Billet de blog 30 déc. 2013

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Toi, président de la «FrançoisAfrique»

« En Centrafrique comme ailleurs, (...) la solution est d’abord africaine, et les troupes militaires françaises doivent maintenant partir de ce continent », estiment Olivier Besancenot, membre de la direction du NPA et Almamy Kanouté, porte-parole du mouvement Emergence, rappelant à François Hollande ses promesses électorales.

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« En Centrafrique comme ailleurs, (...) la solution est d’abord africaine, et les troupes militaires françaises doivent maintenant partir de ce continent », estiment Olivier Besancenot, membre de la direction du NPA et Almamy Kanouté, porte-parole du mouvement Emergence, rappelant à François Hollande ses promesses électorales.


Après le Mali, la Centrafrique. Deux guerres françaises menées en Afrique en un an, ce n’est pas rien. La France est l’unique pays au monde qui peut prétendre additionner une quarantaine d’interventions militaires sur le continent africain en cinquante ans. Toujours au nom de la démocratie, la lutte pour les droits de l’homme et la sécurisation des populations. Et pour quels résultats.

Bien sûr, les images de violences, d’exactions et de lynchages nous touchent et ont au moins le mérite de déranger l’indifférence de l’opinion occidentale, habituellement de mise, en rendant visible une réalité qui dure depuis de longues années et dépasse de loin les seules frontières de la République centrafricaine. En Centrafrique, depuis 2007 au moins, les exactions contre la population civile de la part de l’armée sont dénoncées par des organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch. Sans que l’Etat français ne s’en émeuve plus que ça jusqu’à présent, et pour cause, les responsables étant alors considérés comme nos alliés.

Le gouvernement français parle de situation pré-génocidaire pour justifier sa guerre et clore toute discussion. Cela supposerait une planification établie par le pouvoir afin d’éliminer une partie de la population sur des bases raciales. A l’image de ce que le pouvoir hutu avait perpétué à l’encontre de la population tutsi au Rwanda en 1994. L’Etat français devrait le savoir pour avoir suivi cette affaire de très près. Vingt ans se sont écoulés sans que la moindre excuse française ne soit formulée, ou qu’une quelconque remise en question n’émerge. Quid de l’opération Noroît qui, d’octobre 1990 à décembre 1993, a renforcé la coopération militaire française auprès de l’armée rwandaise hutu, en instruisant et formant des militaires qui, de fait, formeront les bataillons de miliciens qui tueront des centaines de milliers de tutsi? Quid des troupes françaises, pourtant informées, laissant perpétrer, quasiment sous leurs yeux, des massacres en juin 1994, dans la région de Bisesero, coûtant la vie à un millier de tutsi supplémentaire ?

Cette seule complicité dans le dernier génocide en date de l’histoire humaine disqualifie toute « aide » française dans la région. La France ne peut pas plus s’instituer nouvel ami des peuples d’Afrique que le pyromane ne se peut se transformer en pompier. Elle ne peut faire partie de la solution car elle fait bel et bien partie du problème. D’autant que ses intérêts pèsent toujours, et guident aujourd’hui encore chacune de ses interventions. Rien ne semble y faire, le cirque politicien de gauche succède à celui de la droite.

La « France Afrique » avait déjà été décrétée morte, on s’en souvient, sous Sarkozy. Elle devait être achevée sous l’ère Hollande. L’un et l’autre ont bien dû rigoler en déclamant leurs promesses électorales. « Présider la République, c’est ne pas inviter de dictateurs en grand appareil à Paris », avait dit, l’air solennel, le candidat Hollande lors de son discours du Bourget en janvier 2012. Mauvaise blague. Les 6 et 7 décembre dernier, dans l’élan de l’intervention militaire française en Centrafrique, s’est tenu le sommet « Paix et sécurité en Afrique ». Paris, conservant son statut de quartier général colonialiste, a ainsi, regroupé une quarantaine de chef d’Etats africains, parmi les quels nombre de dictateurs adoubés voire bichonnés par l’Etat français : Idriss Deby pour le Tchad, Faure Gnassingbé pour le Togo, Ali Bongo pour le Gabon… La liste est longue et témoigne que politiquement, économiquement et militairement, la France garde les mêmes ambitions.

