«Un lieu, une oeuvre»: Woody Guthrie à Muir Woods

C'est l'idée d’Alton de nous conduire à Muir Woods. It’s awesome ! C’est fabuleux ! Muir Woods – un parc national à la démesure américaine. Des centaines de séquoias plusieurs fois centenaires. À la poursuite des arbres géants de la Forêt Rouge. The Redwood Forest de Woody Guthrie. Et Kim Novak dans Sueurs froides.

WOODY GUTHRIE À MUIR WOODS

mw-9-se-quoias-fore-t
 

 

C'est l'idée d’Alton de nous conduire à Muir Woods.

It’s awesome ! C’est fabuleux !

Muir Woods – un parc national à la démesure américaine. Des centaines de séquoias plusieurs fois centenaires. À la poursuite des arbres géants de la Forêt Rouge. The Redwood Forest de Woody Guthrie. Alfred Hitchcock y a promené Kim Novak, blonde pulpeuse, ensorceleuse, même en tailleur gris mémère ou en manteau blanc frigide, poursuivie, traquée, idolâtrée par James Stewart, souffrant d’amour et de vertiges, l’ex-policier benêt qui ne fait rêver personne sauf Barbara Bel Geddes (la future matriarche de la série télé Dallas), prude dessinatrice de soutiens-gorges coniques.

 

Sueurs froides, A. Hitchcock: en route vers Muir Woods Sueurs froides, A. Hitchcock: en route vers Muir Woods
 

Sueurs froides, A. Hitchcock: Madeleine à Muir Woods Sueurs froides, A. Hitchcock: Madeleine à Muir Woods
Sueurs froides, A. HItchock: Madeleine et Scottie à Muir Woods Sueurs froides, A. HItchock: Madeleine et Scottie à Muir Woods

 

Sueurs froides, A. Hitchcock: Madeleine promène son doigt sur les cernes du temps Sueurs froides, A. Hitchcock: Madeleine promène son doigt sur les cernes du temps

Tim Burton est repassé par là pour y planter sa planète d’inhumanité.

Mais nous, nous partons sur la piste de Woody Guthrie.

https://www.youtube.com/watch?v=wxiMrvDbq3s

Et pas un instant, nous ne mettons en doute la parole d’Alton qui, cinq ans auparavant, a quitté Cedar Falls dans l’Iowa pour San Francisco.

It’ll be awesome ! Ce s’ra fabuleux !

Dolores, qui a débarqué de Madrid la veille, veut tout voir et tout faire avant de commencer son année universitaire dans le Montana, un protocole d’échange entre Bozeman (vous avez dit Bozeman ?) et l’Université de Valencia. Dolores lutte pour ne pas s’endormir sur le matelas gonflable prêté par Larry. Muriel, parisienne désenchantée par Paris, dont c’est le second séjour à San Francisco, rêve tout simplement d’être une Californienne sous le soleil de Californie. Elle est en bonne voie d’acculturation depuis qu’elle est devenue adepte du hot yoga (l’esprit suinte du corps dans une sorte de hammam sans fontaines) et du végétarisme (une pratique alimentaire qui se réduit souvent au pizzavorisme arrosé de sodas de préférence ultra-sucrés).  Dans le nous, il y a moi, doyenne des invitées d’Alton le Preux qui doit composer avec la gente féminine dans son petit deux-pièces où le loyer exorbitant, malheur endémique causé par la Silicon Valley, est, par bonheur, soumis au rent control, encadrement des loyers, dans ce quartier de North Beach où se côtoient nouveaux clochards, ex-hippies, touristes français et jeunes cadres aux allures de princes arabes, ces young professionals qui s’appliquent à recréer le monde.

Muir Woods, here we come! À nous les Muir Woods !

