Etienne Chouard, le fascisme, la droite et la gauche...

Dans mon précédent billet, j'annonçais avoir contacté Etienne Chouard. Et ces huits derniers jours, nous nous sommes effectivement parlé plusieurs fois. Sans nous comprendre. La discussion s'est vite arrêtée. Il aurait aimé que j'écrive que je m'étais trompé. J'aurais aimé aussi... Etienne Chouard est un humaniste sincère qui, à la suite d'Hippocrate, cherche la "cause des causes" et croit l'avoir trouvée. Mais le mouvement de l'histoire ne se résume pas à l'enseignement logique. Je pense qu'il s'est simplement égaré dans sa pensée.

Avec lui demain s'il se corrige, et avec tous ceux, nombreux, qu'il a convaincu de mener des ateliers constituants partout où il est possible, je continuerai d'agir à ma mesure pour que les citoyens eux-mêmes puissent écrire la Consitution de cette future 6e République que nous sommes déjà plus de 70000 à réclamer. Pour que tous les pouvoirs, et les abus qu'ils génèrent, soient en permanence sous contrôle citoyen. Et je continuerai aussi à défendre cette belle idée, venue d'Athènes, qu'est le tirage au sort. Mais je resterai écarté de l'homme, tant qu'il n'aura pas corrigé sa pensée.

Pendant cette semaine, j'ai mené ce dialogue que préconise Etienne Chouard, avec ceux qui ne partagent pas mes opinions. Sur sa page personnelle sur Facebook, ainsi que sur certaines pages des "Gentils Virus", j'ai répondu à plus de 1500 messages, en demeurant toujours courtois et en tentant de faire œuvre de pédagogie. Cela a permis, effectivement, des dialogues riches avec quelques-uns de mes contradicteurs. Mais chez la grande majorité, je n'ai trouvé que dévotion pour ce maître à penser qui pourtant se défend de l'être. Les hommes (et les femmes) sont-ils toujours ainsi ? De quelques uns, enfin, il n'y a à retenir que la manipulation et le travestissement des idées coiffés de haine, mépris, insinuations sordides et calomnies. Ceux là, bien sûr, inutile de dire d'où ils sont ! Ils propagent leurs sales idées, comme les rats le font de la peste, et la pédagogie n'a aucun poids sur eux. Pire encore, on y perd son temps à contre-argumenter face à des gens qui ne sont là que pour propagander.

J'ai enfin profité de cette semaine pour lire, sur son blog, les textes d'Etienne et pour visionner des dizaines de vidéos de ces conférences et entretiens. J'y ai trouvé beaucoup d'échanges passionnants, mais une compréhension du monde et de la politique qui falsifie les mots en les détournant de leur sens commun. Cette nov-langue, si bien imaginée par Orwell en son temps. Qu'est-ce donc que le fascisme ? La droite, la gauche et leurs extrèmes ? Quand Etienne Chouard utilise ces mots, sa pensée, comme ses références, ne sont pas les nôtres.  Dès lors, comment se comprendre ? Et, plus grave, comment dialoguer ensuite avec ceux qui, la plupart sont bien jeunes, n'ont comme compréhension de ces mots que ce qu'Etienne Chouard en dit ?

Parmi toutes les vidéos que j'ai visionnées, je trouve celle qui suit symptomatique. Une interview d'Etienne Chouard par un journaliste du journal numérique Libre Info 74. Je l'ai entièrement retranscrite pour mieux comprendre le propos, revenir sur les mots, sur les phrases, anoter, m'imprégner... Cliquez ici pour la visualiser. Avant de vous la proposer à lire, j'ai ajouté quelques notes et j'ai volontairement omis les questions du journaliste (qui peuvent être entendus sur la vidéo), sauf sur la fin car ce n'était pas possible sans trahir les propos.

 Je vous laisse lire.


