Le burn-out du Brésil

La demi-finale du Mondial opposant hier soir le Brésil à l'Allemagne est un fait sans équivalent dans l'histoire du foot: une équipe entière a sombré psychologiquement devant son propre public, laissant l'autre jouer seule, triompher sans gloire comme le dit l'adage. Qui est le responsable d'un tel échec?

La demi-finale du Mondial opposant hier soir le Brésil à l'Allemagne est un fait sans équivalent dans l'histoire du foot: une équipe entière a sombré psychologiquement devant son propre public, laissant l'autre jouer seule, triompher sans gloire comme le dit l'adage. Qui est le responsable d'un tel échec? Le pays tout entier qui a voulu organiser une compétition lors de laquelle son équipe ne devait pas perdre. Son entraîneur en particulier qui a exigé de ses joueurs un engagement qui va bien au-delà des capacités mentales d'un être humain.

A entendre les commentateurs, le Brésil ne s'est jamais remis de sa défaite en Coupe du monde sur son propre sol en 1950... Les cinq victoires ayant succédé à cette pénible défaite n'auraient pas effacé le cuisant échec... Rappelons que le Brésil est à ce jour loin devant les autres nations en portant cinq étoiles sur son maillot, alors que l'Allemagne n'en a que trois... Si l'on suit la logique brésilienne, la situation de la France serait bien meilleure: une seule étoile mais gagnée sur son sol!... Bref, commencer une compétition internationale - la compétition internationale - en se référant à sa défaite plutôt qu'à ses victoires relève d'un pur masochisme étendu à l'échelle d'un pays. Pour gagner cette guerre, effacer l'échec d'il y a 64 ans..., il fallait donc appeler un général en chef: Scolari le bien nommé (au sens de l'institution scolaire française façon classes préparatoires: toujours plus, toujours plus, sans discernement et, bien sûr, sans compassion)...

Qu'a fait Scolari? Préparer ses joueurs au combat, sans autre stratégie que celle de mettre le plus d'intensité physique dans un match. Faire de joueurs techniques des brutes insensibles. Résultat: les pleurs de Thiago Silva et de Neymar lors d'un huitième de finale dramatique, mais que les Brésiliens doivent regretter désormais d'avoir "gagné", la suspension surprenante du premier - souriant presque de soulagement après - et la blessure du second lors d'un quart de finale où les joueurs brésiliens imposèrent un jeu brutal à des Colombiens techniques et collectifs, et, finalement, l'effondrement total d'un groupe face à des Allemands stupéfaits en demi-finale. Qu'a fait Scolari? Il a tué le jeu du Brésil et mis ses joueurs dans une situation intenable depuis la Coupe des confédérations en 2013 - dans une moindre mesure, c'est un peu ce que fit notre Domenech national qui ne voulait pas entendre que les Français préféraient le beau jeu à la victoire volée (main de Thierry Henri)...

Les joueurs brésiliens ont joué cette compétition la peur au ventre. Ils se sont relâchés totalement hier soir en pensant qu'ils avaient évité l'humiliation dans leur propre pays en accédant aux demi-finales. C'était oublier que l'humiliation peut survenir très vite dans une compétition, que le moindre relâchement se paye cash. Ils ont joué les premières minutes, puis la lumière s'est éteinte. Dès le premier but, on a vu qu'ils n'y étaient pas. Ils étaient des fantômes sur le terrain (l'intelligent sélectionneur allemand, Joachim Löw, disant en conférence de presse: "ils étaient perdus"...). Le relâchement était en fait une rupture totale. Ils étaient carbonisés, pas physiquement comme cela arrive bien souvent mais psychologiquement. Le premier burn-out du foot, à l'image de nos sociétés où l'on demande toujours plus d'investissement personnel, de sacrifice, de dépassement de soi... Voilà où mène la culpabilisation à outrance.

Ce mondial avait vraiment bien commencé, mais qui a envie désormais de regarder une compétition bafouée à part les Allemands, les Néerlandais et les Argentins? Quelle finale les premiers pourront-ils jouer après une qualification ainsi faussée? Messi aura-t-il le goût des exploits après avoir vu ses amis du beau football dans une telle détresse?

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