Bientôt la route des séquoias pointant vers le ciel de l’Ouest américain. Je recommande casquettes, vestes aux manches longues, chaussures adéquates. Je mets Muriel et Dolores en garde contre les éventuelles mauvaises surprises d'une randonnée touristique, quand bien même féerique. Le Bay Area n'est pas dépourvu de bestioles en tous genres, dont les fameuses tiques qui peuvent transmettre la maladie de Lyme. Tiques et piques et colégram. Bien se couvrir de la tête aux pieds, ne pas toucher aux troncs d'arbres, ne pas effleurer les plantes, etc. Alton m’observe, dubitatif. Muriel part dans ses baskets de ville, dessus en toile noire, semelles extra plates. Achetés chez Ross Dress For Less (Ross Habille Pas Cher) au premier jour de son arrivée, elle les portera jusqu'au dernier jour et au-delà. Mais au moins, elle emporte sa casquette L A, le A qui chevauche le L à la gloire des Los Angeles Lakers, et ce, sans le moindre scrupule au pays des San Francisco Giants, dont les placards publicitaires nous vantent le gigantisme. Dolores, elle, fait fi de mes recommandations et sort en débardeur décolleté, sans son chapeau de cavalière madrilène qu'elle arborait pourtant la nuit d’avant. Elle est en route pour la liberté, loin de Teruel, sa ville natale en Aragon, et n’a pas l’intention de se faire sermonner par quiconque pendant les trois premiers jours de sa vie (extraordinaire) qu’elle rêve en Amérique.

Parce que la vie de la romancière Amy Tan et celle du musicien John Lurie ont été gâchées par une tique, je rentre mon legging dans mes chaussettes de sport. Je ne veux pas mourir d'une lente agonie. Précautions prises, je ne suis pas certaine de l'issue de l'excursion. À court et à long terme. Néanmoins, je garde mes pensées pour moi. Il vaut mieux. Qui veut être accusé d'être rabat-joie au bord du Pacifique? Muriel fait de ma casquette la cible de ses moqueries. Dolores s'installe à ses côtés, sourire en coin. Alton démarre sa Nissan Cube rouge framboise.

En route pour Muir Woods.

La Nissan tourne dans North Point Street. On passe Taylor, Jones, Columbus, Leavenworth, Hyde, Larkin, Polk. Longues et interminables rues qui vont de l'océan au nord jusqu'à la limite de la ville au sud. On tourne dans Van Ness pour s'engager sur Bay. Après Gough, Octavia et Laguna, on prend à droite. Bientôt le Golden Gate Bridge. Fantastique.  De l’acier posé, ouvragé, entre ciel et océan. Un poème de pont. Muriel, Dolores et moi-même ne disons mot, mais nous savons, au fond, que nous venons d’adhérer à la secte des adorateurs du Golden Gate Bridge.

Alton lance : They paint it every year! On le repeint chaque année !

Peint, repeint couleur terre de sienne. Je ne m'attendais pas à ce beau brun rougeâtre. La couleur rouge est bien réelle, pas seulement un artifice de cartes postales ou de films hollywoodiens. Vu de loin, Golden Gate Bridge ne diffère pas tant que ça de Bay Bridge qui n'a pas sa réputation, pas de réputation du tout à vrai dire, même s'il date de la même époque. Vu de près, le pont est pont légendaire. Majestueux au-dessus du Pacifique, euphorique jusqu'à la ligne d'horizon, le vent son instrument. Il y a des voies cyclables de part et d'autre. J'aimerais descendre de la voiture, flâner, en dépit du vent violent qui balaie le paysage. Je me contente de photographier poteaux et rambardes de l'intérieur du véhicule.

mw-1-golden-gate-bridge1

 

mw-2-golden-gate-bridge-3
La Nissan s’engage sur l'autoroute North US 101, puis sur Marina Boulevard. Bientôt, on rejoint Mill Valley dans le Comté de Marin, l'un des endroits les plus huppés de la Californie du Nord. Muir Woods n'est plus très loin. Sur notre gauche, Flamingo Road. Je me souviens de la série télé Flamingo Road, autre saga sur fond de caprices et de vilenies dans l’Amérique du vingtième siècle. Morgan Fairchild en vampire bourgeoise à la mode Tallahassee. Au générique, immanquablement, les flamands roses de Floride. Gibson Avenue, sur notre droite, n’évoque rien. À Mill Valley, les résidents veulent garder leur ville propre. Ceux qui se croient plus malins que les caméras de surveillance, plus malins que les citoyens délateurs, risquent gros. 1000$ Fine For Littering. Amende de 1000$ pour Dépôt d'Ordures. Nous arrivons à Mount Tamalpais. L'amende de 1000$ tombe à 500$. Loin de la civilisation, l'honneur écolo reste sauf. La route bifurque. Muir Woods Road enfin. Nous n'avons plus qu'à suivre la route à deux voies qui surplombe le précipice boisé, the wooded canyon, comme ils disent.

