et le formulaire d’inscription sur : http://www.gerardbapt.info/

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