Des médecins exigent une baisse de la radioactivité ambiante

Des particules issues d’essais atomiques contaminent les sols dans le monde entier tandis que les accidents nucléaires et l’exposition aux rayons X représentent des dangers supplémentaires pour la santé publique. Des médecins exigent des mesures de protection et d’information.

Des particules issues d’essais atomiques contaminent les sols dans le monde entier tandis que les accidents nucléaires et l’exposition aux rayons X représentent des dangers supplémentaires pour la santé publique. Des médecins exigent des mesures de protection et d’information.

par Gero Rueter* - traduit de l’allemand (V. Gallais)


Le congrès mondial de l’IPPNW  (Organisation internationale des médecins pour la prévention contre la guerre nucléaire) cette année avait pour thème central les conséquences des essais atomiques. Réunis au Kazakhstan, les médecins de l’IPPNW se sont informés sur les effets des essais atomiques qui ont eu lieu à Semipalatinsk.

Dans cette zone soviétique de 18 500 m² consacrée aux essais, ce sont 472 bombes qui ont explosé, dont 129 à l’air libre.  Après la chute de l’Union soviétique,  le président du Kazakhstan Nasarbajew a fait fermer la zone et détruire les installations souterraines. Le Kazakhstan est devenu un Etat non nucléaire.

Un phénomène de portée mondiale

Depuis 1945, il y a eu plus de 2000 essais nucléaires sur le globe. L’Union soviétique a fait sauter 718 bombes au total, les Etats Unis 1039, la France 198, la Chine et la Grande Bretagne 45 chacune.
Et, chaque fois, des particules radioactives ont été projetées haut dans le ciel et dispersées sur de grandes distances. « Presque partout dans le monde, on trouve le radioélément cesium 137 en petites quantités dans des échantillons de sol et dans l’alimentation », indique Alex Rosen.

Alex Rosen, pédiatre  et vice président de la section allemande de l’IPPNW, a participé au congrès de son organisation. Certes, ces quantités sont inférieures aux normes légales. « Mais il faut dire que toute dose de radioactivité implique un risque important et que, statistiquement, des centaines de milliers de personnes sont certainement mortes prématurément de cancer du fait de la radioactivité ambiante. »

L’extraction d’uranium représente un risque sanitaire

Selon l’IPPNW – qui a reçu le Prix Nobel de la Paix pour ses travaux en 1985, la contamination radioactive est de plus en plus élevée dans le monde. En plus de la contamination du fait des essais nucléaires, l’irradiation fait aussi partie de notre quotidien, dans la vie civile.

L’extraction d’uranium, par exemple, représente un risque sanitaire important. Dans le monde entier, des mineurs et des habitants à proximité de mines ont été contaminés. Entre 1946 et 1990, les mines d’uranium dans l’ancienne Allemagne de l’est étaient les troisièmes au monde par ordre de grandeur. D’après l’Office fédéral allemand de radioprotection, un mineur sur huit  est décédé des suites de la contamination radioactive. Il étaient plus de 7000 au total, et nombre d’entre eux sont morts d’un cancer, principalement du poumon. Pour des raisons de coûts, l’uranium est aujourd’hui extrait essentiellement dans des régions où les réglementations environnementales sont plus souples.

Des morts par millions

Les accidents nucléaires sont aussi un risque sanitaire. D’après les estimations de l’IPPNW, des dizaines de milliers de personnes sont mortes de cancer après les accidents avec fusion de cœur de réacteur à Tchernobyl en 1986 et à Fukushima en 2011. Il y a eu aussi de nombreux accidents dans des complexes nucléaires, dont ont été victimes des centaines de milliers de travailleurs et de familles. Dans les complexes nucléaires de Tomsk7 et Majak de l’ère soviétique, il y a eu 38 accidents importants jusqu’à présent avec, pour certains, une contamination de grande ampleur.

On ne dispose en fait d’aucun chiffre précis sur les effets sanitaires dûs à l’usage de technologies nucléaires au niveau mondial. Selon Rosen, « Le cancer ne porte pas de marque de fabrique et on ne peut faire autrement que de recourir à des estimations». Il se réfère notamment à une étude de l’IPPNW,  qui doit être actualisée cette année, selon laquelle les morts dues aux usages militaires et civils de l’atome « se comptent par millions » au cours des dernières décennies.

Une course contre la montre

La conscience des risques sanitaires liés aux  technologies atomiques augmente dans le monde entier.  De nouvelles études conduites dans les dix dernières années permettent d’étayer les dangers pour la santé. Une de ces études, particulièrement remarquée, réalisée pour l’Office fédéral allemand de radioprotection, met en évidence que les enfants vivant près de centrales nucléaires souffrent davantage de cancers ou leucémies, même en l’absence d’accident.

Selon Rosen,  l’arrêt de ses centrales nucléaires par le Japon après Fukushima, la sortie programmée du nucléaire en Allemagne et l’arrêt de projets nucléaires sont le signe d’un abandon de l’énergie nucléaire dans le monde entier à plus long terme.

Cela ne doit cependant pas lever l’alerte. « C’est une course contre la montre – à condition qu’il n’y ait pas de nouvel accident. Des hackers pourraient manipuler des centrales nucléaires et des généraux fous ou des terroristes pourraient s’emparer d’armes atomiques. » Et c’est sans mentionner le problème des déchets nucléaires, qui doivent être stockés en sécurité pour des millions d’années. C’est pourquoi l’organisation de médecins exige un désarmement nucléaire rapide et une sortie rapide de la production nucléaire dans le monde.

Information et sensibilisation

Selon les médecins, il est également indispensable de prévoir d’informer localement sur les dangers qui sont souvent inconnus. Il faudrait informer et sensibiliser les  citoyens par la diffusion de brochures. « On ne peut pas réduire la radioactivité à zéro », dit Rosen, « mais il faut diffuser l’information. Il faut dire aux gens : évitez les rayons X pour vos enfants sauf absolue nécessité, ne mangez pas tel produit de telle région contaminée et ne vous installez pas à proximité d’une centrale nucléaire. »


*Gero Rueter est journaliste specialisé Environnement, notamment auprès de Deutsche Welle

Voir aussi ici

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.