mw-3-mill-valley-pont

mw-4-mill-valley
Sauve qui peut.

Pentes et virages à n'en plus finir. Alton connaît la route. Il est confiant.

 I hope you guys aren’t scared. This is California, Man! J'espère que vous n'avez pas peur, hein ? C’est la Californie, bon sang !

Je suis incapable de contempler le paysage mais ne dis mot. Par contre, je me demande si les boulettes de viande à la sauce tomate, testées à l’heure du déjeuner chez Tony's Pizza sur Washington Square Park, n'auront pas leur mot à dire. L'Amérique du Nord, si soucieuse du confort et du bien-être des uns et des autres, si peureuse des procès qu'on peut lui intenter pour une barricade mal fixée ou pour un revêtement de sol mal savonné, a failli à son devoir ici. Pas le moindre panneau pour avertir  que : 1) le tracé jaune au bord de la route sépare la vie de la mort ; 2) la Constitution ne garantit aucunement que les hommes et les femmes, qui n'étaient pas égaux dans la vie, le seront dans la mort ; 3) le baiser qu’échangent Madeleine et Scottie dans la forêt de séquoias est hitchcockien avant tout ; 4) les tâte-boulettes de chez Tony's Pizza devraient s'abstenir du voyage ; 5) les carnivores iront en enfer bien avant les végétariens.

La route continue de monter et de tourner. On voudrait que ça s'arrête lorsque ça s'arrête enfin. Muir Woods, le monde entier s’y est apparemment donné rendez-vous. Avis aux détracteurs de l’Amérique. Entrez dans la Tour de Babel, l’unique, l’authentique. Le reste est littérature. Par conséquent, le parking visiteurs est complet. Il ne reste plus que la route de terre rouge pour se garer. Et une longue file. Alton est très patient, finit par repérer une place. Puis commence l’ascension à pied jusqu'au Visitors' Center. Pour 8$, l'entrée de la Redwood Forest, l'un des 390 parcs nationaux, l'un des monuments les plus visités aux États-Unis. L'un des plus célébrés aussi.

 

From the Redwood Forest to the Gulf Stream Waters, chante Woody Guthrie. Depuis la Forêt Rouge jusqu’aux Eaux du Gulf Stream.

 

Woody Guthrie est avec nous. Nous fredonnons sa chanson. Sauf Dolores bien sûr qui découvre la Côte Ouest, sa forêt d'arbres rouges, l’Amérique, son folklore. Le dépliant distribué aux visiteurs énumère la liste de catastrophes possibles. Poison oak and stinging nettle are common. During high winds branches and trees may fall. Présence de sumacs vénéneux et d'orties. Les vents violents peuvent arracher branches et arbres. Ils n'annoncent pas le Bing Bang, c'est déjà ça. Je garde cette pensée pour moi. Les arbres sont effectivement gigantesques. Des séquoias sempervirens, quelques uns millénaires. L'être humain, même pas un point sur les cernes annuels. Même pas un grain de poussière sur le bois de cœur. De nos amours et haines, le séquoia de la Redwood Forest n'en a cure jusqu'à la moelle. Indétrônable espèce sur la côte pacifique, depuis l'Oregon jusqu'à Big Sur.