Environ 8 000 militaires français maintenus en permanence sur le territoire africain. Au nom de qui, de quoi ? La Françafrique est morte, vive « la FrançoisAfrique ». Non seulement, le pouvoir « socialiste » n’a rien changé des rapports paternalistes, condescendants et mercantiles que la France impose depuis des décennies aux pays de l’Afrique du centre et de l’Ouest, pire, il a décidé, en conscience, de les intensifier. Avec visiblement la bienveillance de la communauté internationale et des Etats-Unis en particulier. Se trame en toile de fond, comme toujours, la compétition cynique et calculatrice des différentes puissances impérialistes qui cherchent à piller les ressources du continent dont des millions d’Africains affamés sont dépossédées. La Centrafrique n’échappe pas à la règle.

Prendre de vitesse l’influence croissante de la puissance chinoise qui semblait lorgner sur le site pétrolier de Boromata ; affirmer sa chasse gardée africaine vis-à-vis du reste de l’Union européenne, histoire de dire à l’Allemagne que la France est la seule à peser de cette manière dans cette partie du monde ; détourner le regard public des difficultés intérieures en misant sur les effets de l’union nationale de la classe politique toujours au rendez-vous... Les motivations sont multiples et une nouvelle guerre est là. La France s’apprête à imposer ses diktats en Centrafrique, comme elle le fait depuis près de quarante ans. Elle a soutenu puis démis la dictature de Bokassa, en 1979. Elle a mis en place le pouvoir corrompu de Bozizé en 2002, qu’elle défendu militairement contre les forces de Djotodia en 2006.

En 2013, elle « répond » désormais à l’appel de ce dernier contre Bozizé. Car ce pays est un carrefour stratégique d’échanges commerciaux potentiels trop important pour que la « FrançoisAfrique » ne prenne le moindre risque de perdre le contrôle de ce maillon essentiel dans son dispositif. Et puis, il y a cette ombre persistante qui semble dorénavant accompagner les troupes françaises dans ses guerres africaines : le leader énergétique français Areva. En effet, les militaires français avaient déjà sécurisé le site d’uranium du Niger, à la frontière du Mali, dans le cadre de l’opération militaire Serval. Une première. En Centrafrique, le site d’uranium de Bakouma, lui, n’est plus exploité par Areva depuis septembre 2012. Cette « suspension » est justifiée sur le site internet du groupe par le « faible coût de l’uranium depuis Fukushima et l’insécurité présente dans le pays depuis plusieurs mois ». Et le fait est qu’en juin 2012, ce site avait été attaqué par des milices armées. De quoi rendre les 32 000 tonnes d’uranium du site temporairement moins attractives et rentables que les 180 000 de celui du Niger. La « stabilité retrouvée » pourrait bien changer la donne.

On le voit, les relents colonialistes sont tenaces au-delà des commémorations et des belles intentions. Une partie de la classe politique française semble n’apprécier les immigrés que lorsqu’il s’agit de les exploiter ici et de les dépouiller là-bas. Le militant indépendantiste et anticolonialiste Frantz Fanon écrivait déjà en 1956, dans son ouvrage Pour la révolution africaine, que le « racisme n’est qu’un élément d’un plus vaste ensemble : celui de l’oppression systématisée d’un peuple », soulignant ainsi le rapport entre racisme et colonialisme. Depuis le monde a changé, et pas toujours comme on était en droit de l’espérer. Une chose est certaine au moins : en Centrafrique comme ailleurs, soutenue ou non par la communauté internationale, la solution est d’abord africaine, et les troupes militaires françaises doivent maintenant partir de ce continent.

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