(Im)poser le problème de notre temps

Tweetez, partagez la seule question qui compte : pour nous sauver, comment réduire de moitié nos émissions de CO2 en 10 ans, sans provoquer d'effondrement économique ? À nous de l'imposer comme centre et cadre de tous les débats politiques. Elle ne souffre d'aucun échappatoire. Elle oblige à des réponses précises et concrètes à la hauteur du plus grand défi de l'humanité.

Chose incroyable, la traduction du dernier rapport du GIEC n'est toujours pas disponible en français. Si si, allez voir sur le site officiel. Or, de ce rapport, on peut tirer LE problème des problèmes, le seul, l'unique, l'écrasant, le plus grand défi auquel l'humanité n'a jamais été confrontée, à si grande échelle, en si peu de temps. Alors posons-le en priorité à notre classe politique, à la puissance publique, si l'on pense qu'elle a encore le devoir et le pouvoir d'assumer et d'engager notre destinée collective. Posons-le en des termes aussi simples et implacables qu'un raisonnement mathématique:

"Si vous acceptez les conclusions et recommandations du GIEC, sachant que :
1) nous en sommes à déjà plus +1° au-dessus des températures de l'ère pré-industrielle,
2) tout dépassement de plus de 1,5° met en danger l'humanité, ainsi que la majorité des espèces vivantes,
3) limiter le réchauffement à +1,5° exige de réduire de moitié nos émissions de CO2 d'ici 2030, et d'arriver à la neutralité carbone en 2050,
4) en 2018 la consommation mondiale d'énergie restait à 85% d'origine fossile (pétrole, charbon, gaz, sources des gaz à effet de serre),

Question : comment faites-vous pour nous sauver, soit diviser par deux nos émissions en 10 ans, sans provoquer d'effondrement économique ?"

Imposer cette question préalable, en faire le cadre de référence "contraignant" de tous les débats, couperait immédiatement court au verbiage et à l'enfumage des partis, aux incantations creuses sur la croissance verte, le développement durable et autres "en même temps" mystificateurs.

Mais cette simple question centrale et vitale doit devenir virale. C'est à nous de l'imposer, et de nous la poser, par tous les moyens, réseaux sociaux en tête.

Alors, chiche ?

PS : ce sera l'objet d'un prochain billet, mais outre-atlantique le sujet est désormais au coeur du débat politique américain. Le Green New Deal (GND), lancé par la jeune démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, vise précisément à résoudre le problème, ce qui suppose l'avoir identifié et reconnu. Le GND se donne comme principal objectif la réduction de 50% des émissions de GES d'ici 2030, ce par un vaste plan d'investissements publics et un nouveau cadre réglementaire pour décarboner l'économie, tout en favorisant la justice sociale et la garantie de nouveaux droits élémentaires (à un emploi décent, à l'eau potable, à un air pur, à un accès libre et gratuit à la nature). Évidemment, le GND est raillé tant par la gauche modérée que par la droite républicaine, qui hurle à l'utopisme et au retour de la menace communiste, version khmers rouge-vert. La réponse au problème peut être discutable (à ce stade, le GND n'est d'ailleurs pas un plan de mesures concrètes chiffrées), mais les pro-GND auraient beau jeu de répondre à leurs contempteurs : "Et vous, que proposez-vous pour nous sauver en 10 ans, puisque nous n'avons plus que 10 ans?". Cela en ferait taire beaucoup, voire tous...

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