RC 1. Le refus d’infériorité ; l’affirmation de sa personnalité pleine et entière. Emmanuelle Laborit

Emmanuelle LABORIT découvre la langue des signes par hasard à l'âge de sept ans. Son père en entend parler à la radio sur France Culture. Avant, Emmanuelle devait oraliser, répéter des sons pour apprendre à parler. Une technique largement répandue chez les enfants sourds. Seuls 5% accèdent à un enseignement en langue des signes aujourd'hui en France. Lorsqu'elle découvre cette manière de s'exprimer, Emmanuelle Laborit se souvient d'un sentiment de reconnaissance. Elle découvre en même temps le théâtre à l'IVT, l'International Visual Théâtre. Elle va en faire son métier et son combat.

En 1993, Emmanuelle Laborit reçoit le Molière de la révélation théâtrale pour son rôle dans Les enfants du silence de Mark Medoff. Elle remercie en "signant". Une première tribune dans ce combat pour la reconnaissance de sa langue.  "Mon expression passe par la langue des signes. C'est une langue de toute beauté. C'était une tribune pour la mettre en avant."

L'année suivante, elle publie son autobiographie, Le cri de la mouette, le surnom que lui ont donné ses parents, face aux cris qu'elle poussait enfant. Un succès traduit en 14 langues. Emmanuelle tourne ensuite dans une dizaine de films, avec Claude Lelouch, aux côtés de Fabrice Luchini et d'André Dussolier. Puis elle décide de mettre sa carrière de côté en 2003, pour reprendre la direction de ce fameux théâtre pour sourd, l'IVT.

Depuis 2007, l'IVT est installé rue Chaptal à Paris, dans l'ancien théâtre du Grand Guignol. Une salle de spectacle, un lieu de formation pour apprendre la langue des signes et un endroit de mixité entre les sourds et les entendants. Il permet à des actrices et à des acteurs sourds de se réaliser dans leur passion du théâtre sans pour autant s'enfermer dans une logique qui aboutirait à un théâtre pour les sourds par les sourds. Les spectacles qui y sont proposés, ouverts, mélangent allègrement les acteurs sourds et parlants, proposant des allers-retours entre les deux cultures. Parce quela LSF est une culture. L'IVT lui rend ses lettres de noblesse, langue à part entière, longtemps interdite, encore méprisée.

L'austérité néolibérale fragilise l'IVT depuis 2011.

Très vivant, cependant : du 13 au 22 mars 2014 Ulysse, les chants du retour spectacle bilingue français/LSF .  Du 2 au 6 avril 2014   Carmen, opéra sauvage spectacle bilingue français/LSF 

 http://www.franceinfo.fr/societe/femmes-d-exception/emmanuelle-laborit-la-langue-des-signes-est-de-toute-beaute-1250243-2013-12-15

 

RESISTER   CREER  De tous temps la société a stigmatisé les personnes ayant une particularité sensorielle, ou de motricité ou simplement une déformation de la lèvre et du palais, une boiterie, ou la couleur des cheveux et qui, réduites à cette particularité devaient se soumettre,  et subir charité et tyrannie.

Avec les remises en cause de mai-juin 68, le regard  sur ces personnes a changé, un peu. Le principe d’égalité de droits fut affirmé.

L’évolution néolibérale se traduit par de lourdes régressions sociales. Le combat pour l'accès au langage des signes comme accès à la culture et au savoir,  s'oppose à la pression normative de la société. (voir pétition dans la rubrique Outils de Résistance)

Aussi plaçons-nous en premier lieu ce combat exemplaire pour conquérir place pleine et entière dans la société, et créer une nouvelle fraternité.

 

 

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