Etienne Chouard. Je ne suis pas partisan. Si je trouve que quelqu’un dit des choses intéressantes, même si je ne trouve pas que tout ce qu’il dit est intéressant, même s’il peut par ailleurs dire des choses dangereuses…

Je trouve que ce que dit Mélenchon est intéressant. Mélenchon me captive quand il part dans une diatribe contre la finance. C’est épatant. J’adore Mélenchon quand il est comme ça, parce qu’il connaît bien le sujet. Il est super. Mais en même temps, ce mec me dit qu’il faut rester dans l’Union européenne[1] qui pour moi est un projet fasciste. Pour moi, l’Union européenne est un projet qui a été pensé par des nazis[2] comme Walter Hallstein[3] et qui a été dirigé par des nazis, dont Walter Hallstein qui a été le premier Président de la  Communauté européenne. Walter Hallstein était un dignitaire nazi qui avait écrit pour Hitler, à sa demande, un plan pour une nouvelle Europe qui ressemblait à l’Union européenne, c’est à dire complètement anti-démocratique. Pour moi,  nous interdire de sortir de l’Union européenne, dire qu’il faut rester dans l’Union européenne, c’est… J’allais dire impardonnable. Mais, il ne faut pas que je dise impardonnable, parce que, précisément, c’est pardonnable. Je continue à bien aimer Mélenchon et ses formidables diatribes, très politiques, contre les banques, les actionnaires et le PS. C’est remarquable. Mais le même mec dit quelque chose qui, pour moi, est extrêmement dangereux, c’est de défendre ce régime fasciste qu’est l’Union européenne. Eh bien, je parle de Mélenchon, et j’en parle tout le temps. Et j’ai plein de liens vers Mélenchon et le Parti de Gauche.

(1:38) Eh bien, si vous trouvez que chez Soral, il y a quelque chose de dangereux, et qu’en même temps, Soral est un résistant à la guerre… Il dénonce les manipulations qui nous conduisent à des guerres. Il dénonce la main-mise de la banque sur les medias. Il dénonce le côté va-t-en guerre de nos medias et de nos gouvernements. Il dénonce la duplicité des politiques… Je suis désolé, il y a plein de choses intéressantes… Il dénonce le colonialisme guerrier du sionisme, en disant que le sionisme n’est pas ce qu’on dit d’habitude, qui est le droit pour les juifs d’avoir une terre. Si le sionisme, c’est ça, je suis comme Onfray[4], si le sionisme c’est que  les juifs aient le droit d’avoir une terre… Tout le monde est sioniste. Mais Soral explique et démontre que le sionisme est un projet colonial, raciste, militaire… Et je trouve cela intéressant il n’y en a pas beaucoup qui le disent comme il le dit. Il faut qu’il fasse partie du débat . Et ne pas se contenter de dire qu’il est raciste ou fasciste. Ca, c’est juste pas convaincant. On est convaincu par un argument pareil que si on n’est pas politisé et qu’on a peur des gros mots.  On dit qu’il est fasciste, donc je m’éloigne, je vais penser à autre chose… Eh bien, vérifie s’il est vraiment fasciste. Pour moi, le fascisme[5], c’est Hollande et Sarkozy. Je suis désolé ! Pour moi, le fascisme[6], ce sont les possédants, les banquiers, les industriels, les multinationales de la chimie, de la sidérurgie comme IG-Farben qui prennent le contrôle du politique et qui deviennent viscéralement anti-communistes et anti-syndicaux, qui nous condamnent aux travaux forcés en nous empêchant toute résistance. C’est ça le fascisme : les plus riches qui prennent le contrôle du politique et qui terrorisent la population pour qu’elle consente aux travaux forcés. C’est ça le fascisme. Et le fascisme, ce n’est pas le racisme[7]. Quand on dit « le fascisme, c’est le racisme »,  on nous détourne et on ne peut plus se battre contre les banques. Mais je suis désolé, je ne me laisse pas faire !  Dans mon esprit, le fascisme, ce n’est pas le racisme ou l’antisémitisme.

