Pour la diffusion des débats du Parlement européen à la télévision française

Pénélope Cardon, auditrice de justice, et les avocats Emmanuel Tordjman et Benoît Huet regrettent le refus de la télévision publique de diffuser le débat entre les 5 candidats à la présidence de la Commission européenne. Ils demandent la diffusion des débats du Parlement européen pour « rendre accessible et intelligible une institution perçue comme déconnectée des préoccupations des citoyens, sourde à leur voix ». 

Pénélope Cardon, auditrice de justice, et les avocats Emmanuel Tordjman et Benoît Huet regrettent le refus de la télévision publique de diffuser le débat entre les 5 candidats à la présidence de la Commission européenne. Ils demandent la diffusion des débats du Parlement européen pour « rendre accessible et intelligible une institution perçue comme déconnectée des préoccupations des citoyens, sourde à leur voix »


A quelques jours des élections européennes, aucune chaîne publique française n’a accepté de retransmettre le débat du 15 mai opposant les 5 têtes de liste candidates à la présidence de la Commission européenne. Cette position est d’autant plus surprenante que la proximité de l’échéance et la perspective d’une faible participation à ce scrutin devraient au contraire inciter la télévision publique à se mobiliser.

Si le « baromètre thématique des journaux télévisés » français publié par l’Institut national d’audiovisuel révèle une augmentation de l’information européenne sur l’ensemble des sujets traités (de 2,2% en 2008 à 5,9% en 2011), la vie institutionnelle européenne demeure cependant éloignée des projecteurs, et est par conséquent souvent perçue comme abstraite car désincarnée. 

Des élus européens, les citoyens connaissent rarement les noms ou les visages. Les médias nationaux évoquent des décisions prises par « Strasbourg » ou « Bruxelles » – espaces utopiques et étrangers – qui, dans l’imaginaire collectif, s’abattraient à son corps défendant sur le peuple français. 

Nul ne contestera que les décisions du Parlement européen s’inscrivent aujourd’hui au cœur de notre système juridique et que les règlements, directives et autres décisions européennes ont une influence déterminante sur le quotidien des Français. L’extension du pouvoir de codécision du Parlement européen par le Traité de Lisbonne en 2007 a en outre grandement accru le poids de celui-ci face aux autres institutions européennes. Nous nous en félicitons compte tenu de la qualité du travail qui y est réalisé.

Aussi, il est indispensable de rendre accessible et intelligible une institution perçue comme déconnectée des préoccupations des citoyens, sourde à leur voix, invisible à leurs yeux, afin que ceux-ci se l’approprient. L’Europe ne saurait véritablement exister aux yeux des Européens sans que soit créé ce que Jürgen Habermas appelle un « espace public européen », lieu nécessaire de légitimation démocratique pour l’avènement duquel les médias jouent un rôle de premier ordre. 

L’enquête Eurobaromètre analysant les habitudes médiatiques des citoyens de l’Union en matière d’affaires européennes révèle que ceux-ci privilégient très largement la télévision aux autres médias pour s’informer sur les questions politiques.

C’est pourquoi nous demandons que le service public audiovisuel français diffuse chaque semaine les débats du Parlement Européen à la télévision. Une telle diffusion permettra aux citoyens d’appréhender la réalité du travail de production législative, d’apprécier l’effectivité et la qualité des interventions, l’assiduité des députés qu’ils élisent, et de rendre plus familière et concrète l’Europe tant fantasmée.

A titre de comparaison, la programmation hebdomadaire des questions au gouvernement français tous les mercredis après-midi sur France Télévisions joue un rôle central dans la compréhension du processus démocratique national. Le service public audiovisuel, satisfaisant à sa mission d’information sur les sujets d’intérêt général, a une responsabilité majeure, notamment auprès des générations futures, dans la construction d’une culture et d’une communauté politique nationale et européenne.

L’Europe a besoin de débats et d’explications pour que s’épanouisse la démocratie. Il est, à cette fin, urgent qu’elle s’ouvre davantage, avec la France, à la discussion publique. Ne désespérons pas, et mettons-nous en route vers un destin européen commun. Ne gâchons pas ce fantastique enjeu, c’est la condition de la paix et de la prospérité en Europe. 

Pénélope Cardon, auditrice de justice
Emmanuel Tordjman et Benoît Huet, avocats, cabinet Lysias Partners (conseil de Mediapart)

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