Journal d'une catastrophe annoncée : lundi 18 mars

18 mars : nos enfants nous accusent

Nos enfants nous accusent : nous leur volons leur avenir, nous n’avons pas su, pas pu, pas voulu changer de cap et voilà. Des années qu’on sensibilise les jeunes générations avec des chansons, des projets d’’école, plus de classes vertes ça coûte trop cher, mais des projets de récup, de tri, de jardinage. Des années qu’ils regardent les derniers ours blanc, les derniers éléphants, les derniers rhinocéros, les derniers tigres blancs et les orang-outans. Ils les regardent dans des livres imprimés en Chine et sur des écrans fabriqués dans des usines où l’on enferme les gens. Ils pleurent les dauphins sacrifiés et les tortues géantes, les plastiques déversés et avalés par les oiseaux des mers.
On les aime pourtant on les aime on les aime et on les spolie. Alors on défile. On casse les vitrines. On remplit le frigo. Et c’est reparti.
Chacun individuellement s’efforce d’offrir le meilleur à ses enfants. Un toit. De la nourriture, des vêtements, des soins. Et tout le reste. Individuellement remplir le caddy, la main invisible du marché régulera l’ensemble et remplacera la providence et on vivra dans un monde rationnellement régulé par la main invisible ainsi soit-il. Et tout le reste : loisirs, vacances, sport, Eurodisney, tablettes et téléphones pas encore cassés, objets vus à la télé, dans les grandes surfaces de jouets par milliers dans les petits souliers.
Objets fabriqués par milliards dans les grandes usines du monde, à l’autre bout du monde, à grandes lampées de pétrole, à grandes pelletées de métaux rares, de métaux lourds, de bisphénol A, etc. A grandes fournées de jeunes filles aux mains agiles, de femmes et d’hommes enfermés dans les ateliers grillagés, pour des marques aux enseignes répandues dans nos rues piétonnes mignonnes. Objets chargés dans des cartons par millions, dans des containers par centaines de milliers sur des cargos qui brûlent des fleuves de fuel lourd, la mer c’est grand et ça bouge tout le temps alors des containers tombent, les cargos parfois chavirent et voilà comment on a des marées noires sur nos plages et des bagnoles neuves au fond de l’eau avec des téléphones et quoi encore, la main invisible du marché est muette aussi, elle est partout mais inutile de la solliciter elle ne répondra à aucune question.

Le journal d'une catastrophe annoncée est un blog créé sur le site de la maison d'édition La nage de l'ourse

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