Sciences Po Lille, Sciences Po Paris: des inégalités insupportables

«Là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €»,  dénonce Bixente Etchecaharreta, étudiant à Sciences Po Lille. Il demande au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de mettre «fin à l'inégalité de traitement» entre ces établissements.

«Là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €»,  dénonce Bixente Etchecaharreta, étudiant à Sciences Po Lille. Il demande au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche de mettre «fin à l'inégalité de traitement» entre ces établissements.


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A l’heure où Le Monde et Mediapart divulguent des informations sur le salaire extraordinaire –près de 500 000 euros par an, soit cinq fois le salaire d’un président d’université et facilement trois fois celui d’un ministre– de Richard Descoings, directeur de Sciences Po Paris (lire ici), sur les primes hallucinantes touchées par plusieurs membres du comité exécutif –jusqu’à 100 000 €– on peut légitimement s’étonner de la manière dont d’autres grandes écoles et universités de province sont (mal)traitées par l’Etat, parfois à un point –a priori– inimaginable.
L'Institut d'études politiques (IEP) de Lille, tel un vétéran, exhibe ses blessures de guerre et brandit ses médailles: blessures parce que l'IEP est de loin l'institut le plus mal doté par l'Etat, médailles parce qu'il obtient des résultats spectaculaires dans bien des domaines. Sciences Po Lille a le recrutement le plus sélectif de tous les IEP de France, très près de celui de Paris. Il rencontre des succès probants dans des domaines aussi divers que l'intégration au Collège de Bruges, les concours de la haute fonction publique, la préparation au Capes et à l'agrégation de sciences économiques et sociales, la gestion de partenariats attractifs en particulier avec l'ESJ. De surcroît, Sciences Po Lille assure un maximum de missions de service public, notamment en portant un programme de démocratisation aux statistiques impressionnantes (PEI) qui concerne 700 élèves de collèges et lycées de la région.
Cependant, là où Sciences Po Paris bénéficie d'un financement étatique de 8 000 € par étudiants et par an, Sciences Po Lille doit se contenter de 2 800 €, beaucoup moins que les autres IEP de région et bien moins que la plupart des universités lilloises. La situation est aujourd'hui grave. L'iniquité de traitement est d'autant plus insupportable qu'elle est hors de proportion –un «écart» de dotation publique de 5 000 à 6 000 € par étudiant et par an avec Sciences Po Paris, totalement immérité et lourd de menaces pour l'avenir immédiat.
La politique mise en place à l’IEP de Lille constitue une réussite très fragile car elle repose sur le sur-investissement d'un personnel (enseignant et administratif) dont le faible nombre est une menace permanente pour le fonctionnement de l'école. La seule rémunération du directeur de Sciences Po Paris permettrait de renforcer Sciences Po Lille d'au moins 20 personnes.
Aujourd'hui, le budget annuel consolidé de l'IEP de Lille s'élève à 7,1 millions d'euros quand celui de Bordeaux est de 14,6 millions, celui d’Aix-en-Provence de 14 millions, celui de Grenoble de 13 millions et, ce, alors même que l'IEP de Lille compte un nombre supérieur ou équivalent d'étudiants. Sa dotation publique globale (DGF + emplois statutaires) est la moins élevée, et de loin, de tous les IEP et également inférieure à celle des universités spécialisées dans le domaine des sciences humaines et sociales.
Lors du Conseil d’administration (CA) du mercredi 14 décembre 2011, et face à un budget à ce point sous contrainte pour l'exercice 2012, les élus étudiants unanimes ont décidé de présenter une motion visant au report de l’examen et du vote du budget à la prochaine réunion du CA, de manière à ce que l'Etat entende les difficultés de l'IEP de Lille et apporte une réponse rapide et précise à cette situation d'inégalité manifeste.
Sciences Po Lille est une école publique attachée aux valeurs méritocratiques et de promotion sociale. Elle ne souhaite pas entrer dans le jeu de Sciences Po Paris consistant à faire financer pour plus de moitié son budget par l’Etat et de l’autre à imposer à ses étudiants des frais d’inscription pouvant grimper jusqu’à 13 500 € (soit davantage que la quasi-totalité des écoles de commerce).
En conséquence, nous en appelons avec solennité au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche afin qu'il mette fin au scandale de l'inégalité de traitement entre ces établissements d'enseignement supérieur.
Bixente Etchecaharreta, étudiant élu au conseil d'administration de Sciences Po Lille.

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