Pour un moteur franco-allemand de gauche

Anticipant un basculement à gauche de l'Europe dans les prochains mois, Henri Weber, secrétaire national-adjoint du Parti socialiste, se prononce pour une «réactivation du moteur franco-allemand, dans l'opposition, afin qu'il puisse fonctionner à plein régime dès que les gauches seront revenues au pouvoir», et détaille l'accord contracté entre le PS et le SPD dans cette perspective.

Anticipant un basculement à gauche de l'Europe dans les prochains mois, Henri Weber, secrétaire national-adjoint du Parti socialiste, se prononce pour une «réactivation du moteur franco-allemand, dans l'opposition, afin qu'il puisse fonctionner à plein régime dès que les gauches seront revenues au pouvoir», et détaille l'accord contracté entre le PS et le SPD dans cette perspective.

 

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puceinvite.jpgEn juin 2012, l'union de la gauche et des verts a de bonnes chances de reconquérir le pouvoir en France. En septembre 2013, la même alternance pourrait survenir en Allemagne. Cette double victoire, suivie peut-être d'une troisième en Italie, pourrait inverser le cycle politique en Europe. Pour préparer cette échéance, Martine Aubry et Sigmar Gabriel, le nouveau numéro un du Parti social-démocrate allemand (SPD), ont mis en place une commission mixte –sept Allemands et sept Français– qui travaille d'arrache-pied, tantôt à Berlin, tantôt à Paris, depuis près de trois ans. Il s'agit de réactiver le moteur franco-allemand, dans l'opposition, afin qu'il puisse fonctionner à plein régime dès que les gauches seront revenues au pouvoir.

Le mardi 21 juin, une délégation de la direction du SPD, conduite par Sigmar Gabriel, sera reçue par le groupe des élus socialistes à l'Assemblée nationale puis par le bureau national du PS, rue de Solférino.

À l'avant-veille de l'élection présidentielle française et à l'avant-veille des législatives allemandes, un accord a été trouvé sur six points.

• Le premier porte sur la politique de sortie de crise: les socialistes français et allemands considèrent qu'il faut commencer par renouer avec la croissance en Europe, car seule la croissance permettra de dégager les ressources nécessaires au redressement des États trop endettés et au financement des grands programmes d'investissement prévus par la stratégie européenne «UE-2020». Ils s'opposent aux plans d'austérité renforcés décidés par les gouvernements conservateurs, dont la généralisation ne peut aboutir, selon eux, qu'à une nouvelle récession continentale.

• Pour retrouver et pérenniser la croissance, poursuivent-ils, il faut mettre en œuvre des politiques différenciées: les États qui disposent d'une balance commerciale excédentaire –et en premier lieu l'Allemagne– doivent stimuler leur consommation intérieure. Ceux qui souffrent de déficits excessifs récurrents –et parmi eux la France– doivent améliorer leur compétitivité et réduire progressivement leur dette, selon un calendrier qui ne les précipite toutefois pas dans la récession. Dans cette perspective, le SPD s'engage à instituer un Smic en Allemagne (7,3 millions de salariés allemands occupent des «mini-jobs» à 400 euros par mois); à augmenter substantiellement les salaires, selon les vœux des syndicats; à faire reculer la précarité, en restreignant le recours aux contrats de travail atypiques; à développer «l'État social prévoyant»; à financer ce coup de barre à gauche en instituant une tranche supérieure à l'impôt sur le revenu de 49% et en augmentant la fiscalité du patrimoine.

• Socialistes français et allemands s'accordent aussi pour mettre à profit la crise des dettes souveraines afin de «rééquilibrer la construction européenne en complétant l'Union monétaire par une Union économique et sociale» (1).

• Ils s'engagent à instituer un gouvernement économique européen en vue d'assurer une meilleure coordination des politiques économiques des États membres et promouvoir une stratégie industrielle à l'échelle du continent.

• Pour financer les projets européens, ils préconisent tous deux l'instauration d'une taxe sur les transactions financières, ainsi que le recours aux obligations européennes: les Eurobonds.

• Socialistes français et allemands s'engagent encore à procéder à une harmonisation sociale et fiscale «par le haut» en introduisant une «assiette unique et un seuil minimum pour l'impôt sur les sociétés» et en proposant un ambitieux Pacte social de progrès.

• Ils s'engagent enfin à jeter tout le poids de l'Union européenne dans la lutte pour la régulation des marchés financiers, mais aussi du commerce international, dans le sens du «juste échange».

Ces points d'accord ont été validés par Martine Aubry et Sigmar Gabriel, dans leur déclaration commune du 14 juillet 2010. Ils sont repris et étayés dans les projets de programme de chacun des deux partis.

«C'est notre volonté et notre responsabilité devant les peuples européens et devant l'Histoire de refaire du couple franco-allemand un moteur pour le progrès économique, social, et politique de l'Europe», concluent les deux leaders. Encalminé et noyé par le duo Merkel-Sarkozy, le moteur franco-allemand est en réparation.

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(1) Sigmar Gabriel, « Nouveau progrès et plus de démocratie », 10 janvier 2011, texte préparatoire au congrès du SPD de décembre 2011.

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