A Saclay aussi, les terres fertiles sont menacées

Claudine Parayre et Laurent Sainte Fare Garnot, de la Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France et contre le Grand Paris (Costif), réclament au premier ministre un moratoire sur le projet Paris-Saclay, soit-disant « futur “ cluster ” scientifique, économique, urbanistique (...) ayant vocation à jouer les premiers rôles sur la scène internationale » au détriment de l'agriculture locale.

Claudine Parayre et Laurent Sainte Fare Garnot, de la Coordination pour la solidarité des territoires d’Ile-de-France et contre le Grand Paris (Costif), réclament au premier ministre un moratoire sur le projet Paris-Saclay, soit-disant « futur “ cluster ” scientifique, économique, urbanistique (...) ayant vocation à jouer les premiers rôles sur la scène internationale » au détriment de l'agriculture locale.


Après Notre-Dame-des-Landes, c’est au tour du projet Paris-Saclay de s’installer sur des terres agricoles. Mais quelle obsession étrange de vouloir détruire des terres fertiles cultivées, à l’heure où la main mise sur les terres agricoles est devenue un risque majeur sur la planète ? Face à ce danger, en mai dernier, le comité de sécurité alimentaire mondiale de la FAO a trouvé nécessaire d’adopter une directive pour protéger le droit de propriété des populations locales contre la ruée sur les terres agricoles ! A l’heure aussi où des chercheurs ont récemment établi que l’utilisation de 50% des ressources terrestres constituera un seuil critique au-delà duquel il ne sera plus possible de revenir à un état d’équilibre, et 43% sont déjà exploitées …

Sur le plateau de Saclay, une douzaine d’agriculteurs produisent sans arroser l’été, grâce à l’extrême fertilité de leurs terres agricoles entourées d’un réseau de rigoles extrêmement bien pensé par les hydrologues de Louis XIV ; la science et les terres agricoles liées déjà à cette époque par le plateau de Saclay.

Alors comment comprendre que le premier ministre ait juste « oublié » de parler de l’agriculture dans son discours du 30 octobre dernier ?  Pas un mot sur ce qui « fait territoire » pour les habitants, la vitalité d’une agriculture dynamique, un patrimoine historique, celui des rigoles, un lieu de biodiversité et de paysages, un espace de liens.

Et dans la bouche du premier ministre, on retrouve les mots du gouvernement Fillon/Sarkozy pour vanter les mérites du projet Paris-Saclay, projet scientifique, économique, urbanistique, facteur d’attractivité, “ cluster ” qui a vocation à jouer les premiers rôles sur la scène internationale. Avec en ligne de mire la fameuse Silicon Valley. Mais alors comparons ce qui est comparable : la Silicon Valley, c’est en effet plus de deux millions d’habitants et la superficie d’un département français. Une véritable ambition serait donc de mettre en synergie des pôles de recherche à une vaste échelle, celle de la région, et non pas le regroupement sur quelques centaines d’hectares d’équipes de chercheurs et d’acteurs économiques.

Les organisations syndicales et Sauvons la Recherche, représentatives des personnels et des étudiants concernés par l’opération Paris-Saclay, ont demandé en juillet dernier un moratoire sur cette opération de nature à chapeauter la recherche, très coûteuse (1, 8 milliard pour la construction du campus) et réalisée en dépit du bon sens. Rappelons à cet égard qu’AgroParisTech, à Grignon, devrait quitter des locaux neuf livrés en 2002 et 2009 (et 65 hectares de terres) pour s’installer à Saclay, alors qu’en même temps des terres agricoles de l’Inra, du Moulon à Gif, seront urbanisées par le projet de campus, obligeant les chercheurs à retrouver des champs d’expérimentation à plusieurs kilomètres de leurs laboratoires actuels…

Un exemple significatif de la politique de déplacements d’emplois (facilitant des suppressions de postes) que la droite voulait engager et qui se poursuivrait à l’identique, au mépris des personnels contraints de faire des déplacements toujours plus longs, au mépris des communes soucieuses de conserver leurs emplois de proximité. Ou comment faire exploser la demande en transports et accroître les inégalités : aujourd’hui, 30 communes sur 1200 concentrent 50% de l’emploi régional. Pourquoi concentrer encore ?

Et sur les terres sacrifiées, des hommes, des femmes voient leur vie voler en éclat : à l’est du plateau, une jeune agricultrice, qui souhaitait reprendre l’exploitation de son père décédé et vient de finir sa formation au maraîchage bio, va voir ses terres urbanisées, ou encore un exploitant dont la famille est présente depuis quatre générations perdra plus du tiers de ses terres ; à l’ouest du plateau, un autre jeune ne pourra pas s’installer et une commune qui a déjà perdu 68% de ses terres agricoles en verra encore disparaître…

Des problèmes humains, pas seulement, car demain le premier ministre mangera-t-il des pommes de terre, des lentilles, des poulets et des yaourts venant d’Amérique du Sud, ou au contraire provenant de l’Ile-de-France et en particulier du plateau de Saclay ? Il est temps d’instaurer un moratoire sur le projet Paris-Saclay, cette opération coûteuse humainement et financièrement !

Monsieur le premier ministre, vous pouvez prendre le temps du dialogue social et de la consultation des habitants.

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