L’information nationale de France 3 en voie de disparition

Depuis plus de deux ans, les syndicats dénoncent le projet d'Info 2015, une réforme de l'information à France Télévisions qui prévoit notamment la fusion des rédactions de France 2 et France 3. Au lendemain de la nomination par le CSA de Delphine Ernotte-Cunci à la tête du groupe public audiovisuel, la Société des Journalistes (SDJ) de la rédaction nationale de France 3 en profite pour interpeller la future Présidente qui prendra ses fonctions en août prochain.

Depuis plus de deux ans, les syndicats dénoncent le projet d'Info 2015, une réforme de l'information à France Télévisions qui prévoit notamment la fusion des rédactions de France 2 et France 3. Au lendemain de la nomination par le CSA de Delphine Ernotte-Cunci à la tête du groupe public audiovisuel, la Société des Journalistes (SDJ) de la rédaction nationale de France 3 en profite pour interpeller la future Présidente qui prendra ses fonctions en août prochain.


 

La rédaction nationale de France 3 va disparaître. Son fossoyeur s'appelle « Info 2015 », un vaste plan de restructuration de la télévision publique édicté au nom de nécessaires « économies d’échelle » dont le principal objectif est la fusion des équipes d'information nationale de France 3 et France 2.

 

La rédaction nationale de France 3, c’est trois journaux quotidiens et plus qu’un seul magazine fabriqué en interne, Avenue de l’Europe. La rédaction nationale de France 3, c’est 200 cartes de presse, du simple journaliste au directeur. Notre rédaction s’est étoffée il y a 30 ans avec la naissance du 19/20. Elle a commencé sans un sou et l’économie a toujours été sa marque de fabrique.

 

Aujourd’hui il ne s’agit plus d’économies mais d’asphyxie. Ces dernières années la direction a limité nos effectifs, démantelé notre service Etranger, confié la réalisation des magazines à des producteurs privés. Bientôt nous n’aurons plus de service culture. Elle sera traitée par culturebox sur le web.

 

France 3 ­ France 2, les mêmes images, les mêmes interviews


La partie nationale des journaux de France 3 se voulait être un ton différent des grands 20h. Mais franchement, aujourd’hui, téléspectateurs et journalistes se demandent où est passée cette singularité à l’antenne. On voit les mêmes images, on entend les mêmes interviews dans les journaux de France 3 et France 2. Sur le fond, plus beaucoup de différence si ce n’est les moyens octroyés et la longueur des journaux. La fusion est déjà en marche.

 

La direction jure que nos éditions, 12/13, 19/20 et Soir 3 seront maintenues, mais jusqu'à quand ? Quoiqu’il en soit, quand les services auront fusionné, notre rédaction aura bel et bien disparu en tant que telle.

 

L’information à France Télévisions, une pyramide sous contrôle

 

La survie de nos journaux n'est pas notre seule inquiétude. Si le projet Info 2015 ne définit pas les contenus, il met en place un mode de fabrication de l'information que nous redoutons. Celui d'une structure pyramidale très hiérarchisée, peu propice à la créativité.
Chaque matin avant la tenue des conférences de rédaction des deux chaînes, des “directeurs opérationnels éditoriaux” se réuniront pour prédéterminer comment France 2 ou France 3 traiteront telle ou telle actualité. A charge pour les journalistes de fabriquer les sujets imaginés par la hiérarchie. La réalité du terrain devra se soumettre aux exigences des éditions, les journalistes ne seront plus que des exécutants. Alors qu’un débat riche et libre au sein d’une rédaction est le préalable à une information de qualité. On ne peut que sourire de l'argumentaire officiel qui voudrait que la fusion de deux rédactions permette justement de mieux en différencier les identités !

 

La rédaction de France 3, une autre voix de service public

 

La rédaction nationale ne désarme pas. Non seulement elle refuse la fusion mais elle revendique une ligne éditoriale singulière qu’elle maîtrise. De l’artisanat de qualité, inventif, qui ne s’aligne ni sur les 20h ni sur les chaînes tout­info. Nous voulons jouer notre rôle de chaîne de proximité. Mais pas celle, dévoyée, des soldes, des anecdotes et des micro­trottoirs. Celle des reportages de terrain au plus près des citoyens. Une proximité de service public.
Nous espérons que la nouvelle présidente partagera nos préoccupations journalistiques.

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