Des partis politiques omniprésents

Au mois de mars 2014, devrait avoir lieu les élections municipales dans toute la France. Si notre système politique était vraiment logique, ces élections devraient permettre aux Français de choisir les meilleurs candidats pour diriger la ville dans laquelle ils habitent. 

L'année dernière, des élections législatives ont eu lieu. Dans ce cas également, il aurait été judicieux que notre système politique permette aux Français de choisir le meilleur député entre les candidats : celui dont le programme leur semblait le plus intelligent.

Pourtant, ni les maires et ni les députés de France sont choisis parmi ceux dont les idées sont les meilleures.Pour ces deux types d'élections, l'immense majorité des électeurs votent en tenant compte d'une seule donnée : l'étiquette politique des candidats. Ainsi, peu importe si les candidats maires peuvent être une véritable chance pour l'avenir de la ville dans laquelle ils se présentent – ou une terrible catastrophe potentielle – l'électorat vote ou ne vote pas pour eux selon leur affiliation politique : de droite ou de gauche, UMP, PS...

Dans le cas des élections législatives, la situation est la même : rien ne sert d'écouter les candidats députés pendant la campagne électorale dans la mesure où un individu de gauche ne votera jamais pour un candidat de droite et vice-versa. La conclusion est claire : les partis politiques gèrent notre vie au dépend des idées qui pourraient être générées par leurs représentants.

Si les causes du mal sont les mêmes pour les élections municipales et législatives, les solutions pour chacune sont différentes. Dans le premier cas, les partis politiques ne devraient pas présenter de candidats et laisser à chaque personne la liberté de se se présenter pour être élue maire, sans étiquette. Dans le deuxième cas, le système du scrutin de proportionnelle intégrale permet de donner au vote de chaque électeur son véritable sens : celui de voir un parti politique spécifique représenter ses intérêts à l'Assemblée nationale.

Les partis politiques absents des élections municipales

L'étendue des pouvoirs d'un maire est relativement restreinte. Rien ne sert à un maire d'avoir une vision nationale de son action, de vouloir améliorer les revenus de ses électeurs, de rendre plus accessible les allocations logement...

Plutôt, ce sont l'éducation (activités para-scolaires, accompagnement et soutien...), la salubrité publique (propreté de la ville, gestion des déchets...), le social (aides aux personnes en situation précaire, personnes âgées...), l'urbanisme et le logement (développement urbain, amélioration de l'habitat...), la culture (spectacles et manifestations...), le sport (équipements sportifs, gestion de complexes sportifs) qui sont les domaines dans lequel un maire peut exceller.

Pour toutes ces activités, choisir un maire devrait se faire en tenant compte d'un programme spécifique et des projets porteurs d'avenir pour la ville. Peu importe si la personne qui défend les meilleures idées est présentée par un parti politique. Si elle l'est, c'est une garantie absolue pour elle de ne pas recevoir les votes des sympathisants des autres partis politique. Quel dommage.

 

 

Dans les pays où les partis politiques sont absents des élections municipales (États-Unis, Canada, Israël...), les candidats sont choisis en fonction de leurs idées et de leur programme. Tout cela se fait au bénéfice de la population qui choisi la personne qui lui semble la plus compétente.

Rendre plus neutres les élections municipales des maires permettrait de libérer chaque électeur de l'emprise des partis politiques nationaux et de choisir à chaque élection le meilleur candidat, selon ses idées. En même temps, cela correspondrait à l'intérêt des villes dont la gestion nécessite évidemment que les meilleurs individus les dirigent.

La proportionnelle intégrale

Ce qui est souhaitable pour élections municipales ne l'est pas pour les législatives. Tout le monde peut comprendre que les partis politiques doivent être représentés au parlement. Cependant, la problématique des élections législatives a été expliquée précédemment : en votant pour un candidat député selon son étiquette politique, il importe peu que chaque candidat soit brillant ou pas. Les électeurs glissent leur bulletin de vote selon l'affiliation politique des candidats, sans réellement tenir compte leur personnalité, efficacité, intelligence...

Ainsi, il existe un moyen pour doter le vote de ces élections d'un plus grand sens : le scrutin proportionnel. Dans ce scrutin, chaque parti politique présente une liste de personnalités et le nombre de ses élus correspond au pourcentage de voix que ce parti a recueilli à l'élection. Si un parti représente – par exemple – 15% du vote national, ce serait les 30 premiers candidats de sa liste de 200 personnalités qui seraient élus au parlement.

Ce système possède plusieurs avantages : l'équité, la motivation de l'électorat et un risque amoindri de corruption.

Est-il juste qu'un parti politique réalise 5.46% des votes et recueille 16 sièges, tandis qu'un autre réalise 13.60% et ne reçoit que 2 sièges au parlement ? Également, lorsqu'un parti réalise 29.35% de votes et reçoit 48.53% des sièges, on peut s'interroger sur la nature de la justice d'un système qui permet une telle distorsion. (Les exemples cités sont extraits des élections législatives française de 2012. Le premier exemple concerne les écologiques et le Front National, tandis que le second exemple concerne le Parti Socialiste.)

 


 

L'abstention est un sujet grave et qui touche toutes les démocraties. Lorsque le plus grand nombre de partis politiques possèdent la même chance d'être présents au sein de leur parlement, c'est l'ensemble de la population d'un pays qui se sent concernée par les élections. 

En Israël, le résultat des plus récentes élections législatives de 2013 – organisées selon le scrutin de la proportionnelle – a permis de constituer un parlement fidèle à la volonté des Israéliens. De fait, 45.83% des sièges au sein du parlement ont été partagés par des partis politiques qui ont obtenu moins de 10% du vote national.

La plus petite représentation à la Knesset est celle du parti Kadima qui a obtenu 2.09% des votes et 2 sièges (1.67% des sièges). Le parti vainqueur des élections (le Likoud) a obtenu 23.34% de vote et 31 sièges (25.83% des sièges). On le constate : l'équation est presque parfaite entre le poids du vote national et celui du nombre de siège.

Enfin, le scrutin proportionnel met fin au rôle du député local. Élu sur une liste nationale, chaque député représente son parti et la volonté de ses électeurs, sans être attaché à une ville ou à une région spécifique. Lorsqu'on constate le nombre de cas de corruption dans lesquels des députés peu scrupuleux ont été impliqués dans leur circonscription, on comprend l'intérêt de couper le lien – pas toujours sain – des députés avec une région ou une ville spécifique.

En conclusion, la réforme du système politique français devrait être l'objet d'un grand chantier de la part du gouvernement. Bien sûr, chaque député n'a certainement pas intérêt à voir disparaître un système qui lui a permis d'être élu ; cependant en plaçant son intérêt personnel après celui de la France, il est évident que le chemin de la réforme est celui qui devra être pris ; le plus tôt sera le meilleur.

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