Le Petit Journal et le Front de gauche: liberté de la presse bafouée ou mauvaise plaisanterie?

Mercredi 18 janvier, Jean-Luc Mélenchon rencontrait, à Metz, un collectif de chômeurs en présence de la presse. Mais l'équipe du « Petit Journal » n'y fut pas conviée. Eric Coquerel, conseiller spécial de Jean-Luc Mélenchon et secrétaire national du Parti de gauche, livre sa version des faits.

Mercredi 18 janvier, Jean-Luc Mélenchon rencontrait, à Metz, un collectif de chômeurs en présence de la presse. Mais l'équipe du « Petit Journal » n'y fut pas conviée. Eric Coquerel, conseiller spécial de Jean-Luc Mélenchon et secrétaire national du Parti de gauche, livre sa version des faits.

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Drôle de guéguerre que nous mène « le petit journal ». On avait déjà eu un micmac douteux d’après lequel  Jean-Luc Mélenchon n’aurait  pas voulu rencontrer Eva Joly dans le train les amenant au procès de Xavier Mathieu. Il prit des proportions sans rapport avec l’intérêt du fait supposé.  Un faux étrange. Le Petit Journal fut pris la main dans le sac et moqué de tous côtés. Sans crier gare voici une nouvelle agression.

Selon Yann Barthès : le Front de Gauche aurait refusé à l’équipe du « Petit journal » d’exercer son travail lors du meeting messin de Jean-Luc Mélenchon. C’est donc la liberté de la presse qui serait bafouée. Rien que ça ! Du coup nous est infligé un montage nauséabond: les images du meeting et du discours du candidat du Front de Gauche sont traitées d’une manière qui pouvait rappeller sans mal les actualités de la propagande officielle sous l’Occupation, avec en prime une  imitation en voix off des commentateurs de l’époque. Bref du lourd, insultant.

Mais au point de départ, c’est un nouveau mensonge.
Quels sont les faits ? Voici le déroulé des évènements.

Un transport collectif est organisé entre la gare et le lieu du meeting. En plus des membres de l’équipe de campagne qui se déplacent à Metz, y sont conviés les journalistes politiques qui suivent habituellement le candidat quelle que soit par ailleurs leur opinion. L’équipe du Petit Journal n’y est pas conviée car son comportement habituel rend impossible le travail qui s’accomplit pendant ces trajets.  Media de divertissement, elle a  pour habitude de ne respecter aucune des règles minimum qui s’appliquent dans de telles circonstances. Aucun moment off ou privé possible, la moindre discussion peut-être volée par leurs micros y compris celles de leurs collègues non consentants. C’est leur droit mais du coup c’est aussi le notre de préserver ces moments-là. Surtout quand c’est là que se fait le point entre le candidat et son équipe arrivée avant lui.

Mais dès l’arrivée au Palais des Sports, ils ont évidemment  la possibilité de travailler comme tous leurs collègues. A une exception près que, là aussi, nous assumons.

Une rencontre est prévue entre le candidat et le collectif Thionville-Philadelphie. Ce collectif regroupe des chômeurs dont la plupart sont en fin de droit. Ils ont décidé, à l’exception de Marine Le Pen, d’inviter tous les candidats de passage à Metz. Nous savons leur vie terriblement difficile. Tout le traduit en eux. Nous savons qu’ils vont mettre leur existence et leur souffrance sur la table. Avant cette rencontre, on s’interroge sur la présence des médias. Il est finalement décider de leur ouvrir la porte pour populariser leur combat. Par contre c’est pour nous un sujet sérieux qui ne mérite aucune dérision, second degré ou même légèreté. Là encore au vue des sujets habituels du Petit Journal et de son caractère assumé de divertissement, nous décidons de ne pas les convier à cette rencontre qui durera 45 mn.

Pour le reste, le Petit Journal a toutes les possibilités de travailler à sa guise.
Comme toutes les équipes de TV le feront, ils ont la possibilité d’interviewer à l’entrée ou dans la salle du meeting le public qui arrive. Ils ne le font pas.
Comme tous leurs confrères accrédités, ils ont accès à la salle de presse où Alexis Corbière et moi-même séjournons souvent, prêts à répondre aux questions des journalistes. Tous quasiment utilisent cette possibilité. Ils ne le font pas.
Comme tous leurs confrères, une fois un direct avec France 3 Régional passé, ils accèdent, à partir de 19h15, à la salle ou a lieu la conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine. Ils  ont la liberté de poser leurs questions. La journaliste du Petit Journal est assise devant moi, micro à la main. Elle ne s’en servira pas.
En réalité, elle attend la fin de la conférence et la sortie de Jean-Luc Mélenchon et Oskar Lafontaine pour se diriger vers le meeting qui débute pour, à ce moment-là, interpeller notre candidat à quelques mètres de distance. D’ailleurs ni l’un ni l’autre ne les ont identifié. Elle sera donc la seule à ne pas poser des questions quand tout est disposé pour cela mais à tenter de le faire quand évidemment ce n’est plus ni le temps, ni le lieu. Elle savait donc à l’avance qu’il n’y aurait pas de réponse. Si je dis que c’était le but recherché, on dira que je suis parano pour reprendre les termes de Barthès jeudi soir ?
Enfin comme tous les médias, le Petit Journal a accès au meeting dont il tirera les images ensuite arrangées comme décrit plus haut.
De 17 heures à 22 heures, le Petit Journal aura donc pu travailler à l’instar des journalistes  à une exception de 45 mn près, celle de la rencontre avec les chômeurs.

Nous ne sommes pas naïfs. Le Petit Journal est venu avec l’objectif de montrer qu’il ne pouvait pas travailler sur un meeting du Front de Gauche quitte à manipuler pour cela les faits et les images. Nous ne connaissons pas la raison d’un tel parti pris hostile sinon la rancune de s’être déjà fait prendre en flagrant délit de bidonnage. Quoiqu’il en soit, nous n’avons aucune raison d’accepter de voir notre travail désorganisé ou dénaturé par des pratiques de divertissement dont nous acceptons la présence sans pour autant leur accorder toutes les ouvertures que nous réservons au journalisme.  Nous ne sommes pas dupes non plus du sens politique du harcèlement dont nous faisons l’objet.   Godard disait qu’un traveling est affaire de morale, un montage même sous couvert de dérision, l’est tout autant… Le Petit Journal semble penser qu’aucune morale ne s’impose à lui. Sans nous.  

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