 

This land is your land. Ce pays est ton pays.

mw-5-fore-t-muir-woods

 

 

 

 

 

mw-7-fore-t
Les arbres rouges de Muir Woods doivent leur nom à un botaniste autrichien, Stephen Endlicher, qui rendit hommage à un certain Sequoyah, l'inventeur de l'alphabet Cherokee. Sur la photo, Sequoyah apparaît enturbanné et cravaté de rouge et de blanc pour les besoins de la postérité et la bonne conscience des colons blancs d’Europe. Une plaque rappelle la présence amérindienne d'avant la conquête par les Européens : l'arbre rouge était appelé « tc-ole » ou « tcobe » par les Miwoks, mais « keelch » par les Yuroks. De l’arbitraire des langues. Et des réalités arbitraires. En 1769, par la plume d'un religieux espagnol, l'arbre rouge devint « palo colorado ». Les racines de ces conifères sont peu profondes. Et oh surprise ! Elles s'exhibent en travers du sentier, une maille à l'endroit une maille à l'envers. Au pied des arbres, parmi le feuillage roussi, des cônes tombés du ciel. On pourrait les cueillir dans le creux de son tablier, les stocker dans un grenier et les ressortir pour décorer le sapin de Noël. À Sausalito, dans la rue commerçante non loin de l'embarcadère, ils ont bien un magasin de Noël pour les touristes qui anticipent décembre en juillet. Les troncs, arrachés, couchés de tout leur poids, vous ramènent à la réalité de cette nature qui fait comme bon lui semble.

 

This land is my land. Ce pays est mon pays.

 

Un pays où l’homme et la femme font comme bon leur semble. Toutefois, à Muir Woods, où Baudelaire aurait pu réciter « La nature est un temple où de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles », la notion de liberté a ses limites. Car, à vrai dire, personne ne jouit de la liberté d'inscrire ses amours sur l'écorce d’un séquoia rouge, qu’on veuille ses amours pérennes ou qu’on les pressente éphémères. Personne n’a le droit d'emporter un morceau de conifère afin de décorer son salon-salle-à-manger, disons au Texas ou dans le Nevada. Les vandales de tous pays peuvent se réunir mais ne seront pas bien vus. Ici et là, des troncs éventrés sont offerts au regard comme des animaux de laboratoire. Ne pas maltraiter la matière vivante, telle est la morale du jour et du lieu. Malgré ses grands airs, la nature n'est pas éternelle. Cependant, la forêt se régénère grâce au brouillard qui apporte l'humidité nécessaire pendant la saison sèche et grâce au feu (régulé par les autorités) qui débarrasse le sol des bactéries, des champignons et des détritus. Autre atout du séquoia sempiverens : ses broussins ou excroissances ligneuses favorisant l'auto-germination. L'heure venue, chaque broussin sera capable de cloner son parent.

 

mw-8-se-quoia-majestueux
 

Pour l'heure, hommes, femmes et enfants foulent le circuit de randonnée pédestre. Balises, flèches, plaques, panneaux. Bancs et palissades en bois. Il est permis de s'asseoir, de déambuler, il n'est pas permis de s'aventurer. Quatre petits ponts, qu’on dirait tout droit sortis d'un poème de James Whitcomb Riley, traversent la rivière Redwood Creek qui serpente et ravit tant l'œil que l'ouïe. Par endroits, le soleil perce la forêt de séquoias, surprend un pont dans sa quiétude. On aimerait y construire sa demeure. Maison sur pont sur rivière au pied des arbres rouges de Californie. Une maison en bois rouge, si possible. Une maison ocre rouge, pas bleue. Pas eu le temps de voir la Maison Bleue de Maxime Le Forestier. Autre époque, autre lieu. Autre musique. Celle de Redwood Creek qui tinte contre les cailloux. Carillon de ronds dans l'eau. Ronds d'eau par claire lumière. Et Woody Guthrie qui chante dans ma tête.

 

This land is made for you and me. Ce pays est fait pour toi et pour moi.

 

Alton propose d'escalader l'un des sentiers sur les flancs du canyon. Il l'a déjà fait avec des copains. Plusieurs fois même.

Ocean View Trail ou Hillside Trail ? Le Sentier du Promontoire ou le Sentier de la Colline?

