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Le Club de Mediapart mer. 28 sept. 2016 28/9/2016 Dernière édition

Moi président, la France n’extradera pas Pinar Selek vers la Turquie

A quelques jours d'une visite officielle de François Hollande en Turquie, une vingtaine de chercheurs, parmi lesquels Luc Boltanski, Annie Collovald, Edgar Morin, Gisèle Sapiro... et plusieurs associations de sociologues interpellent François Hollande sur la situation de Pinar Selek, réfugiée en France mais sous le coup d'une demande d'extradition, et lui demandent de clarifier la position du gouvernement.

A quelques jours d'une visite officielle de François Hollande en Turquie, une vingtaine de chercheurs, parmi lesquels Luc Boltanski, Annie Collovald, Edgar Morin, Gisèle Sapiro... et plusieurs associations de sociologues interpellent François Hollande sur la situation de Pinar Selek, réfugiée en France mais sous le coup d'une demande d'extradition, et lui demandent de clarifier la position du gouvernement.



 

Monsieur le président, vous vous rendez les 27 et 28 janvier prochains en Turquie. C’est la première fois depuis vingt ans qu’un chef de l’Etat français se déplace à Ankara. Cette visite est censée relancer le dialogue autour d’importants dossiers économiques et politiques.

A cette occasion sera posé le problème de l’extradition de notre collègue Pinar Selek que les autorités d’Ankara ont demandée à la France. Cette sociologue turque est persécutée depuis une quinzaine d’années pour avoir refusé de donner les noms de militants kurdes sur lesquels elle menait des enquêtes. Elle fait aujourd’hui l’objet d’une condamnation à la prison à vie à la suite d’un procès dénoncé par les organisations de droits de l’homme et de nombreuses associations de chercheurs dans le monde.

Injustement accusée de terrorisme, Pinar Selek a été emprisonnée avant d’être lavée de tout soupçon par plusieurs rapports d’experts et d’être acquittée à trois reprises par les tribunaux d’Istanbul. L’acharnement de la justice s’est toutefois poursuivi inlassablement jusqu’aux récentes décisions la condamnant à l’emprisonnement à perpétuité et exigeant son extradition par la France.

Tenant compte des menaces qui pèsent sur elle, la France lui a accordé l’an passé le statut de réfugiée. Pinar Selek termine d’ailleurs actuellement une thèse qui sera soutenue en mars prochain à l’université de Strasbourg. Elle a également reçu l’an passé un doctorat honoris causa de l’Ecole normale supérieure de Lyon contresigné par le ministre des affaires étrangères.

Alors pourquoi cette tribune ? Malgré de multiples demandes de clarification de la position française sur ce dossier, le silence de vos services devient gênant. Depuis que Pinar Selek a été mise par la Turquie sur la liste rouge des personnes recherchées par Interpol, le gouvernement n’a publiquement manifesté aucune réaction. Nous attendons toujours de la part du gouvernement français une prise de position publique claire et ferme : « Non, la France ne livrera pas Pinar Selek ». Certains points de principe ne peuvent s’accommoder du cadre feutré qui régit habituellement les relations diplomatiques.

Défendre clairement, dès avant votre visite en Turquie, le droit de Pinar Selek de rester sur notre sol, c’est défendre la liberté de la recherche tant pour les universitaires qui ont été obligés de fuir la Turquie que pour les chercheurs qui y sont régulièrement emprisonnés pour avoir osé dire la vérité sur la société turque à un pouvoir qui ne veut pas l’entendre.

Annoncer clairement, et dès maintenant, la position du gouvernement sur le cas Pinar Selek serait dire ce que la France pense du traitement qui a été réservé aux journalistes et citoyens ordinaires qui ont osé se soulever sur la place Taksim en inscrivant symboliquement le nom de notre collègue sur certaines de leurs banderoles.

Il reste encore quelques jours pour qu’une parole forte se fasse entendre sur ce dossier, encore quelques jours avant que les discussions sur les libertés politiques ne soient reléguées en fin de liste protocolaire des « questions diverses » à traiter.

 

Signataires

L’association française de sociologie,

L’association des sociologues de l’enseignement supérieur ,

L’association Champ libre pour les sciences sociales,

Ainsi que :

Paola Bacchetta (sociologue, Berkeley, co-fondatrice du Caucus on Transnational Approaches to Gender and Sexuality de l’American Sociological Association) ;
Stéphane Beaud (sociologue, ENS) ;
Luc Boltanski (sociologue, EHESS) ;
Annie Collovald (sociologue, Nantes, IUF) ;
Anne-Marie Devreux (sociologue, CNRS) ;
Jules Falquet (sociologue, Paris 7) ;
Didier Fassin (professeur à l’Institute for Advanced study, Princeton) ;
Eric Fassin (sociologue, Paris 8) ;
Azadeh Kian (sociologue, Paris 7, co-responsable fédération Ring) ;
Rose-Marie Lagrave (sociologue, EHESS) ;
Frédéric Lebaron (président de l’association Savoir / Agir) ;
Catherine Marry (sociologue, ENS) ;
Olivier Martin (président du Conseil National des Universités de Sociologie-Démographie) ;
Gérard Mauger (sociologue, CNRS) ;
Edgar Morin (sociologue) ;
Serge Paugam (sociologue, EHESS) ;
Gisèle Sapiro (sociologue, EHESS) ;
François de Singly (sociologue, Paris 5) ;
Beverley Skeggs, (sociologue, Goldsmiths College, London) ;
Loïc Wacquant (sociologue, Berkeley) ;
Laurent Willemez (président de l’ASES) .

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