C’était il y a 40 ans… une éternité

Il y a 40 ans paraissait un petit roman de son temps, invitation au voyage, au rêve, à la rencontre : Transit-Express. Je ne le reçus que dix ans plus tard, au lycée, dans une édition de poche qui est indissociable de ce livre désormais pour moi – car le poche, à cette époque, avait une valeur qu’il a perdue, un côté rebelle, rock, jeune…

Il y a 40 ans paraissait un petit roman de son temps, invitation au voyage, au rêve, à la rencontre : Transit-Express. Je ne le reçus que dix ans plus tard, au lycée, dans une édition de poche qui est indissociable de ce livre désormais pour moi – car le poche, à cette époque, avait une valeur qu’il a perdue, un côté rebelle, rock, jeune…

Alors qu’on nous inculquait les classiques en classe, je découvris un livre qui avait la liberté des fugues de Rimbaud, mais un Rimbaud qui n’avait pas été pris dans les rets des programmes scolaires. Le roman « commençait » par cette phrase sans majuscule : « et puis les histoires ne commencent jamais… ». Et des histoires, dans ce petit livre, il y en avait des dizaines, des ébauches de récits, des personnages se racontant au premier inconnu, des amours, des drames, des rencontres fugitives, cela fourmillait de vie. La trame centrale pouvait se résumer facilement : un homme, Marco A., échangeait un soir de cafard les clés de son appartement contre un billet de train transfrontalier, le Transit-Express.

Je me souviens avoir été libéré par ce livre, libéré des politesses inutiles et encombrantes, de l’obéissance aux règles stupides, libéré d’un esprit de soumission qui m’avait fait endosser le rôle d’un figurant quelconque. Je me souviens aussi avoir eu comme une révélation, celle d’une vraie vie à vivre immédiatement, sans attendre, mais à vivre avec les autres, en les écoutant, en se racontant, en se demandant à chaque rencontre quelles histoires se trouvent imprimées dans ce cerveau inconnu.

C’était il y a 40 ans et cet esprit de légèreté a fichu le camp, d’anciens intellectuels libertaires sont tout prêts à enterrer sous leur quolibets cette insouciance jugée désormais irresponsable. Qu’en est-il de l’auteur ? S’est-il perdu ? C’est probable. De toute façon, l’époque n’est plus à cela :

« j’aime le feu et les cyclones

   j’aime les express qui déambulent

   j’aime les livres-brûlots

   j’aime les soleils qui aveuglent

   j’aime les couleurs qui rendent fou

   j’aime ceux qui risquent

   j’aime le feu

   j’aime les fous de vie qui défient le monde

Roda ferme les yeux,

   j’aime celui qui ne sait plus

   j’aime celui qui va prendre

   j’aime celui qui allume

   j’aime celui qui ment

   j’aime celui qui arrache

   j’aime celui qui invente

   j’aime celui qui trahit

   j’aime celui qui a mal

   j’aime celui qui marche. »

Yves Simon, Transit-Express, Le Livre de Poche (Grasset, 1975).

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