Quel que soit le sommet, côté océan ou côté forêt, la vue sera époustouflante. Je crois Alton volontiers. Alton est prêt à m'initier à la vie pionnière. Des rires. Il faudrait demander à Muriel, toujours partante comme Dolores. L'excursion inter-générationnelle a ses limites. Pour moi, l'appel de la forêt s'arrête à mi-chemin de la piste pavée. Exactement à Cathedral Grove où tout n’est que murmure. Là où une plaque commémore la politique pacifiste de Franklin D. Roosevelt. Here in this grove of enduring redwoods, preserved for posterity, members of the United Nations Conference on International Organization met on May 19, 1945, to honor the memory of Franklin Delano Roosevelt, thirty-first President of the United States, chief architect of the United Nations, and apostle for lasting peace for all mankind. Ici dans ce bosquet de séquoias persistants, préservés pour la postérité, les représentants à la Conférence des Nations Unies sur l'Organisation Internationale se sont réunis le 19 mai 1945 pour honorer la mémoire de Franklin Delano Roosevelt, trente-et-unième Président des États-Unis, principal architecte des Nations Unies, et apôtre d'une paix durable pour l'humanité toute entière. À l'heure qu'il est, avec le cessez-le-feu qui semble impossible à Gaza, le massacre des Yézidis en Irak, et les autres barbaries de l'été 2014, Roosevelt et ses compères doivent se retourner dans leur tombe.

mw-10-a-rivie-re
Lorsqu’au bout de deux heures de marche je suggère de faire demi-tour, personne ne proteste. La fatigue gagne aussi la jeunesse. Visite éclair à la boutique de souvenirs. Objets en bois, c'est dans l'air du temps. Colliers et bracelets, boîtes et bibelots, sculptures d'ours, de tortues, etc. Puis chacun est content de retrouver son siège dans la Nissan Cube qui s'insère dans un convoi de véhicules et d’autocars, convoi bien trop lent au goût d’Alton. La descente n'en est pas moins périlleuse. Après la traversée de Mill Valley, la Nissan file sur Golden Gate Bridge. Il faut filer avant l'arrivée du fog, ce brouillard gris noir qui s'invite à l'heure du crépuscule. Insidieusement. Et fait chuter la température brutalement. Ici et là, on aperçoit plus d’un touriste novice grelottant dans la fraîcheur du soir.

mw-12-a-temps-en-tranches

mw-12-b-muriel-dolores-de-profil
Le soir même dans l'appartement d’Alton, nous écoutons This Land Is Your Land sur You Tube. Bienveillance de la génération Nirvana et Smashing Pumpkins à mon égard et envers Woody Guthrie dont la guitare arbore, en lettres cursives noires, une révolte qui semble d’un autre temps, mais pas tant que ça, si l’on scrute l’horizon politique du monde: This machine kills fascists, Machine à tuer les fachos. Lorsque je veux écouter la version âpre qu’interprète Bruce Springsteen, mes colocataires de l’été 2014 s’éloignent du coin bureau, l’un après l’autre. Dolores s’est allongée dans ses habits de randonneuse sur le matelas gonflable queen size qui barre le chemin à tous. Du coin cuisine jusqu’au canapé rouge, que le propriétaire du meublé a fait placer dans l’encorbellement de la baie vitrée, point de passage. Alton, du haut de ses 1,80m, s’y risque pourtant. À l’autre bout du séjour, il veut retrouver sa machine à masser les pieds. Les vrombissements du moteur ne réveilleront pas Dolores. Le décalage horaire a finalement eu raison de sa fougue et de sa bravoure. Quant à Muriel, pieds nus sur le carrelage du coin cuisine, elle hésite entre une belle pêche parfumée et un maxi cookie aux pépites de chocolat qu’elle a achetés le matin même chez le Trader Joe’s de Bay Street, sa caverne d’Ali Baba depuis qu’elle a découvert San Francisco.  

mw-11-se-quoia-tronc-au-soleil
 

©Esther Heboyan, "Woody Guthrie à Muir Woods", Carnets de San Francisco, 2014. 

Photos ©E. Heboyan : Golden Gate Bridge (2), Mill Valley (2), Muir Woods (8), Dolores et Muriel contemplant les cernes du temps.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.