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Billet de blog 11 juil. 2017

Minotaures, une création joyeusement numérique d’Henri Maquet et Florent Di Bartolo

Compte rendu de la création sonore et visuelle d’Henri Maquet et Florent Di Bartolo, le lundi 10 juillet 2O17 dans la cour de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie, pour les Suds à Arles.

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Minotaure numérique © benjamin MiNiMuM

 
Dans un nuage de pixels noirs et blancs, la tête d'un taureau flotte à la naissance des branches d'un arbre et attend les spectateurs. Il flotte, il ondule mais on a l'impression que d’une minute à l’autre il pourrait lui prendre l’envie de nous charger.

Henri Maquet et Florent Di Bartolo prennent position derrière leurs postes de commandes respectifs au centre de la cour de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie et le taureau s’évanouit.

La réunion des deux hommes vient de la volonté du festival Les Suds,à Arles et de L’ENSP de créer ensemble un événement qui préfigurerait de l’esprit qui doit animer le FabLab que l’école va mettre sur pied dans ses locaux. Une fabrique d’idées, un laboratoire de rencontres, un espace où les élèves photographes pourront expérimenter avec des créateurs venus de la société civile. Yannick Vernet, le responsable du FabLab, a imaginé la cohérence possible entre le travail visuel de l’artiste numérique et chercheur enseignant basé en région parisienne, Florent Di Bartolo et la musique d’Henri Maquet qu’il a choisie parmi trois propositions des Suds, sans pour autant connaître la proximité du musicien avec le festival.

Seul arlésien des trois choix possibles, Henri Maquet symbolise l’avant garde du folklore provençal à travers ses différents projets, Bal Pop Tronic ou Delta Sonic. Tour à tour conférencier, maître de stage, ce musicien multi-instrumentiste est l’un de ceux auxquels le festival est le plus fidèle.

Une flûte déchire le silence. Au rythme de ses trilles, une myriade d'étoiles prend forme, les constellations peu à peu se densifient, se multiplient. Le rythme apparaît et incite un monde à naître. Vibrations sonores et visuelles font corps.

En quelques journées intenses de résidence, les deux artistes ont réussi à trouver un langage commun. Florent capte en direct des formes et des mouvements à partir d’une caméra à infrarouge Kinect, un modèle vendu en complément d’une console de jeu. Grâce à elle, il récupère un nuage de points qui indiquent des positions dans l'espace et lui permettent de reconstruire une image tridimensionnelle, qu’il traite et anime en s’aidant d’un programme informatique écrit par ses soins.

Henri Maquet utilise aussi bien des instruments traditionnels : flutes de roseaux, guitarron, percussions corporelles et voix, des technologies musicales contemporaines : looper, logiciels de musiques commandés à partir d’une tablette ou d’un téléphone, une gameboy et une calculatrice transformées en instrument de musique et l‘un des symboles futuristes des années soixante-dix : la guitare synthé.

Henri maquet et Florent Di Bartolo à leur poste de commande © B.MiNiMuM

Le taureau revient et se dédouble. Sans perdre le contrôle de son flux d’images Florent, a enfilé un masque de taureau argenté. Alors que les sons programmés suivent leur évolution, Henri pose cérémonieusement devant son visage un masque de taureau blanc. Minotaures, derrière et devant l’écran où s’animent des filaments de pixels noirs et blancs et accueillent la silhouette du musicien qui suggère la force de l‘animal. Il danse, se dirige vers le public comme dans une arène. Et l’on imagine que les formes qui vibrent sous nos yeux représentent peut-être ce qui défile devant le regard de la bête légendaire ou dans ses rêves. Parfois les sons électroniques mêlés aux voix décrivent ses râles et ses souffles.

A un moment on découvre d’autres paysages familiers, des animaux qui paraissent s’évaporer, des champs, d’autres arbres et d’autres taureaux, s’animent sur des rythmes païens.

Une voix enregistrée nous prévient qu’il y a eu un sabbat hypnotique à l’étang de Vaccarés. En coulisses, on a appris que les deux complices, accompagnés de deux élèves, Sara Szabo & Timothée Pugeault ont capturé des images additionnelles en Camargue. La voix nous dit aussi que l’histoire se déroule entre deux siècles que 600 ans séparent. Les musiques festives que Maquet triture, ont traversé l’histoire et elles sont tout aussi fières et fortes aujourd’hui dans leurs habits électroniques sur des pulsations jaillies d’une calculatrice 1 bit qui, nous dit-on, crache ses tripes et son âme.


Le public à chaque courte pause montre son enthousiasme. Il est si rare de conjuguer l’avant garde et le populaire sans perdre en route les qualités essentielles de l’un ou de l’autre. L’impression de nouveauté est joyeusement et collectivement ressentie.

Près du terme du spectacle Henri dépose son masque sur la tête d’une femme dans le public. Ainsi coiffée elle devient à son tour Minotaure. Elle s’avance vers l’écran en dansant. Son corps suit non seulement les indications musicales mais épouse aussi les ondulations des pixels. Le numéro semble parfaitement calé, sauf qu’il n’y a pas de numéro et seulement le fruit d’un hasard un peu magique. Henri a masqué sans la connaître Fanny Brancourt, une danseuse semi professionnelles venue à Arles suivre un stage pendant le festival.

Une danse improvisée


Pour finir, un morceau composé autour d’un reportage, réalisé par Antoine Chao, instigateur de la radio du festival, nous ramène à la réalité. Une musique grave, belle et obsédante, habille des propos collectés lors des manifestations qui ont conduit à la mort du militant Remy Fraisse mais aussi à l’arrêt du projet contesté de barrage à Sivens.

A l’écran des formes défilent comme lorsque l’on rentre à la maison dans un véhicule qui traverse la Camargue.

Les mouvements s’arrêtent, le voyage est à son terme. Dans une semi-obscurité, les minotaures nous saluent depuis le centre de l’arène. Ils ont gagné leur combat, leur défi. Et la passionnante cinquantaine de minutes qu’aura duré ce spectacle s’achève sur des applaudissements et des vivats longs, nourris et sincères.

Benjamin MiNiMuM

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