Billet de blog 19 déc. 2014

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Pour une écologie autonome et loin du politique circus

« Ecologistes atterrés », les signataires de cette tribune défendent « un discours clairement alter-démocrate et alter-républicain : proportionnelle, droit de vote des étrangers, (...) démocratie directe, primat de l'écologie sur tous les petits et grands projets inutiles ». Et pour renouer avec « les écologistes du quotidien », il faut selon eux qu'EELV renonce aux jeux politiciens.

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« Ecologistes atterrés », les signataires de cette tribune défendent « un discours clairement alter-démocrate et alter-républicain : proportionnelle, droit de vote des étrangers, (...) démocratie directe, primat de l'écologie sur tous les petits et grands projets inutiles ». Et pour renouer avec « les écologistes du quotidien », il faut selon eux qu'EELV renonce aux jeux politiciens.


Approchez, approchez mesdames et messieurs ! Venez sous le grand chapiteau médiatique admirer EELV et son politique circus actuel, un spectacle pour toute la famille : à ma droite, à votre gauche, la force tranquille de « l'écologie » cynique et réalo, qui derrière un inénarrable cardinal sénateur, et une toute petite partie de parlementaires et cadres d'EELV, cherche encore une cabine sur le pédalo-«Titanic» gouvernemental. Leur tour de magie ? S’accrocher à un PS à la dérive et tourner le dos à leur propre formation politique, Europe Ecologie Les Verts, qui, au tournant des années 2010, espérait côtoyer les 20 % des suffrages et mettre en œuvre la transformation écologique sur la base d'un ancrage sociétal incontournable dans la société française. Leur but actuel ? Un PRG vert, petit et facilement contrôlable, permettant d'avoir un minimum d'élus contrôlable à chaque échéance électorale grâce au grand frère socialiste. A votre droite, à ma gauche, l’énergie sautillante de « l'écologie » frondeuse d'une ancienne ministre devenue députée écolo qui, après avoir participé à deux gouvernements socialistes, a quitté la galère sur un coup de sang et est aujourd'hui la meilleure pourfendeuse de ses anciens compagnons rameurs. Effectuant actuellement un tour de France du peu de militants d'EELV qui restent encore (un peu plus de 7 000, cadres, élus et collaborateurs compris), elle surfe habilement sur le Hollande bashing pour ressouder ses troupes, mais surtout pour apparaître incontournable aux « frondeurs » du Parti socialiste.

Qu’on aime ou pas ce petit jeu, on a tout de même le droit de rêver mieux pour l'écologie politique en France en 2014. Car ces deux postures n’ont rien de « politique ». Définir l'écologie politique par rapport au Parti socialiste, que ce soit à sa gauche ou à sa droite, c’est s'enfermer collectivement dans la logique mutilante de la dictature majoritaire imposée par la Ve république. Sans relais dans les rouages des grands corps de l’appareil de l'Etat français, ce jeu se réduit à jouer périodiquement les supplétifs dans des alliances souvent contre-nature avec les grandes familles politiques héritées du passé. Pourtant, le Front National est en train de prouver qu’on peut remettre en cause cet équilibre à nos dépens. Pendant que l’extrême droite gagne de la dynamique sur la remise en cause du système et d’une « autre politique », les écologistes, eux, sont passés de « la politique autrement » à « la posture autrement ».

Alors comment sortir de ce circus politicus pour renouer avec la société réelle et tous les écologistes du quotidien, celles et ceux qui expliquent simplement qu'en France en 2014, l'intérêt général est de défendre la nature, la faune, la flore et les êtres humains qui en font partie plutôt que des grands projets inutiles et imposés (aéroports, lignes ferroviaires, barrages, centrales nucléaires, etc.) ? L'essentiel, notre vie en commun sur Terre, doit primer sur le superficiel, les intérêts des grands champions hexagonaux et les égos des élus locaux ou nationaux. Rémi Fraisse est devenu, au prix de sa vie terminée beaucoup trop tôt, le triste symbole d'un pouvoir froid et mécanique, fermé aux espoirs, attentes et aujourd'hui colères d'une grande majorité de citoyennes et citoyens, en particulier celles et ceux qui avaient voté pour « le changement » en 2012. La période que nous traversons aujourd'hui est beaucoup plus grave que sous Nicolas Sarkozy, car les désillusions et le désespoir, ou au mieux le désintérêt politique qu’ils engendrent, annoncent les graves tensions à venir.

Alors entre le sommeil de plomb de Hollande, les cabrioles de bonimenteur du clown triste Sarkozy et le cauchemar du FN, il est temps de remettre le rêve au cœur du réel. Regardons Podemos: malgré ses faiblesses programmatiques, ce parti inexistant il y a un an est en train de devenir la première force politique d'Espagne. On peut donc être un parti antisystème, progressant logiquement en période de crise grave, avec un discours radical et altermondialiste. L'opposition frontale au néolibéralisme n'est donc pas symboliquement condamnée à être europhobe et d'extrême-droite. Une autre leçon de ce « Yes we can » espagnol, c’est qu’un imaginaire conquérant en phase avec les attentes des citoyens peut encore mobiliser. Il s'agit de rétablir le pouvoir du rêve et de la mobilisation collective, car « nous pouvons » agir, le pouvoir démocratique et citoyen a encore son mot à dire, oui il y a bien des alternatives.