Si le fait de tenir à une définition du fascisme qui soit opérationnelle pour nous protéger contre les pires ennemis du peuple, ça fait de moi un fasciste,  on dit juste n’importe quoi. Si vous voulez montrer que Soral est un fasciste, qu’il est ultra-dangereux, organisez des joutes publiques où vous allez le mettre en cause et il va se défendre (parce qu’il faut qu’il puisse se défendre, parce que vous êtes peut-être pour la lapidation, mais moi pas !)[8], organisez des débats publics dans lesquels vous allez avoir Soral, ou d’autres, ou Asselineau, tous ceux que vous me reprochez de trouver intéressants sur tel ou te point, démontrez leur inanité, leurs mensonges ou leur criminalité, mais n’attendez pas de moi que je les lapide ou que j’appelle à leur criminalisation … Je ne marcherai pas, je ne ferai pas ça !

  (…)

(5:40) Le Front National est un parti qui cherche à avoir le pouvoir comme les autres partis. Et il était ultra-libéral à une époque, et maintenant il est anti-libéral. Je vous fais remarquer que c’est l’influence de Soral, qui a été communiste pendant sept ans (beaucoup plus longtemps qu’au Front National) et c’est son passage au Front National qui a tiré le Front National à gauche[9]. Donc, l’influence de Soral au Front National, c’est de l’avoir tiré à gauche. Eh bien, excusez moi, de tirer un parti à gauche, vraiment à gauche, avec défense contre le libre-échange, défense contre la monnaie privatisée et demande d’une monnaie publique, protection des services publics… Excusez moi !  Amener un parti, quel qu’il soit,  à avoir des positions de gauche, je ne trouve pas ça dramatique.

(…)

 (6:40) Je n’accorde aucun crédit à aucun parti (…) Ni le Front National, ni le Parti de Gauche n’ont la moindre chance d’être majoritaire. Le système de domination ne va jamais monter les curseurs médiatiques pour qu’ils soient majoritaires. Donc, ils sont  des défouloirs qui nous donnent l’impression qu’il y a une pluralité et que donc, si on se mobilise, on va arriver à gagner par l’élection. Ca, c’est une escroquerie et ça ne marchera jamais. Ce que je dis, c’est que les deux partis qui sont au pouvoir tout le temps, le soit disant UMP qui n’est pas populaire, et le soit-disant PS qui n’est pas socialiste, sont l’extrême droite au pouvoir. Le danger, ce n’est pas Le Pen, c’est Sarkozy et Hollande, qui sont au pouvoir et qui sont en train de détruire le peu de République qu’on avait  et qui sont en train de détricoter ce qu’on avait gagné avec le Conseil National de la Résistance. Le vrai danger, ce n’est ni Le Pen, ni Soral ni Mélenchon, ce sont les partis au pouvoir qui sont fascistes. Le fascisme, il est au pouvoir. Il faut arrêter de nous faire chier avec Le Pen ou Soral, qui ne sont pas dangereux. Ils n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir. On nous ballade avec ce truc là. Je suis désolé. Soral est bien plus résistant à l’horreur libérale que Hollande ou Sarkozy qui sont tout le temps aux manettes. Arrêtez de nous faire parler de non-sujets, de nous diviser ! Je suis désolé… Et en plus, les gens qui sont derrière Soral, j’en vois plein, ce sont des humains comme vous et moi, qui cherchent le bien commun à leur façon. Et dire que ce sont des fascistes, c’est des conneries. Moi, je n’en ai pas vu. Je suis désolé. Je vois des gens qui cherchent le bien commun.

