Black Block : la dernière fable d’un pouvoir à l’agonie

Aux enfants qui cherchaient à échapper au contrôle de leurs parents, on disait qu’ils croiseraient le loup. Aujourd’hui, aux foules infantilisées qui voudraient manifester, on dit qu’elles croiseront le Black Block…

Depuis le 1er mai 2018, le Black Block s’invite régulièrement sur nos écrans. Lors des manifestations syndicales, celles des gilets jaunes, du G7 ou, ce dernier week-end, lors de la marche pour le climat, les hordes du Black Block, cagoulées, armées et casquées, surviennent, gesticulent, dégradent et – manifestement le plus important pour elles – s’empressent de faire jaillir ces flammes dont raffolent les médias mainstream. Ainsi, tandis que Paris brûle, le message de la manifestation part lui aussi en fumée…

Face à la récurrence étonnante (?) de ces images, quatre observations s’imposent. Pour chacune d’elle, nous proposons une explication « logique ».

Première observation : À chaque manifestation d’importance, des centaines, et parfois même des milliers de Black Blocks, apparaissent comme surgis de nulle part. Puis, leur triste besogne achevée, ils s’évanouissent tout aussi mystérieusement dans une faille inquiétante de l’espace-temps…

Les hypothèses les plus « sérieuses » pour expliquer le caractère insaisissable du Black Block sont les suivantes :

  • Soit le Black Block est équipé de la même cape d’invisibilité qu’un jeune magicien britannique ;
  • Soit il a déniché chez un brocanteur les cabines de téléportation du capitaine Kirk et de son acolyte le docteur Spock ;
  • Ou alors, des changements de tenue aussi rapides ne peuvent lui avoir été enseignés que par des experts comme le transformiste Arturo Brachetti, Superman et sa cabine téléphonique, ou bien Wonder Woman tourbillonnant sur elle-même.

Seconde observation : Alors que les véritables manifestants font l’objet de contrôles policiers stricts, aussi bien en amont des regroupements qu’à leur arrivée sur site (par exemple, vous serez inquiété si vous détenez du sérum physiologique, des lunettes de piscine ou même un passe-montagne !), eh bien le Black Block, lui, transporte sur ces mêmes lieux casque de moto, batte de baseball, cocktail Molotov ou banderole caoutchoutée de plusieurs mètres de long !

Une nouvelle fois, les hypothèses les plus plausibles sont les suivantes :

  • Soit le Black Block possède une version améliorée de la valise sans fond de Mary Poppins ;
  • Soit, à l’image d’Arsène Lupin habitant l’aiguille d’Etretat, le Black Block vit à notre insu dans le creux des colonnes Morris de la capitale.

Troisième observation : Tandis que l’organisation de toutes les manifestations – déclarées ou non – est méticuleusement suivie et prévenue par les services de renseignement, notamment grâce à la surveillance des réseaux téléphoniques et/ou sociaux, en revanche, les regroupements du Black Block réussissent encore et toujours à surprendre ces mêmes services !

Là encore, deux explications « rationnelles » semblent s’imposer :

  • La première, puisque ces milliers d’individus n’utilisent manifestement ni internet ni leur portable pour communiquer, c’est qu’ils ont suivi une formation en télépathie délivrée par maître Yoda ;
  • Ou alors, comme les aliens du film « Independance Day », leur cagoule leur sert à cacher leur absence de bouche, et ils se parlent par onde cérébrale.

Quatrième et dernière observation : Enfin, lorsque la police use et abuse, même à l’encontre de manifestants pacifiques, de tirs de grenade de désencerclement, de tirs de LBD souvent réalisés de façon illégale, ou bien de manœuvres de « nassage » conduisant à des arrestations massives, comment expliquer que JAMAIS – tout au long des intrusions multiples de ces derniers mois – le Black Block n’ait fait l’objet du même savoir-faire policier ?

Dans ce dernier cas, pas d’hypothèse à proposer, mais un conseil à donner à tout apprenti gilet jaune : l’endroit le plus sécurisé d’une manifestation se trouve de fait… au cœur du Black Block ! Là, vous n’avez plus aucun risque de gazage, de tir tendu, ni même d’arrestation !

Bien… Beaucoup plus sérieusement, il convient à présent de s’interroger : en effet, comment expliquer qu’à notre connaissance, pas un seul « vrai » journaliste n’ait encore cherché à documenter le phénomène du pseudo-Black Block ? Qui a fait l’effort d’accompagner ces « fantômes » lors de leur arrivée soudaine puis, surtout, au cours de leur disparition des manifestations ? D’où viennent les Black Blocks, puis où repartent-ils ? À quel milieu appartiennent-ils ? En résumé, QUI sont-ils vraiment ?

Solennellement, la question doit être posée : QUI sont réellement les Black Blocks ?

Mesdames et Messieurs les journalistes d’investigation, depuis le 17 novembre 2018, le pays est en ébullition. Il a manifestement soif d’être « adulte », c’est-à-dire de penser et de décider par lui lui-même, pour lui-même. Il ne veut plus croire aux fables d’un pouvoir à l’agonie, car le Black Block n’existe pas plus que le « grand méchant loup » ou le père Fouettard. Mesdames et Messieurs les journalistes véritables, ce pays est mûr pour la vérité. II vous appartient de lui dire enfin QUI sont les Black Blocks.

Récemment, l’actuel président déclarait à une assistance du tartuffiant grand débat : « C’est pas open bar, les enfants ! ». Mais voilà, nous ne sommes pas des enfants, nous sommes des citoyens. Nous n’avons donc pas besoin d’une pseudo-pédagogie, mais de respect. Et le respect commence toujours par la vérité.

Il est probable que la crise du vote démocratique atteste du fait que ce pays est las d’entendre des fables. La dernière, celle du Black Block, en est la version la plus écœurante. Oui, assurément, ce pays veut être adulte. Il y est prêt.

Mesdames et Messieurs les journalistes, soyez au rendez-vous de l’Histoire. Jouez votre rôle de contre-pouvoir et, enfin, dites-nous QUI sont véritablement les Black Blocks…

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