Pour un aggiornamento de l'enseignement de l'histoire-géographie

 Le collectif Pour un enseignement de l'histoire-géographie, qui regroupe plusieurs chercheurs et enseignants, lancent un aggiornamento particpatif dans le but de réélaborer les finalités et les moyens de l'enseignement de l'histoire-géographie, afin de préserver son rôle dans «l'édification d'une citoyenneté critique».

 

Le collectif Pour un enseignement de l'histoire-géographie, qui regroupe plusieurs chercheurs et enseignants, lancent un aggiornamento particpatif dans le but de réélaborer les finalités et les moyens de l'enseignement de l'histoire-géographie, afin de préserver son rôle dans «l'édification d'une citoyenneté critique».

 

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Parfois l'urgence d'une situation appelle davantage le calme d'une réactivité distante et sereine que les cris de panique. L'inventaire est régulièrement fait des coups que subissent aujourd'hui l'école, la recherche et l'enseignement, justifiés d'un côté par des impératifs de «performance», fustigés de l'autre comme un sacrifice de l'intelligence sur l'autel de la rentabilité. Sur ce ring où ne ressort pour le moment que la profondeur des contusions, nous souhaitons tenter un pas de côté pour apporter quelque lisibilité aux métiers qui sont les nôtres. Enseignants, chercheurs, souvent les deux, nous sommes tous animés par la conviction qu'il en va de notre responsabilité politique d'offrir en partage et de mettre en débat ce qui fonde notre raison d'être et d'agir dans l'école, dans l'université et dans la société toute entière. C'est pourquoi nous appelons à un «aggiornamento de l'enseignement de l'histoire-géographie», au sens qu'a pris le terme d'une mise à jour simultanée des contenus, des pratiques et des doctrines depuis l'intérieur d'une institution. Dans cette perspective, des assises seront organisée à l'hiver 2012 auxquelles sont conviés tous ceux qui se savent concernés. Un carnet de recherche recense d'ici-là les thématiques pouvant faire l'objet d'une refonte et de propositions(1), chacun peut nous rejoindre et y participer.

À quoi sert l'histoire-géographie?

Nous travaillons une matière première naturellement complexe, évolutive, et surtout (sur)chargée d'enjeux politiques dont le premier, non des moindres, serait d'accompagner l'édification d'une citoyenneté critique. Notre matière recèlerait cette vertu thérapeutique d'apprentissage des normes d'un «vivre ensemble». On postule ainsi le transfert de compétences de la micro-société constituée par l'école à la macro-société des lendemains d'adultes. Est-ce si évident? Devant ce postulat, notre position est bien inconfortable à tenir. Elle l'est d'autant plus que, comme les autres disciplines, la nôtre se voit soumise à des injonctions de plus en plus lourdes (enseigner «les arts», le «développement durable», etc.) et pour lesquelles nous n'avons aucune formation. Tout ceci dans le cadre de réductions horaires, voire de la suppression pure et simple de l'enseignement obligatoire de l'histoire-géographie dans la Terminale scientifique.

La (non) formation des enseignants

Contre les évidences qu'aiment à marteler les thuriféraires d'un «bon sens» intéressé, ni l'école, ni l'université ne sont de simples lieux de transmission et l'enseignement n'est pas une activité de transfert mécanique de savoirs aboutis. Construits par la recherche, les savoirs n'en sont pas moins façonnés par les étapes successives de leur intégration dans les programmes scolaires. Et ils sont encore transformés à mesure que les enseignants -et les élèves ou les étudiants- se les approprient et les traduisent dans leurs cours. Sur la complexité de cet itinéraire des savoirs que nous constatons tous les jours en pratique, nous sommes peut-être trop silencieux et nous laissons souvent le champ libre à ceux qui sont trop heureux de dérouler la vision enchantée et idéologiquement marquée d'un savoir «un et indivisible».

Mais à sa manière, le dernier gouvernement a réglé la question, en supprimant la formation alternée des enseignants. Sans sous-estimer les motifs budgétaires de la décision, il nous faut mesurer le caractère délétère du message implicite adressé ainsi à la société: avec un peu de bonne volonté, n'importe qui peut enseigner n'importe quoi. Cette valse de remplacements, improvisés tantôt par des étudiants, sortants de concours, contractuels, retraités( et bientôt qui/quoi d'autre?) est l'un des coups les plus rudes portés à notre légitimité et notre crédibilité. S'il y a bel et bien une urgence, c'est celle de (re)construire et affirmer le champ de nos compétences. L'enjeu n'est pas de compenser une blessure narcissique dont se gausse si souvent le discours public lorsqu'il évoque le «malaise» des enseignants. Il est surtout de participer à redéfinir les contours d'une école républicaine aujourd'hui malmenée par le démantèlement du service public. Il en va aussi des finalités d'une école dont on prétend sans arrêt réparer les pannes d'ascenseur (social) par la destruction de ses fondations et de ses étages.

À nous de reprendre la main

Le blog que nous ouvrons et ces assises seront l'occasion de mutualiser témoignages, analyses de pratiques et réflexions sur les modalités de coopération entre le monde de la recherche et celui des enseignements primaire, secondaire et supérieur. Ce faisant, conscience historique élémentaire oblige, nous serons particulièrement attentifs à nous inscrire dans la continuité de tous les combats, débats, expériences et expérimentations menés, au moins depuis un siècle, pour ajuster l'enseignement de l'histoire-géographie à l'évolution des sociétés.

Nous espérons que ce travail servira à mieux mettre à jour notre vision de l'École, sa portée émancipatrice et non sa propension à classer les enfants «méritants», «performants», «compétents» ou «inaptes» qui ne sont que des formes mal déguisées de stigmatisations sociales.

La gageure est de taille. Ces mises en délibération collective et publique des questions scolaires sont cruciales pour la vitalité démocratique, elles sont une façon de remettre la main sur nos outils de travail, de la construction à leurs usages. Première étape de l'expression de nos critiques, de nos attentes, de nos besoins, de nos inquiétudes, voire de notre colère, de notre vigilance surtout, le collectif « Pour un aggiornamento de l'enseignement de l'histoire-géographie » s'ouvre à tout ceux qui se sentent investis dans la (recon)quête de nouvelles fondations pour notre discipline, notre métier, notre système éducatif.

 

 

(1) Pour consulter les archives du groupe et y adhérer, cliquer ici.

 

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