 (8:30) J’ai même rencontré des royalistes. Quand je vois les  royalistes du XIXe siècle,  c’est épouvantable. Ils étaient  vraiment des très puissants,  des très riches qui étaient des esclavagistes. Mais les jeunes gens qui se disent royalistes aujourd’hui, ce sont des gens qui préfèrent ça à la corruption bancaire actuelle et qui ont l’impression qu’un roi est tenu par sa religion, sa foi, son catholicisme, ses valeurs… A mon avis, ils se trompent parce que je vois plein d’abus de pouvoir dans le royalisme. Mais on peut très bien parler avec eux…  Et quand je parle avec eux, je ne deviens pas royaliste ! Faut arrêter d’être con ! C’est incroyable, ça ! Le politique, c’est l’aptitude, c’est  l’organisation sociale d’une discussion avec des gens qu’on n’aime pas. Si le politique, c’est de ne discuter qu’avec des gens plus ou moins d’accord avec moi, on a juste nié le politique et on est en train de préparer la guerre. Parce que les gens avec qui vous décidez de ne pas discuter, ils sont en train de s’armer, si vous les niez en tant qu’humains,  en disant qu’ils sont fascistes et donc, qu’il ne faut pas leur donner la parole, qu’il ne faut pas qu’ils soient au parlement, etc,  ils sont en train de s’armer pour avoir la parole.[10] Ce sont des humains qui ont droit à la parole ! C’est très important qu’ils aient la parole pour que le débat reste serein.

(…)

(10:45) Je vois Soral anti-totalitaire. Je le vois résistant à l’Empire, un empire en formation. Des empires, il y en a eu plein dans l’histoire des hommes. Il y en a un qui est en formation. Il y en avait deux :  il y avait l’empire soviétique et l’empire américain. Là, c’est l’empire américain. Depuis que le mur est tombé, il n’y en a plus qu’un ! Il est urgent de résister à ce truc là. Et il faut arrêter de nous diviser, de nous faire chier… Et c’est Soral qui serait fasciste ? Je trouve ça déconnant. Je me trompe peut-être…

(11’18) Quant aux sympathies de Soral avec le Front National), elles sont plutôt en train de se déliter, ils sont plutôt en train de se tirer dans les pattes. Mais même , je ne crois pas du tout que le Front National soit fasciste, excusez moi… Pour moi, je vous ai dit ce que veut dire fasciste pour moi. Fasciste[11], ça veut dire que les riches, les possédants du moment, viscéralement anti-partageux, anti-communistes et anti-syndicats,  prennent le contrôle du politique, détruisent toute possibilité de défense par le peuple de ses propres intérêts avec des solidarités… Le communisme au sens large avec ses différentes variantes…  Le fascisme, c’est l’anti-communisme viscéral des classes possédantes, des grands possédants. 

 (11:50) Alors, une fois que cette définition est bien fixée, le fascisme, ce n’est pas le racisme,. Le racisme, tu le trouves aussi chez des communistes,  chez des socialistes, chez des démocrates soit disant libéraux,… Tu le trouves partout, le racisme, c’est un fléau qui n’est pas le fascisme, ce n’est pas notre problème majeur, même si je dis bien que le racisme est un fléau, que l’antisémitisme est un fléau… OK ? C’est dit, c’est évident ! Le fait que j’ai besoin de le dire est incroyable ! Oui, c’est un fléau mais ce n’est pas notre problème politique premier. Notre problème politique premier, c’est notre dépossession politique par des fascistes, des brutes qui ne pensent qu’à eux, qui sont anti-sociaux, qui sont des esclavagistes au sens strict, qui condamnent la classe ouvrière aux travaux forcés. C’est la  classe des 1%[12], c’est le capitalisme qui, voyant qu’elle ne peut plus gagner avec les élections, prend le pouvoir de force parce que ce qu’il lui faut surtout, c’est qu’elle ait le pouvoir, cette classe des 1%… C’est ça le fascisme. Relisez Guillemin qui explique bien ce que c’est que le fascisme. Et quand on essaie de me dire aujourd’hui que le fascisme, c’est le racisme, ou le catholicisme, ou une position sur l’avortement… On n’en a rien à foutre ! Enfin, (quand je dis) qu’on en a rien à foutre, c’est juste une échelle de valeurs… La position sur l’avortement, c’est un choix de société,  super-important, et je suis bien évidemment pour que les femmes puissent avorter librement. Mais c’est un sujet complètement second et ce n’est pas ça qui va me permettre de dire qu’un régime est fasciste ou qu’un militant est fasciste ou non.

