Le pôle emploi épaule-t-il la police ?

Chômer n’est pas sans danger. A Toulouse, depuis vendredi, l’agent du pôle emploi qui vous reçoit, est aussi devenu, malgré lui, un auxiliaire de police. Sa direction régionale lui demande en effet de vérifier désormais l’authenticité des papiers qui lui sont présentés.

Chômer n’est pas sans danger. A Toulouse, depuis vendredi, l’agent du pôle emploi qui vous reçoit, est aussi devenu, malgré lui, un auxiliaire de police. Sa direction régionale lui demande en effet de vérifier désormais l’authenticité des papiers qui lui sont présentés.

 

La note interne a été communiquée aux personnels du pôle emploi (anpe + assedic) vendredi après midi. Elle est applicable depuis ce lundi et fait contre elle l’unanimité. « Les personnels ont été choqués par ce qu’elle contient » affirme Sylvie Espagnol du syndicat CGT. En page 4 du document, au chapitre organisation, on lit ceci : « l’agent qui reçoit le demandeur fait une photocopie de la pièce recevable présentée et en vérifie l’authenticité à l’aide de la lampe UV ». Une lampe du type de celle utilisée par les commerçants pour vérifier que votre billet n’est pas un faux. « Cette vérification s’effectue en dehors de la présence du demandeur, l’agent devra donc se diriger vers un photocopieur situé en retrait à proximité de la lampe UV ».

 

Jusqu’à présent, les salariés devaient veiller à la validité des documents présentés, c'est-à-dire refuser une carte d’identité, un passeport, une carte de séjour dont la date limite de validité a été dépassée. « Là, on nous transforme en auxiliaire de police » explique Laurent Doumenc. « Ce n’est pas notre métier, ni notre mission. On est là pour aider les gens à retrouver du travail, pas pour juger de leur situation, ou pire, pour participer à une politique de chasse aux individus » dit-il.

 

D’autant que les choses ne se font pas à visage découvert. Le contrôle d’authenticité du document se fait en catimini, hors de vue du chômeur qui ignore donc qu’il est l’objet d’un contrôle. En ligne de mire, les premiers chômeurs visés sont assurément les étrangers. Pour preuve, la photocopie du document est ensuite envoyée à la préfecture comme le confirme l’article R 5221-49 du code du travail. « Afin de procéder à la vérification (…) l’Agence nationale pour l’emploi adresse une copie du titre de séjour du travailleur étranger qui sollicite son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi à la préfecture qui l’a délivré. » Comme le dit Emmanuel Medhib du syndicat national unitaire « il y a un pont entre nous et la préfecture. On nous fait travailler pour la Police de l’Air et des Frontières, ce qui n’est pas le métier que j’ai choisi. C’est pour cela que nous avons demandé aux agents du pôle, de refuser d’appliquer cette directive régionale ».

 

De son côté, la direction, qui reconnait un certain malaise plaide non coupable. "C'est vrai, cela a créer une certaine émotion, mais il ne s'agit pas d'un contrôle d'identité, mais de controler la conformité des papiers présentés. Les gens réagissent mais cela se pratique depuis trois ans aux assedics, on l'a juste généralisé au pole emploi. C'est une mesure de prévention, placarder sur nos virtres à l'entrée des agences du pole emploi, pour dire à ceux qui seraient tentés de venir chez nous avec de faux papiers, on a les moyens de le détecter. Il s'agit de lutter contre les réseaux et contre ceux qui voudraient avoir des droits indus" explique yves Dubrinfaut, directeur régional qui reconnait trois cas en trois ans, dans une autre région de France.

 

 

Il y a donc bien un dégat collatéral plus immédiat que la lutte contre la fraude. « Notre nouveau patron, si on peut dire, c’est Brice Hortefeux, l’ex ministre de l’immigration et de l’identité nationale. On veut nous faire participer à une politique de flux migratoire » constate Laurent. « En tout cas, ce n’est pas bon pour la relation sereine qu’on doit avoir avec un demandeur d’emploi » ajoute Sylvie pour qui, la crise aidant, les relations avec les chômeurs est de plus en plus tendues en raison du manque d’emploi à offrir et du nombre de tracasseries administratives supplémentaires.

 

Cette tension est, pour elle, bien réelle. « Depuis le début de l’année, il y a eu 4 suicides dans le pole emploi France ». Le dernier, c’était le suicide Jacques, 55 ans, dans la nuit de Jeudi à Vendredi, à St Quentin dans l’Oise. Un suicide sur le lieu de travail, découvert à 8 heures du matin, par ses collègues. La direction parle de « soucis d’ordre privés » puisqu’ « il n’avait aucun problème au sein de l’établissement ». Analyse que ne partage pas Nicole Soule, délégué syndical Force Ouvrière « Il y a un sentiment des agents d’être à l’abandon. Ca met en souffrance beaucoup de collègues. » Son suicide « c’est un ensemble de choses dont le travail » confie-t-elle au Courrier Picard.

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