Le système politique sclérosé de la Ve république française est moribond. Alors plutôt que de céder au cirque de la personnalisation, abordons les prochaines séquences par un discours clairement alter-démocrate et alter-républicain : proportionnelle, droit de vote des étrangers, parlementarisme et régionalisme réaffirmés, démocratisation de toutes les strates institutionnelles avec multiplication des outils de démocratie directe, primat de l'écologie sur tous les petits et grands projets inutiles, et bien entendu réaffirmation de l'échelon européen comme horizon incontournable de notre avenir démocratique. Ça tombe bien, ça correspond à la première lettre de notre mouvement. Alors sachons retrouver l'esprit du début d'Europe Ecologie.

Les partis politiques français n'en finissent plus de mourir de leur entre-soi endogame. Il faut donc ouvrir les portes en grand pour discuter : ONG, associations, syndicats, mouvements sociaux et autres partis politiques sans préalable requis. Il ne s'agit pas de rebondir suite à une participation désastreuse tant en termes d'image que de résultats à cette majorité qui a trahi toutes ses promesses. Il s'agit de réaffirmer haut et fort l'autonomie de l'écologie politique. L'écologie transcende la droite et la gauche. Bien que s'inscrivant en termes de progressisme et de défense des minorités dans l'histoire de la gauche, elle a vocation à dépasser cette dernière pour réconcilier l’individu libre avec son environnement naturel et social.

Il faut s'ouvrir et s'élargir sur cette base, en s'adressant davantage à l'extérieur qu'aux courants internes d'EELV en décomposition avancée. L'échéance de la conférence climatique à Paris en 2015, énième mais ultime sommet de la dernière chance, nous en donne une nouvelle occasion.

Il faut enfin une profonde réforme de notre parti politique pour renouer avec une image positive : « la politique (et non la posture) autrement », une véritable ouverture, pas uniquement clientéliste en vue des prochaines échéances électorales, mais sur le fond, avec multiplication des outils de formation et de participation à tous les échelons, du groupe local au siège national, et la démocratisation réelle du processus décisionnel, en commençant par demander à l'ensemble des adhérents d'EELV par le biais d'un référendum s'ils veulent encore que nous soyons dans la majorité présidentielle. Il ne s'agit pas de préempter le débat, il s'agit de renouer avec la démocratie interne, et de privilégier enfin le fond du problème – qu'est-ce que l'écologie politique a à dire et comment elle le dit dans cette période – sur la forme, avec qui s'allier en priorité en vue des prochaines échéances électorales. Les “ primaires ” semblent être devenues l'alpha et l'oméga de la politique française, alors qu'elles ne sont qu'un outil parmi d'autres. Lorsque l'on voit ce qu'en a fait le PS, qui avait réussi à en faire un exercice populaire de trois millions de votants en 2011 avant d'en trahir l'esprit (le Premier ministre actuel avait fait un tout petit score alors qu'une des finalistes n'est même pas au gouvernement), on voit toutes les limites de l'exercice, tentative de légitimation d'une représentativité de plus en plus fausse des partis politiques. 

En affirmant d'emblée ces quelques principes, et en premier lieu l'autonomie de l'écologie politique et l'exemplarité démocratique, en refusant d'anticiper sur un calendrier pipé d'avance et en gardant en soi la bienveillance et le sourire aux lèvres, parce que l'écologie, c'est aussi et peut-être avant tout une façon d'être à soi et aux autres (« si tu n'es pas responsable de la tête que tu as, tu l'es de la gueule que tu fais »), nous devrions voir une majorité d'écologistes du quotidien nous rejoindre rapidement plutôt que de se voir offrir comme unique horizon le sauvetage du peu de meubles qu'il restera encore à EELV en 2017 après le dernier naufrage socialiste. 

Premiers signataires parmi les écologistes atterrés: Françoise Alamartine, Marie Aoustin, Mathieu Béchu, Abdelhalim Benbakir, Jacques Boutault, Aurélie Brochard, Alain Coulombel, Karima Delli, Véronique Dubarry, Christophe Dumont, Alain Fournier, Edouard Gaudot, Jérôme Gleizes, Benjamin Joyeux, Chekra Kaabi, Anne Le Galles, Elise Lowy, Swann Mespoulède, Jeanne Meunier, Hélène Pelletier, Martine Petit, Raymonde Poncet, Renée Alice Poussard, Maël Rannou, Marion Robert, Fabien Santini, Guillaume Sellier, Lucile Schmid, Djamila Sonzogni, Michel Wilson, Raphaël Yven.

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