(13:32) Pour moi, la clef, l’axe de clivage entre la gauche et la droite[13], ce sont les privilèges ou la lutte contre les privilèges. A gauche, on résiste aux privilèges. A droite, on protège les privilèges. SI on les protège violemment, on est d’extrême. Qu’aujourd’hui, on nous ait, depuis trente ans, quarante ans, peut-être même plus, décalé le curseur pour que nous considérions que le clivage gauche/droite soit avec le racisme d’un côté et les anti-racistes de l’autre… Mais les banquiers se marrent ! Super… Ce sont les banquiers qui ont organisé ça parce que le résultat pour eux, c’est qu’on n’arrive plus à critiquer la banque sans être raciste ! La bonne blague ! Vous ne voyez pas la manipulation ?... Le danger, ce n’est pas Le Pen. Vous pouvez gueuler, me traiter de fasciste ! Le Pen, c’est un parti qui va nous mentir pour avoir le pouvoir comme tous les partis. Et moi je conchie les partis. Non pas les partisans , parce que dans les partis, il y a des tas de gens biens qui font de la politique et qui cherchent le bien commun. Mais l’organisation en parti, pour moi, est une catastrophe  (inaudible). Ce n’est pas notre faute ! L’élection nous pousse à créer des partis. Et donc, c’est normal que les militants se mettent dans des partis.

 (…)

(14:59) (Au journaliste qui lui demande s’il n’est pas inquiet si le Front national prenait le pouvoir en France, il répond), je verrai ce qu’elle fait, je verrai voir ce que fera le Front National… (Au journaliste qui demande s’il ne sera pas trop tard, il précise) Mais on y est déjà ! Mais enfin, arrêtez ! Vous ne vous rendez pas compte ! Vous êtes aveugle, ou quoi ! On est déjà dans le bout du bout de l’horreur. Regardez ce qui se passe en Grèce. Et ce sont des socialistes ! Arrêtez de nous fabriquer des diables et de nous diviser dans la résistance.

 (…)

(15:30) Vous n’avez pas entendu Jospin qui a avoué à la radio que tout le monde sait que le Front National n’est pas un parti fasciste. Cette histoire de fascisme, disait Jospin, c’était un jeu dupe… Comment avait-il dit ?  J’ai oublié les termes exacts, il faudrait en incrustation retrouver le passage[14].

(18:07) Le PS a monté en épingle, a inventé de toutes pièces un péril fasciste pour gêner la droite et gagner les élections.

Libre Info 74 -  M. Le Pen a toujours été très proche des milieux nazis. Il a considéré qu’Hitler était un grand homme.  Il y a des mouvements au sein du Front National qui sont pro-nazis. Cela ne vous gène pas ?

Ce n’est pas que ca ne me gène pas. C’est que le Pen n’a pas le pouvoir.

Mais ils risquent de l’avoir ?

Mais pas du tout !  Voilà ! Je ne crois pas ça. Je pense que les deux ou trois partis challengers sont des leurres pour qu’on se dispute sur eux et pour qu’on n’arrive pas à diminuer l’influence des deux grands partis qui sont, eux, des partis d’extrême droite parce qu’ils sont anti-communistes, anti-syndicaux , anti-sociaux. Regardez leur politique, regardez la politique de l’Union européenne, elles sont profondément, radicalement anti-sociales.  Le PS et l’UMP ont la même politique de droite dure, donc d’extrême droite… Extrême droite voulant dire nos pires ennemis. Ils disent lutter contre le chômage alors qu’ils fabriquent du chômage de masse

Donc, vous vous dites anti-fasciste. Est ce que vous vous dites aussi anti-communiste ?

