L’austérité nuit gravement à la santé!

Danielle Simonnet et Marie-Laure Darrigade, du Parti de Gauche, condamnent la politique hospitalière tant parisienne que nationale menée au nom de l'austérité. « Un désert hospitalier nous est promis en plein cœur de la capitale » et, « derrière la casse de l’hôpital public, la privatisation et la marchandisation de la santé, les représentants de l’oligarchie sont à l’œuvre », dénoncent-elles, plaidant pour un retour de ce dossier dans la campagne municipale.

Danielle Simonnet et Marie-Laure Darrigade, du Parti de Gauche, condamnent la politique hospitalière tant parisienne que nationale menée au nom de l'austérité. « Un désert hospitalier nous est promis en plein cœur de la capitale » et, « derrière la casse de l’hôpital public, la privatisation et la marchandisation de la santé, les représentants de l’oligarchie sont à l’œuvre », dénoncent-elles, plaidant pour un retour de ce dossier dans la campagne municipale.


En Europe, les politiques d’austérité de soumission à la finance livrent la santé aux intérêts privés. La précarité dans l’accès aux soins s’aggrave et les drames s’accumulent… Et en France ? On en prend bien le chemin. Partout, des hôpitaux, maternités et services entiers sont menacés de fermeture.

La direction de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a annoncé la fermeture des urgences de l’Hôtel Dieu le 4 novembre prochain. Une lutte hautement symbolique est engagée pour la politique hospitalière tant parisienne que nationale. Le projet initié par la droite est poursuivi par le PS parisien. Pas si surprenant quand on sait qu’aux manettes de l’Agence régionale de santé, Claude Evin du PS a pu rester en fonction quelle que soit l’étiquette du gouvernement. A trois reprises déjà, le Groupe PC-PG a défendu des vœux en Conseil de Paris. Retour sur ce dossier qui de fait doit s’inviter dans la campagne municipale.

Les neufs premiers arrondissements de Paris sont menacés par la perte de leur hôpital historique. Un désert hospitalier nous est promis en plein cœur de la capitale. Enrichissant le vocabulaire de leur novlangue, les libéraux PS du gouvernement comme de l’Hôtel de Ville ont inventé un nouveau concept adossé à la vulgate des « nécessaires restructurations », celui d’un « hôpital debout », sans lit. Aux manettes, Jean-Marie Le Guen, de l’équipe de campagne PS d’Anne Hidalgo. Le projet prévoit de transformer l’Hôtel-Dieu en « Hôpital universitaire de santé publique ». Il s’agit d’abord d’accueillir le siège de l’AP-HP (et faire une opération spéculative avec la vente du siège situé avenue Victoria), un centre universitaire d’enseignement et de recherche, un musée, une résidence étudiante.

Et côté soins ? Silence, on ferme ! On ferme le service ambulatoire d’urgence, mais pas seulement. Les urgences médico-judiciaires sont menacées, dépourvues d’un plateau technique suffisant. Les uns après les autres, les différents services de l’Hôtel Dieu sont transférés dans les hôpitaux parisiens souvent plus vétustes, comme la radiologie et la réanimation, la pneumologie, la chirurgie thoracique et digestive, etc. A la place ? Le projet prévoit une maison de santé, avec accueil 24h/24h pour la bobologie ne nécessitant pas d’hospitalisation. Et les cas graves ? Circulez ! Ils seront transférés dans d’autres hôpitaux déjà saturés, voire eux aussi menacés comme Bichat et Beaujon.  

Aux manettes pour défendre le projet, on retrouve aux côtés de Madame Faugères, directrice de l’AP-HP, désignée par la droite et laissée en place par la gauche et de belles personnes telles que Monsieur Olivier Mariotte. Le CV de cet ardent défenseur de la loi HPST est éclairant : médecin généraliste, il a exercé des hautes fonctions marketing dans des groupes comme Servier, GSK, Deltacom, Euro RSCG Healthcare et Schering-Plough. Son discours est assumé : «L’“Hôpital hors des murs”, “hôpital debout” comme l’ont qualifié certains, (…) représente une ouverture sur la ville et le monde libéral ». Derrière la casse de l’hôpital public, la privatisation et la marchandisation de la santé, les représentants de l’oligarchie sont à l’œuvre.

