Coupes budgétaires : les festivals se meurent, la culture populaire s'étiole

Pendant que Charlie Hebdo, nouvelle formule, puissamment relancé avec des aides publiques, renoue avec le fantasme moyenâgeux du musulman obsédé sexuel et bafoue la présomption d'innocence, les festivals supportés par les structures associatives tirent le rideau les uns après les autres. L'hebdo, cher à l'actuel Premier ministre, serait-il l'arbre qui cache la forêt des coupes budgétaires ?

MANIFESTE DES CREATEURS DE FESTIVALS EN PACA (Communiqué*)

Les artistes sont en première ligne pour créer des espaces de liberté, des espaces d’expressions pour étendre par la culture et ses bienfaits, l’influence des valeurs humanistes, artistiques, pacifiques et dénoncer les injustices voulues qui empêchent tout progrès social.
Ils sont aussi en première ligne pour payer le prix fort de l’intolérance, de l’ignorance, de l’obscurantisme, des violences et du racisme que produisent au quotidien, les inégalités fabriquées par la faiblesse et le manque de courage, d’ambition de nos hommes politiques. 
Combien valent les vies d’un Cabu, d’un Tignous, d’un Wolinski, d’un Charb... ?

La Paca (Provence, Alpes, Côte d'Azur), terre de festivals
Il existe actuellement en PACA, 12000 festivals, qui reposent sur le socle de la Culture. Les structures qui supportent ces festivals sont souvent associatives, la plupart du temps, composées de bénévoles et de militants.
Le festival est l’œuvre généreuse d’artistes dont la seule ambition est de stimuler l’esprit et l’imagination des citoyens adultes et enfants, de les émerveiller et de partager avec eux, des moments festifs, des expériences de libre expression dans un esprit de fraternité et de découverte.
Ces structures s’efforcent de survivre grâce aux maigres subsides alloués à la Culture. Elles ne vivent que de subventions publiques (Mairie, Département, Région) et très peu de soutiens financiers privés, car leur objectif n’est pas de réaliser des profits, mais de proposer des loisirs aux contenus éducatifs, pédagogiques, artistiques et culturels.

Festivals, créateurs de liens
Les acteurs de ces œuvres n’aspirent ni à la gloire personnelle, ni à l’ascension de leur carrière. Ils travaillent avec humilité et originalité pour une République joyeuse, festive et continuent d’éclairer son triptyque révolutionnaire « Liberté, Egalité Fraternité ».
La qualité de leur travail et leurs compétences sont remarquables. Leur expérience inédite et les résultats qu’ils engendrent, montrent combien leurs engagements et leurs responsabilités sont indispensables pour vivre ensemble, pour transmettre savoirs et connaissances, pour développer des liens sociaux créés sur le terrain et partager des espaces de liberté et d’expressions ouverts et accessible à tous.
Dans tous les domaines, de la musique, du théâtre, de la danse, des arts plastiques, des arts visuels, de la rue, de la littérature... les festivals participent, par leur ouverture culturelle, à la possibilité de donner une autre image de la ville ou de certains de ses quartiers.
Ils contribuent à revaloriser, en termes de communication et d’image, le terroir authentique et les traditions culturelles de la région Provence – Alpes - Côtes d’Azur et de la méditerranée.

L’importance économique de la Culture dans notre région
Les festivals attirent chaque été, grâce à leur formidable richesse et diversité de thématiques,environs 500 000 touristes en PACA, sans compter la forte participation des habitants des villes et villages alentours. Ils s’affirment désormais comme une nouvelle destination de vacances. L’afflux touristique génère, outre les retombées directes des billetteries, des retombées indirectes annuelles considérables, notamment dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration.

Les festivals vont-ils tirer le rideau les uns après les autres ?
Aujourd’hui, le problème est le désinvestissement de l’état. Visiblement, la culture n’est pas sa priorité !
Une centaine de festivals à travers la France ont été supprimés ou annulés en raison principalement des coupes budgétaires pratiquées par les collectivités locales ou régionales (1). En 2014, à sa 68 ème édition, le grand Festival d’Avignon connut une crise grave, perturbé par la grève des intermittents du spectacle et la longueur des négociations.
Alors que les Droits de l’Homme assurent, article 27 : « le droit de prendre part à la culture de sa communauté, de jouir des Arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent », Aujourd’hui l’Etat délaisse l’espace public et l’appauvrit.
Par ses choix politiques élitistes, l’état français déserte les valeurs populaires et citoyennes du spectacle, en ne donnant pas à chacun, l’accès à la culture auquel il a droit.

Alors, imaginez un instant, une France sans culture ?

Nous devons réagir ensemble, une justice culturelle pour Tous !

Les centaines de milliers de festivaliers qui viennent se délecter des sons et des images, contribuent on l’a vu, aux économies locales. Ils attendent de la qualité, de l’innovation, des découvertes et de l’émotion.
Tissons des liens étroits entre festivals, collectifs, associations, compagnies, institutions locales… afin d’éveiller la volonté politique de ceux qui gouvernent qui ont à charge de donner à la Culture la place qui lui revient.
Les signataires de ce manifeste demandent reconnaissance et respect de leur travail.
Pris en otages et maintenus en apnée entre mendicité et prostitution, nous, les créateurs de festivals, demandons à Madame Françoise Nyssen, Ministre très discrète de la Culture, des subventions décentes, à la hauteur d’une tache noble et difficile qui consiste à consolider les zones où l’équilibre social a été fragilisé, dégradé, malmené, sinistré par le manque de moyens consentis par l’Etat.
Nous demandons que soit reconnu notre effort patriotique auquel viennent s’ajouter des contraintes draconiennes de sécurité publique pour risque d’attentats, imposées par l’état, mais qu’il ne prend pas en charge.
Il est temps que ceux qui gouvernent et à qui il appartient de protéger, d’entretenir, d’encourager et faire fleurir l’esprit d’association et de solidarité que ces entreprises culturelles collectives cultivent, d’assumer, à des fins justes et durables, les fonctions pour lesquelles ils ont été élus !

- Nous réclamons des Assises de la Culture car il est urgent pour notre pays de s’appuyer sur la réalité.

- Nous souhaitons redéfinir et pérenniser ensemble les moyens à investir, capables de faire grandir la création et la culture de manière équitable et sans apartheid.

- Nous réclamons un budget de la Culture digne de ce nom, garant de pérennité et d’avenir pour tous les citoyens !

* « La Culture pour Tous » - Novembre 2017.

Titre et chapeau : Philippe LEGER

Fathy BOURAYOU (06 88 76 73 47), auteur du texte du communiqué, directeur artistique et fondateur du FIDEP (Festival International du DEssin de Presse de la caricature et de la satire de l’Estaque) -  Centre Social du Bassin de Séon-L’Estaque – 1, rue Jean-Jacques Vernazza – 13016 Marseille.

Alexandre FAURE, Président de l’association Le Crayon (défense et illustration de la liberté d’expression)

Le crayon sur FB 

Site internet du Crayon

(1) en raison du désengagement de l'État (Philippe  LEGER)


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