Je ne suis pas anti-communiste ! Enfin ! Je prétends que si nous écrivions nous-même notre Constitution, nous écririons des institutions communistes et elles seraient possibles seulement parce que nous les voulons. Unanimement ! Nous décidons de faire ça ! Les sociétés communistes qui marchent, et il y en a plein qui marchent, c’est parce qu’elles sont voulues par tous. Ce qui ne marche pas, c’est l’horreur soviétique dans laquelle une petite bande a décidé d’imposer le communisme à des gens qui n’en voulaient pas. Ben oui ! Ca finit en bain de sang. Je ne suis pas pour ça du tout. Je suis pour que nous fassions nous-même la société que nous voulons. Et si notre société ne veut pas le communisme, on n’aura pas le communisme. On aura ce que nous voulons. Ce que nous aurons décidé. Je ne suis ni communiste ni… Enfin… Je voudrais que nous nous comportions en adultes et que nous soyons capables de vivre, ensemble, avec des gens qui, au premier abord, ne sont pas d’accord du tout avec nous. Mais on met en place des groupes de travail qui nous permettent de co-exister sans nous taper sur la gueule. Et donc, je n’imagine pas de traiter quelqu’un de raciste comme si c’était sa nature. Je me sentirais raciste à faire ça.  (Idem pour un) fasciste. Toute sa vie, il va être un fasciste ? Toute sa vie ? Et on va en faire quoi ? On va le mettre au banc ? On va faire une prison pour les fascistes ? Comment raisonnez-vous ?

(20:30) Je n’ai pas d’alternative à discuter avec les humains. Les humains ! Entendez-vous ? Oubliez vos étiquettes, c’est un humain ! Pour l’instant, il a une position…. Vous dites que c’est du fascisme… Eh bien, on va voir, on va discuter avec lui, on va voir où il en est. Pourquoi il est comme ça ? Qu’est-ce-qui lui a fait peur ? Et s’il s’aperçoit que ses peurs étaient mal fondées, il va peut-être changer d’avis petit à petit. (Laissons lui ) le temps de reconnaître en douceur… Parce que c’est difficile de reconnaître, brutalement, qu’on s’est trompé. Donc, il va le faire en douceur, donnez lui le temps de changer d’avis.

Ce n’est pas une forme de naïveté ?

Peut-être que je suis naïf. Mais je crois au politique. Je suis désolé. Et je ne suis pas raciste. Quand on dit que quelqu’un est fasciste comme si c’était  définitivement quelqu’un d’ultra dangereux au point qu’il faille l’exclure de la politique, je suis désolé, ça, c’est raciste. Moi, je ne suis pas raciste. Je crois aux humains. Moi, je suis prof. Et je sais bien que les humains changent. Si tu leur fais confiance, ils se transformeront.


[1] Etienne Chouard caricature la position de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe. Voir le débat entre lui et Jacques Sapir en septembre 2013 sur Agoravox. Voir aussi l’entretien de Mediapart « Mélenchon et l’Europe » (2 mai 2013) où ce dernier s’explique  sur le rôle du Parlement européen ( 6 :10) « qui n’est pas vraiment un Parlement », la sortie de l’Euro (11 :30) dont les sectateurs  « n’imaginent sans doute pas le niveau de conflictualité qui en résulterait »,  la géopolitique méditerranéenne et européenne sur la question allemande et le rôle de la France comme fédérateur des pays méditerranéens en crise (16 :50).  
On écoutera également la conclusion de Jean-Luc Mélenchon, le 25 novembre dernier,  lors du colloque pour « Promouvoir la laicité en Europe » destiné à contrer la présence du Pape jésuite François dans l’hémicycle du Parlement Européen sur invitation de Martin Schultz. Il y prend notamment position contre celle du Pape : « La dignité des femmes est bafouée par le refus du droit à l’avortement. La dignité des personnes est bafouée par le refus du mariage pour tous, y compris donc des homosexuels... » Ce ne sont pas des points secondaires, comme le dit Etienne Chouard.