Un projet aussi dangereux qu’aberrant

Se priver d’un hôpital universitaire de proximité avec ses urgences et services d’hospitalisation, en plein cœur de Paris, à 5 minutes des gares RER Châtelet-les-Halles et St Michel est dangereux pour la santé publique. Tous les évènements (festivités, manifestations, plan Vigipirate) démontrent l’enjeu de disposer de ce service public. Nombre de services, dont les urgences, ont été refaits à neuf il y a moins de cinq ans pour un coût de plusieurs dizaines de millions d’euros. Quelle aberration, quand on sait que l’installation des bureaux nécessitera au moins 160 millions d’euros !

Au départ l’austérité, à l’arrivée, la précarité !

Depuis près de trente ans, l’AP-HP, tout comme l’hôpital public en général, subit de multiples coupes budgétaires (suppressions d’hôpitaux, de services et de lits, au nom de l’hyperspécialisation des services et de leur concentration). La loi Bachelot, Hôpital-Patients-Santé-Territoire (HPST) et la politique de tarification à l’acte (T2A) s’inscrivent dans ces politiques d’austérité. La droite battue dans les urnes, les mêmes politiques se poursuivent. La logique comptable prime sur la santé publique. On sélectionne les patients rentables : ceux des urgences ne le sont pas, alors on ferme !

La direction de l’AP-HP explique que la baisse de ses ressources imposée par les décisions du ministère de la santé ne lui permettra pas de tenir son plan de retour à l'équilibre financier. Le financement des opérations concernant l'Hôtel Dieu n'existe pas ! Raison de plus pour exiger un moratoire sur la fermeture des urgences et l’ensemble des déménagements de service !

Résultat : la précarité dans l’accès aux soins se généralise, y compris en plein cœur de Paris. Le vieillissement de la population nécessite pourtant des services capables d’accueillir les patients âgés polypathologiques. Cette fermeture les condamne à être baladés ici et là, alors même que nombre d’entre eux sont en perte d’autonomie.

En méprisant la mission généraliste de proximité de l’Hôpital public, c’est la mission historique de « l’Assistante publique » de « répondre à toutes les misères de la vie » qu’on abandonne. Tant pis pour le temps d'attente élevé, l’accueil des patients et les conditions de travail du personnel, chez qui on compte sept suicides depuis le début de l’année. Et Jean-Marie Le Guen de déclarer sans scrupule : « Gare au misérabilisme (...). L’hôpital n’est plus l’asile d’hier, replié sur lui-même et sur la douleur […] ». En même temps que la spéculation immobilière chasse les moins fortunés de la capitale, on ferme l’hôpital pour tous.

Pourtant, Anne Hidalgo dans son livre de campagne déclarait : « Nous sommes particulièrement vigilants à ce que les services d’urgence de proximité soient maintenus partout dans la capitale. » A peine en campagne, elle trahit ses engagements aussi rapidement que le gouvernement. Au Conseil de Paris, elle vote à trois reprises contre les vœux PC-PG de soutien à l’Hôtel Dieu. Face à la montée de la contestation organisée par le Comité de soutien Hôtel Dieu, les solfériniens reconnaissent le besoin d’élaborer « un programme précis, chiffré et étayé de renforcement des services d’accueil d’urgences du centre de Paris ». La fermeture des urgences pourrait être repoussée… au lendemain des municipales ? Néanmoins, ils réaffirment toujours leur projet d’hôpital sans lits, valorisent les projets de « maison de santé ». La bataille continue !

Raison de plus, lors des élections municipales de lancer la dynamique des listes alternatives à l’austérité et la précarité à Paris !

Danielle Simonnet, conseillère de Paris et candidate tête de liste du Parti de Gauche aux municipales 2014 à Paris
Marie-Laure Darrigade, secrétaire nationale du Parti de Gauche à l'enfance, la santé et la protection sociale

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