DSK of the FMI, pas assez VIP

Américain à Paris, auteur et comédien de stand-up, chroniqueur à ses heures, John Von Sothen se saisit pour Mediapart de l'affaire DSK.

Américain à Paris, auteur et comédien de stand-up, chroniqueur à ses heures, John Von Sothen se saisit pour Mediapart de l'affaire DSK.

 

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puceinvite.jpgAvec cette affaire de Dominique Strauss-Kahn, on ne parle plus que de sondages, en ce moment.

Des sondages pour savoir qui sera le nouveau leader des socialistes, des sondages pour savoir si les gens pensent que DSK est coupable, ou victime d'un coup monté; des sondages pour savoir si la presse française devrait fourrer plus avant son nez dans la vie privée des politiciens, il y a un même un sondage sur qui est la persona la plus non grata à Cannes: DSK ou Lars von Trier.

Le seul sondage qui manque pourrait bien répondre assez largement à l'incrédulité des Français face à l'arrestation de DSK, à sa marche humiliante entre deux policiers, au refus de le libérer sous caution et à son incarcération à la prison de Rikers Island. C'est que jusqu'à son arrestation samedi dernier, peu d'Américains savaient qui était DSK.

Le matin de la nouvelle, un ami m'envoie ce mail:

«Désolé mais on dirait bien que ton pote FMI est coupable.»

«Tu veux dire DSK ?»

«Qui? Ouais, lui.»

(Je précise que cet ami est newyorkais.)

Les Français sont sous le choc. Sous le choc évidemment des charges qui pèsent contre DSK (et pas FMI), mais sous le choc aussi de la façon dont il est traité –pas juste comme un suspect accusé de viol, mais comme un suspect de base, comme le dealer de crack qui passait avant lui, celui qui affirmait que les petits flacons de verre trouvés en sa possession lui servaient à ranger ses boutons. (Véridique).

J'avoue que même moi, j'étais un peu surpris de voir DSK envoyé direct à Rikers parce que honnêtement, l'Amérique traite quand même ses criminels autrement d'habitude. Si samedi dernier l'Amérique avait su qui était DSK, il aurait très probablement été libéré comme beaucoup d'autres VIPs, comme Bernard Madoff (qui lui aussi risquait de s'envoler), ou comme le rappeur Tupac Shakur (qui lui aussi était accusé d'agression sexuelle dans une chambre d'hôtel). Bon, ensuite 2Pac s'est fait abattre en studio pendant sa liberté provisoire.

Pratiquement, ça n'est que plus tard dans la semaine, après toute la couverture médiatique, que DSK a été assez VIP pour être libéré sous caution. Mais au moment de son arrestation, si vous aviez demandé aux Américains qui était DSK, tout ce qu'ils auraient pu dire était qu'il est français et qu'il a à peu près le même âge que Polanski. Et Polanski, on sait tous ce qu'il a fait quand on l'a inculpé.

En fait, on peut comparer ça avec le drame Oprah Winfrey, la célèbre animatrice de talk show que l'on n'a pas laissée entrer chez Hermès après l'heure de fermeture. Les situations sont différentes, oui, la gravité aussi, oui, d'accord. Mais l'outrage à l'Amérique, les cris à l'iniquité et à l'anti-américanisme étaient bien les mêmes que ceux de ma femme (française) et de mon beau-père dans mon salon lundi soir. Les Américains étaient sidérés de voir Oprah traitée si durement, avec aussi peu d'égards. C'est quand même Oprah, Reine de la télé, et pas n'importe quelle cliente, qui frappait à la porte de la boutique à 20 heures passées.

L'humiliation de l'affront que les Français ressentent ne tient pas qu'aux éléments sordides de l'arrestation, mais aussi au mépris apparent des Américains pour leur ancien favori. Les titres tabloïds à la une du New York Post (Le Perv ou He DID sleep with the maid) ont confronté les Français à la même dure réalité que les fans d'Oprah : DSK n'est pas un VIP.

