¡Orqopiña! Fête et Archéologie de l'Imaginaire en Bolivie. (VI)

   Le système imaginaire cochabambino. 

 

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Le système imaginaire cochabambino.

 

 

Qu’est-ce donc que cette fameuse « Fête de la Vierge de Urkupiña » aujourd’hui ? Si nous écoutons les acteurs primordiaux de la fête, c’est-à-dire en règle générale les habitants de la vallée de Cochabamba, cette fête oscille entre une orgie collective et une fête catholique des plus respectables. Sa première définition officielle, affichée sur toutes les banderoles, nous indique qu’elle a une fonction « d’intégration nationale ». Comment appréhender alors, d’un point de vue purement scientifique, un objet d’étude aussi volatile et sujet à la dispersion idéologique. Pour pousser plus avant notre réflexion, il semblait important de chercher à matérialiser autant que faire se peut la fête de la Urkupiña, dans son espace propre, l’espace valluno autour de Quillacollo-Cochabamba. D’où la nécessité d’une carte qui nous permette d’observer de la manière la plus ample et la plus critique qui soit le territoire de la fête. Nous n’avons pas ici la prétention que peut avoir un géographe à cartographier des espaces culturels, l’utilisation des outils géographiques restera donc un appui à notre argumentation et un support pour le lecteur. Toutes les cartes que nous offrirons à l’observation participent de notre discours en même temps qu’elles en gardent les limites.

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La carte n°1 que nous avons titrée « le système imaginaire entre Quillacollo et Cochabamba » nous sera très utile pour naviguer pas à pas dans la fête et comprendre comment celle-ci obéit à des distances, des reliefs, autant qu’à une organisation urbaine qui l’englobe. La première chose que nous pouvons observer a priori est la proximité géographique entre Quillacollo, le siège de la fête et Cochabamba, la capitale régionale. Une quinzaine de kilomètres nous séparent de ces deux villes. Il y a de fait une relation complexe entre les deux et la distance oppose autant qu’elle rapproche.

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Nous pouvons décrire, à première vue, un système intégré entre Quillacollo et Cochabamba. Ce système n’est pas seulement celui de la Urkupiña, comme fête et mythe collectif, nous retrouvons aussi les grands monuments qui marquent l’espace visuel cochabambino. Le Cristo de la Concordia, qui depuis le début des années 90 s’est institué comme image de référence pour la ville de Cochabamba, le plus grand monde ; et la colline de La Coronilla où siège la statue de Las Heroinas, quelque peu D. GUSS, op.cit., 2000.

[iv] M. AGIER, op.cit., 2000.

[v] F. RIBARD, Le Carnaval noir de Bahia, ethnicité, fête afro à Salvador, Collection Recherches et documents - Amérique latine, L'Harmattan, 1999.

[vi] R.Da Matta, Carnavals, bandits et héros - Ambiguïtés de la société brésilienne, Ed. du Seuil, Paris, 1983.

[vii] M.I.Pereira de Queiroz, Carnaval brésilien. Le vécu et le mythe, Gallimard, Paris, 1992.

[viii] F. Ribard, op.cit., 1999, p.115.

[ix] G.Borras, "Les indiens dans la ville ? Fêtes et « entradas folklóricas » à La Paz", p. 206, in, La fête en Amérique latine I, C.M.H.L.B., Caravelle, n°73, 1999, pp. 201-218, Toulouse.

[x] T. Abercrombie,.« La fiesta del carnaval postcolonial de Oruro : Clase, etnicidad y nacionalismo en la danza folklórica », in Revista andina (N°2), Centro Bartolomé de las Casas, 1992.

[xi] W. Sánchez, « La fiesta en la entrada de Urkupiña. Música, identidad y conflicto social alrededor de una Virgen », in Anales de la Reunión anual de Etnología, MUSEF, La Paz, 1992.

[xii] G. Rodriguez Ostria, « Fiestas, poder y espacio urbano en Cochabamba (1880-1923)», in La construcción de una región, Cochabamba y su historia, siglos XIX-XX, Universidad Mayor de San Simon, Cochabamba, 1995.

[xiii] D.M. Goldstein, The spectacular city : Violence and performance in urban bolivia, Duke University Press, Durham, 2004.

[xiv] Goldstein, op.cit., p.5.

[xv] Ibid.

[xvi] Selon Michel Agier (2004) : « On entend par performance une exhibition préparée à l’attention d’un public. Le terme est anglais mais il vient de l’ancien français parformance, de parformer : « accomplir, exécuter».

[xvii] D. Goldstein, op.cit., p.15.

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