Billet de blog 2 oct. 2013

Non à la chasse aux Rroms, non au racisme d'Etat, pour l'égalité des droits

Claude Calame, Eric Fassin, Evelyne Perrin,Vicky Skoumbi... citoyens français et/ou européens, « dénoncent la multiplication et la légitimation des discours, des actes discriminatoires et des dénis de droits pratiqués par nos représentants, Etat, préfets, administrations, élus, contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares en situation de précarité » et lancent un appel.

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Claude Calame, Eric Fassin, Evelyne Perrin,Vicky Skoumbi... citoyens français et/ou européens, « dénoncent la multiplication et la légitimation des discours, des actes discriminatoires et des dénis de droits pratiqués par nos représentants, Etat, préfets, administrations, élus, contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares en situation de précarité » et lancent un appel.


Depuis le tristement célèbre discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 30 juillet 2010 à Grenoble, la politique de discrimination et d'expulsion menée contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares a pris des proportions aussi inquiétantes qu'inadmissibles. Or, suite à l'élection de François Hollande le 6 mai 2012, Manuel Valls n'a fait que poursuivre et même durcir cette chasse à l'homme. Les Rroms n'auraient pas « vocation » à résider en France.

Au cours du seul premier trimestre 2013, 28 campements abritant 2 873 personnes ont été évacués et détruits par les forces de police, soit 25 % de plus que pendant la même période en 2012, selon le recensement effectué par l'Association européenne pour la défense des Droits de l'Homme. Durant cette même période, en outre, 272 personnes roumaines ou bulgares Rroms ont été rapatriées de force (contre 70 en 2012) et plus de mille personnes ont dû quitter leur lieu de vie pour raison d'incendie ou de violences diverses. Les évacuations se font au petit matin, et s'accompagnent de la destruction immédiate des abris de fortune sous les yeux des enfants terrorisés...

Or cette politique est contraire à tous les principes du droit, qu'il s'agisse de la législation française, européenne ou internationale. En réponse aux admonestations de la Commission européenne et suite à sa promesse de revoir les mesures spécifiques transitoires excluant les Bulgares et Roumains du marché du travail depuis 2007, François Hollande a fait signer par cinq ministres une circulaire le 26 août 2012, qui prévoit, avant toute évacuation d'une installation jugée illicite ou insalubre, un diagnostic social, des propositions de relogement, le maintien de la scolarisation des enfants et de l'accès aux soins. Comme l'établit le Bilan du Défenseur des Droits publié en juin dernier, cette circulaire est restée lettre morte. Quant à la circulaire Sapin du 30 janvier 2013 pour la facilitation de l'accès des Bulgares et Roumains à l'emploi salarié et aux contrats aidés, elle tarde à porter ses effets, alors que les OQTF (obligations de quitter le territoire français) sont toujours distribuées au faciès de façon massive.

Le développement de pratiques et de déclarations publiques racistes contre les Rroms désignés comme des boucs émissaires va de pair avec la montée d'un climat de violence droitière extrême et d'incitation à la haine. Violence verbale quand le député-maire de Nice, Christian Estrosi, déclare à propos des Rroms et gens du voyage le 7 juillet dernier sur Europe 1 : « J'en ai maté d'autres, et je vous materai ! ». Violence physique tragiquement illustrée par le meurtre du jeune militant antifasciste Clément Méric le 6 juin dernier. Comme chaque fois en temps de crise sociale, les souffrances et les peurs engendrées par la paupérisation et le chômage sont détournées et instrumentalisées pour stigmatiser des groupes fragilisés de la population, en l'occurrence en priorité les Rroms.

Dans ce contexte où l'Etat et ses représentants, préfets, administrations publiques, persistent à refuser leurs droits à des ressortissants communautaires, des élus s'obstinent à ne pas appliquer la loi, refusent de scolariser des enfants Rroms, négligent de ramasser les ordures ménagères, appellent à des manifestations contre la présence des Rroms et des gens du voyage. Et à l'approche des élections municipales de 2014, les appels à la haine se multiplient, allant jusqu'à l'appel au meurtre par le maire de Croix, Régis Cauche, ou au génocide par le député-maire de Cholet, Gilles Bourdouleix. Il est particulièrement inquiétant qu'un élu de la République puisse se référer à Hitler et continuer tranquillement à occuper ses fonctions sans susciter d'autres réactions que de timides protestations de pure forme.

Nous, citoyennes et citoyens français et/ou européens et immigrés résidents, attachés aux valeurs fondatrices de la République et de la démocratie ainsi qu'aux droits fondamentaux reconnus à tout être humain, nous dénonçons la multiplication et la légitimation des discours, des actes discriminatoires et des dénis de droits pratiqués par nos représentants, Etat, préfets, administrations, élus, contre nos concitoyens Rroms roumains et bulgares en situation de précarité, ainsi que toute expulsion sans application de la circulaire du 26 août 2012, et toute forme d'exclusion. Nous appelons également nos concitoyennes et concitoyens à réagir contre le racisme et la violence d'Etat sous toute ses formes. Nous demandons l'égal accès pour tous aux droits garantis par notre Constitution, par la Convention Européenne des Droits de l'Homme, par la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne, et par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

En conséquence, nous appelons tous nos concitoyennes et concitoyens à :

  • demander l'engagement de poursuites judiciaires contre les autorités publiques et personnes physiques et morales ne respectant pas les lois de la République, notamment l'égalité des droits et de l'accès aux services publics, et/ou appelant à la discrimination et à la haine.

  • S'engager pour obtenir de nos gouvernants et de toutes les collectivités publiques l'application stricte des principes de l'aide sociale aux plus démunis, de la protection de l'enfance, de l'accès aux soins, au logement, à la formation et à l'emploi, ainsi que de la protection des personnes vulnérables.

  • Développer partout les expériences communes de solidarité et d'échange, de réciprocité et d'entr'aide, d'innovation et d'insertion pérenne, afin de contrer le développement de la précarisation stigmatisante et de la haine de l'autre et de faire disparaître zones d'exclusion et de relégation.

Premiers signataires 

Miguel Benasayag, Abdallah Bekki, Stéphane Brailly, Henri Braun, Alain Brossat,
Claude Calame, Christian Celdran, Albano Cordeiro,
Claude Derhan,
Jules Falquet, Didier Fassin, Eric Fassin,
Umberto Guerra,
Samia Hamiche,
Rada Ivekovic,
Olivier Le Cour Grandmaison, Natalia Lavalle,
Véronique Nahoum Grappe,
Saimir Mile, Fabienne Messica,
Salvatore Palidda, Evelyne Perrin,
Josep Rafanell, Elisabeth Robert,
Vicky Skoumbi,
Roland Tchouaga,
Jerôme Valluy,
Yannis Youlountas.

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