Et pendant que sur toutes les chaînes, les experts nous recrachent soir après soir que jamais un tel scénario n'aurait pu se produire ici et que DSK aurait dû être traité autrement, je ne peux pas m'empêcher de me demander si Mitt Romney aurait bénéficié d'un traitement de faveur dans les 24 heures suivant son interpellation, s'il était soupçonné de viol au Ritz. Mitt Romney ? L'ancien gouverneur du Massachusetts et candidat républicain favori pour les élections présidentielles de 2012.

Bon. Il n'y aurait sans doute pas de clichés de Romney sortant menotté du commissariat à la une de France Dimanche ou du Parisien, mais il ne serait pas non plus traité comme quelqu'un comme Johnny à mon avis. Et il n'est pas certain qu'il aurait un avocat lors des premières 24 heures.

DSK lui, a un avocat, et cela depuis le début. Malheureusement l'avocat en question, Ben Brafman, qui a représenté Michael Jackson (scandale sexuel), le rappeur Puff Daddy (port d'arme), Jay-Z (agression) et Plaxico Burress (footballeur ayant tiré à l'arme à feu dans une boîte de NY), sans parler de Vincent "the Chin" Gigante (célèbre mafioso) ne donne pas à DSK, une image très, comment dire, une image d'homme d'Etat distingué.

En fait, l'idée que beaucoup d'Américains se faisaient de DSK en ce lundi fatal était la suivante. Un Français se faisant appeler DSK (un peu comme le rappeur DMX ou des groupes comme EPMD, NWA, ou BDP) est accusé de viol dans un hôtel de New York où il séjournait dans une suite à 3.000$ la nuit et il conduit une Porsche. Il est à Rikers et il est défendu par le célèbre Ben Brafman. C'est DSK, rappeur français caillera du groupe FMI.

J'exagère, mais les Français aussi exagèrent l'importance que DSK pouvait avoir aux yeux de la plupart des Américains, qui malheureusement ne savaient pas qui il était et s'en fichaient. Maintenant une semaine a passé et les nouvelles en boucle à la télé ont fait de DSK une célébrité new-yorkaise, qui n'est donc plus à Rikers mais en liberté surveillée, en train de préparer sa défense avec son célèbre avocat.

La stratégie de défense de Brafman sera probablement la même que pour Kobe Bryant. Qui ça ? Kobe Bryant, sans doute l'un des 5 athlètes les plus célèbres des Etats-Unis, sans doute le meilleur joueur de basket depuis Michael Jordan, accusé de viol au sommet de sa carrière en 2003 par une employée d'hôtel, et qui a fini par être acquitté (non-lieu) grâce à une défense basée sur une relation consensuelle. Ce même Kobe Bryant à qui on avait immédiatement accordé la liberté sous caution et que l'on n'a jamais vu menotté.

Quand je regardais les gens suivre les audiences cette semaine, ça m'a fait penser à l'affaire OJ Simpson. C'était tellement incroyable que la plupart des Américains se souviennent exactement de l'endroit où ils étaient quand il a fui dans sa Jeep blanche. Pourtant si je demandais à un Français ce qu'il faisait quand OJ Simpson a été arrêté, il n'en saurait sans doute rien. Parce que pour lui, OJ Simpson n'était pas un héros ou le leader d'une génération, mais juste un assassin hollywoodien en cavale.

C'est un choc quand une icône nationale tombe. Mais c'est traumatisant de réaliser qu'il y a plein de gens pour qui elle n'était personne.

C'est aux Etats-Unis que le sondage qui manque aurait dû être fait cette semaine :

«Quel homme politique européen était impliqué cette semaine dans un scandale sexuel?»

Réponse garantie à une majorité écrasante ............... Arnold Schwarzenegger.

 

Cette chronique est aussi disponible en anglais: DSK of the IMF wasn't VIP enough

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