Billet de blog 30 janv. 2012

Sciences Po Lille, Sciences Po Paris: des inégalités insupportables

«Là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €»,  dénonce Bixente Etchecaharreta, étudiant à Sciences Po Lille. Il demande au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de mettre «fin à l'inégalité de traitement» entre ces établissements.

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

«Là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €»,  dénonce Bixente Etchecaharreta, étudiant à Sciences Po Lille. Il demande au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de mettre «fin à l'inégalité de traitement» entre ces établissements.


----------

© 

A l’heure où Le Monde et Mediapart divulguent des informations sur le salaire extraordinaire –près de 500 000 euros par an, soit cinq fois le salaire d’un président d’université et facilement trois fois celui d’un ministre– de Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris (lire ici), sur les primes hallucinantes touchées par plusieurs membres du comité exécutif –jusqu’à 100 000 €– on peut légitimement s’étonner de la manière dont d’autres grandes écoles et universités de province sont (mal)traitées par l’Etat, parfois à un point –a priori– inimaginable.
L'Institut d'études politiques (IEP) de Lille, tel un vétéran, exhibe ses blessures de guerre et brandit ses médailles: blessures parce que l'IEP est de loin l'institut le plus mal doté par l'Etat, médailles parce qu'il obtient des résultats spectaculaires dans bien des domaines. Sciences Po Lille a le recrutement le plus sélectif de tous les IEP de France, très près de celui de Paris. Il rencontre des succès probants dans des domaines aussi divers que l'intégration au Collège de Bruges, les concours de la haute fonction publique, la préparation au Capes et à l'agrégation de sciences économiques et sociales, la gestion de partenariats attractifs en particulier avec l'ESJ. De surcroît, Sciences Po Lille assure un maximum de missions de service public, notamment en portant un programme de démocratisation aux statistiques impressionnantes (PEI) qui concerne 700 élèves de collèges et lycées de la région.
Cependant, là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €, beaucoup moins que les autres IEP de région et bien moins que la plupart des universités lilloises. La situation est aujourd'hui grave. L'iniquité de traitement est d'autant plus insupportable qu'elle est hors de proportion –un «écart» de dotation publique de 5 000 à 6 000 € par étudiant et par an avec Sciences Po Paris, totalement immérité et lourd de menaces pour l'avenir immédiat.
La politique mise en place à l’IEP de Lille constitue une réussite très fragile car elle repose sur le sur-investissement d'un personnel (enseignant et administratif) dont le faible nombre est une menace permanente pour le fonctionnement de l'école. La seule rémunération du directeur de Sciences Po Paris permettrait de renforcer Sciences Po Lille d'au moins 20 personnes.
Aujourd'hui, le budget annuel consolidé de l'IEP de Lille s'élève à 7,1 millions d'euros quand celui de Bordeaux est de 14,6 millions, celui d’Aix-en-Provence de 14 millions, celui de Grenoble de 13 millions et, ce, alors même que l'IEP de Lille compte un nombre supérieur ou équivalent d'étudiants. Sa dotation publique globale (DGF + emplois statutaires) est la moins élevée, et de loin, de tous les IEP et également inférieure à celle des universités spécialisées dans le domaine des sciences humaines et sociales.
Lors du Conseil d’administration (CA) du mercredi 14 décembre 2011, et face à un budget à ce point sous contrainte pour l'exercice 2012, les élus étudiants unanimes ont décidé de présenter une motion visant au report de l’examen et du vote du budget à la prochaine réunion du CA, de manière à ce que l'Etat entende les difficultés de l'IEP de Lille et apporte une réponse rapide et précise à cette situation d'inégalité manifeste.
Sciences Po Lille est une école publique attachée aux valeurs méritocratiques et de promotion sociale. Elle ne souhaite pas entrer dans le jeu de Sciences Po Paris consistant à faire financer pour plus de moitié son budget par l’Etat et de l’autre à imposer à ses étudiants des frais d’inscription pouvant grimper jusqu’à 13 500 € (soit davantage que la quasi-totalité des écoles de commerce).
En conséquence, nous en appelons avec solennité au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche afin qu'il mette fin au scandale de l'inégalité de traitement entre ces établissements d'enseignement supérieur.
Bixente Etchecaharreta, étudiant élu au conseil d'administration de Sciences Po Lille.

Prolonger

«Sciences-Po Paris roule carrosse, quand Lille crie famine», La rédaction de Mediapart
«Les dirigeants de Sciences-Po touchent des superbonus»
, Jade Lindgaard
«A sciences Po, il n'y a pas que les superbonus»
, Jade Lindgaard

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Le péril Le Pen : inventaire de ce qu’elle infligerait à la société
À la veille du premier tour, Mediapart a demandé à une douzaine de représentants de la société civile de décrire les dégâts que produirait une présidence d’extrême droite, en matière de justice ou d’éducation, pour les droits des femmes ou des étrangers. Revue des catastrophes prévisibles.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Paroles d’électeurs : « Voter Zemmour, c’est prendre sa revanche sur Macron »
Malgré une campagne laborieuse, axée sur la haine de l’étranger et de l’islam, Éric Zemmour reste le candidat que bon nombre de personnes souhaiteraient voir accéder au pouvoir. Derrière leur « fascination » pour l’ancien polémiste d’extrême droite, certains de ses électeurs racontent à Mediapart ce qui détermine leur vote.
par Pascale Pascariello
Journal — France
De pro-niqab à l’extrême droite : la trajectoire insensée d’un pilier des « Musulmans avec Zemmour »
William L., qui tient la plume pour ce collectif, a derrière lui un parcours qu’il tente, pour partie, de faire oublier. D’abord ultrarigoriste, il a entamé il y a quelques années un virage « réformiste ». Pour finir, aujourd’hui, au service d’un candidat affirmant que l’islam est « incompatible avec les principes de la France ».
par Lou Syrah
Journal — Extrême droite
Pour son dernier meeting, Marine le Pen sort la carte « femme »
À trois jours du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a exhorté son camp à se mobiliser et joué, comme jamais, sur la corde « féminine » pour rallier le vote des électrices, essentiel à son élection.
par Lucie Delaporte