Billet de blog 7 mars 2014

RC 1. Le refus d’infériorité ; l’affirmation de sa personnalité pleine et entière. Emmanuelle Laborit

michel-lyon
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Emmanuelle LABORIT découvre la langue des signes par hasard à l'âge de sept ans. Son père en entend parler à la radio sur France Culture. Avant, Emmanuelle devait oraliser, répéter des sons pour apprendre à parler. Une technique largement répandue chez les enfants sourds. Seuls 5% accèdent à un enseignement en langue des signes aujourd'hui en France. Lorsqu'elle découvre cette manière de s'exprimer, Emmanuelle Laborit se souvient d'un sentiment de reconnaissance. Elle découvre en même temps le théâtre à l'IVT, l'International Visual Théâtre. Elle va en faire son métier et son combat.

En 1993, Emmanuelle Laborit reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans Les enfants du silence de Mark Medoff. Elle remercie en "signant". Une première tribune dans ce combat pour la reconnaissance de sa langue.  "Mon expression passe par la langue des signes. C'est une langue de toute beauté. C'était une tribune pour la mettre en avant."

L'année suivante, elle publie son autobiographie, Le cri de la mouette, le surnom que lui ont donné ses parents, face aux cris qu'elle poussait enfant. Un succès traduit en 14 langues. Emmanuelle tourne ensuite dans une dizaine de films, avec Claude Lelouch, aux côtés de Fabrice Luchini et d'André Dussolier. Puis elle décide de mettre sa carrière de côté en 2003, pour reprendre la direction de ce fameux théâtre pour sourd, l'IVT.

Depuis 2007, l'IVT est installé rue Chaptal à Paris, dans l'ancien théâtre du Grand Guignol. Une salle de spectacle, un lieu de formation pour apprendre la langue des signes et un endroit de mixité entre les sourds et les entendants. Il permet à des actrices et à des acteurs sourds de se réaliser dans leur passion du théâtre sans pour autant s'enfermer dans une logique qui aboutirait à un théâtre pour les sourds par les sourds. Les spectacles qui y sont proposés, ouverts, mélangent allègrement les acteurs sourds et parlants, proposant des allers-retours entre les deux cultures. Parce quela LSF est une culture. L'IVT lui rend ses lettres de noblesse, langue à part entière, longtemps interdite, encore méprisée.

L'austérité néolibérale fragilise l'IVT depuis 2011.

Très vivant, cependant : du 13 au 22 mars 2014 Ulysse, les chants du retour spectacle bilingue français/LSF .  Du 2 au 6 avril 2014   Carmen, opéra sauvage spectacle bilingue français/LSF 

 http://www.franceinfo.fr/societe/femmes-d-exception/emmanuelle-laborit-la-langue-des-signes-est-de-toute-beaute-1250243-2013-12-15

RESISTER   CREER  De tous temps la société a stigmatisé les personnes ayant une particularité sensorielle, ou de motricité ou simplement une déformation de la lèvre et du palais, une boiterie, ou la couleur des cheveux et qui, réduites à cette particularité devaient se soumettre,  et subir charité et tyrannie.

Avec les remises en cause de mai-juin 68, le regard  sur ces personnes a changé, un peu. Le principe d’égalité de droits fut affirmé.

L’évolution néolibérale se traduit par de lourdes régressions sociales. Le combat pour l'accès au langage des signes comme accès à la culture et au savoir,  s'oppose à la pression normative de la société. (voir pétition dans la rubrique Outils de Résistance)

Aussi plaçons-nous en premier lieu ce combat exemplaire pour conquérir place pleine et entière dans la société, et créer une nouvelle fraternité.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Amérique Latine
Au Mexique, Pérou, Chili, en Argentine, Bolivie, Colombie, peut-être au Brésil... Et des défis immenses
Les forces progressistes reprennent du poil de la bête du Rio Grande jusqu’à la Terre de Feu. La Colombie est le dernier pays en date à élire un président de gauche, avant un probable retour de Lula au Brésil. Après la pandémie, les défis économiques, sociaux et environnementaux sont immenses.
par François Bougon
Journal — États-Unis
Devant la Cour suprême, le désarroi des militantes pro-avortement
Sept ans presque jour pour jour après la légalisation du mariage gay par la Cour suprême des États-Unis, celle-ci a décidé de revenir sur un autre droit : l’accès à l’avortement. Devant l’institution, à Washington, la tristesse des militants pro-IVG a côtoyé la joie des opposants.
par Alexis Buisson
Journal — Politique
Avoir un vrai scrutin proportionnel ? Il n’est jamais trop tard pour l’adopter
Malgré l’absence de majorité absolue à l’Assemblée, une réforme du mode de scrutin aux législatives serait toujours utile. Celui qui est en vigueur continue à produire des effets problématiques, tandis qu’un passage à la proportionnelle pourrait procurer des avantages supplémentaires. 
par Fabien Escalona
Journal
L’« Eurafrique » : quand le projet européen soutenait des ambitions coloniales
Les Suédois Peo Hansen et Stefan Jonsson mettent au jour l’origine coloniale de l’Union européenne, dans un essai centré sur le concept méconnu d’Eurafrique. Cette notion controversée connut une gloire éphémère jusqu’à la conclusion du traité de Rome en 1957 avant d’être effacée des mémoires.
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Cour Suprême : femme, débrouille-toi !
Décision mal-historique de la Cour Suprême états-unienne d’abroger la loi Roe vs. Wade de 1973 qui décriminalisait l’avortement. Décision de la droite religieuse et conservatrice qui ne reconnaît plus de libre arbitre à la femme.
par esther heboyan
Billet de blog
L'avortement fait partie de la sexualité hétéro
Quand j'ai commencé à avoir des relations sexuelles avec mes petits copains, j'avais la trouille de tomber enceinte. Ma mère a toujours dépeint le fait d'avorter comme une épreuve terrible dont les femmes ne se remettent pas.
par Nina Innana
Billet de blog
Roe VS Wade, ou la nécessité de retirer le pouvoir à ceux qui nous haïssent
Comment un Etat de droit peut-il remettre en cause le droit des femmes à choisir pour elles-mêmes ? En revenant sur la décision Roe vs Wade, la Cour suprême des USA a rendu a nouveau tangible cette barrière posée entre les hommes et les femmes, et la haine qui la bâtit.
par Raphaëlle Rémy-Leleu
Billet de blog
Droit à l’avortement: aux États-Unis, la Cour Suprême renverse Roe v. Wade
La Cour Suprême s’engage dans la révolution conservatrice. Après la décision d'hier libéralisant le port d’armes, aujourd'hui, elle décide d'en finir avec le droit à l'avortement. Laisser la décision aux États, c’est encourager l’activisme de groupes de pression réactionnaires financés par des milliardaires évangéliques ou trumpistes. Que se passera-t-il aux élections de mi-mandat ?
par Eric Fassin