Demande d'asile en Suisse : la lettre d’un jeune Afghan à Simonetta Sommaruga

Mohammad Ali Rashid, 18 ans, est menacé de renvoi à Kaboul. Installé à Lausanne depuis deux ans, ce jeune réfugié afghan, aujourd'hui majeur, vient de se voir refuser sa demande d'asile. Sous forme d'appel au secours, il a écrit une lettre ouverte à Simonetta Sommaruga, la Présidente de la Confédération en Suisse.

Mohammad Ali Rashid, 18 ans, est menacé de renvoi à Kaboul. Installé à Lausanne depuis deux ans, ce jeune réfugié afghan, aujourd'hui majeur, vient de se voir refuser sa demande d'asile. Sous forme d'appel au secours, il a écrit une lettre ouverte à Simonetta Sommaruga, la Présidente de la Confédération en Suisse.


 

Madame la Présidente de la Confédération,

 

Je m'appelle Mohammad Ali Rashid, j'ai dix-huit ans et je viens d'Afghanistan. Je vous écris aujourd'hui cette lettre ouverte car je suis perdu et ne sais plus quoi faire pour continuer ma vie.

 

Il y a quelques jours encore, les talibans sont entrés dans une grande ville d'Afghanistan et ils ont tué tout le monde, même les enfants. Aujourd'hui, vous dites que je dois retourner dans ce pays:  vous êtes donc d'accord que les talibans me tuent?

 

En Afghanistan, bien que mineur, je travaillais comme chauffeur de camion pour une compagnie qui opérait sur une base militaire américaine. Pour cette raison, j'étais considéré comme un traître par les talibans. Si vous ne voulez pas qu'ils me tuent, laissez-moi vivre ici!

 

Lorsque j'ai quitté Kaboul, j'avais seize ans. J'ai voyagé seul pendant près de six mois pour arriver en Suisse; parfois je n'avais ni à manger ni à boire pendant plusieurs jours. J'ai marché dix-huit jours à travers les montagnes jusqu'en Iran, traversé la mer avec quarante personnes sur un bateau censé en transporter dix, passé deux semaines en prison en Grèce; A Patras, je me suis caché dans un camion qui devait être chargé sur un bateau pour l'Italie; les garde-frontière m'ont trouvé et sorti à coups de pieds, j'ai recommencé, et après trois mois, j'ai réussi à passer.

 

En Suisse, j'ai pu commencer une nouvelle vie. J'ai été hébergé dans un foyer pour mineurs non accompagnés, j'ai été à l'école et j'ai appris à parler et à écrire en français. J'ai cherché un apprentissage, mais comme je n'avais qu'un permis N (statut de demandeur d'asile), les employeurs ne voulaient pas m'engager. C'est comme ça en Suisse: on attend de toi que tu travailles pour rembourser ce que tu coûtes à la société, mais on ne te laisse pas travailler!

 

Subitement, à ma majorité, j'ai reçu une réponse négative à ma demande d'asile. Pourquoi, après deux ans, me dites-vous de quitter la Suisse alors que je recommençais enfin à croire à une vie de paix et de sérénité? Vous saviez, en fait, que vous n'aviez pas le droit de me renvoyer en Afghanistan tant que j'étais mineur, alors vous avez fait exprès d'attendre jusqu'à ma majorité!

 

Aujourd'hui, je demande plus que jamais l'asile politique. Je veux être entendu face à l'injustice que je vis, afin de pouvoir, demain, être à nouveau debout avec un avenir devant moi.

 

Lettre écrite avec la collaboration de Lisa Veyrier, militante du Collectif R qui a ouvert le Refuge Saint-Laurent à Lausanne.

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