[2] Le projet européen du Reich allemand est connu mais attribuer aux nazis la paternité de l’Union européenne est abusif. Grâce à des documents déclassifiés en 2000, on a la confirmation que la peur de la propagation communiste a conduit les américains à soutenir dès les années 1950 un projet d’Europe fédérale. Fondé sur les idéaux démocrates-chrétiens, le projet visait aussi à la réconciliation de peuples qui s'étaient combattus et déchirés pendant la guerre et il fut porté par ceux qu’on a appelé les « Pères de l’Europe », parmi lesquelles se trouvaient Winston Churchill, Jean Monnet,  Robert Schumann, Aletro Spinelli, Konrad Adenauer et quelques autres dont Walter Hallstein, qui ne fut pas le plus important. Ce dernier devint ensuite le premier Président de l’Europe mais ce titre correspondait à une fonction de représentation, sans aucun pouvoir réel.

[3] Juriste de formation, Walter Hallstein  était professeur de droit  et a appartenu à plusieurs organisations professionnelles sous le régime nazi, sans jamais avoir été membre du parti national-socialiste. Membre de la CDU après-guerre, il est l’auteur d’une doctrine qui porte son nom qui refusait la séparation de l’Allemagne en deux états. De 1957 à 1963, la RFA (République Fédérale d’Allemagne) rompit ainsi ses relations diplomatiques avec la Yougoslavie et avec Cuba parce que ces états avaient reconnu la RDA (République Démocratique d’Allemagne)  que la RFA appelait alors, au nom de cette doctrine « Espace Soviétique d’Occupation. »

[4] Voir ici la position de Michel Onfray qui n’est pas ce que dit Etienne Chouard. « Une confédération, voilà qui permet, de partager une géographie commune sur une même terre et de vivre une même histoire côte à côte et non face à face. Cette formule issue du socialisme libertaire est la seule viable pour qui se veut, comme moi, sioniste pro palestinien.» Ce n’est pas du tout la position de Soral, partisan d’un antisionisme radical.

[5] Première définition du fascisme par Etienne Chouard.

[6] Seconde définition du fascisme par Etienne Chouard.

[7] Certes,  fascisme et racisme ne sont pas synonymes. L’idéologie nazi était raciste et antisémite dès ses origines. Le fascisme de Mussolini ne le deviendra raciste qu’après la conquête de la Lybie, pour finir ouvertement antisémite à partir de 1938. Mais les deux définitions du fascisme qu’a donné précédemment Etienne Chouard du fascisme ne correspondent en rien à ce qu’est le fascisme.

[8] Qui parle de lapidation dans une société laïque ? Par contre, il n’y a pas besoin de joutes publiques. Il suffit de le lire ou de l’entendre. L’homme ne nous intéresse pas. Ses propos suffisent.

[9] Ici, « gauche » ne doit pas être compris selon le sens commun, mais dans celui que lui donne Etienne Chouard : « qui est pour le peuple » (voir un peu plus bas la définition qu’il donne de l’extrême-droite que seraient d'après-lui l’UMP et le PS.

[10] Qui est en train de s’armer ? Et face à ceux-là, s'ils se prépareraient effectivement à prendre les armes, devrait-on se contenter d’aller discuter avec eux pour leur demander de bien vouloir renoncer à leur projet ?

[11] Troisième définition du fascisme par Etienne Chouard.

[12] Quatrième définition du fascisme par Etienne Chouard.

[13] Définition de la gauche et de la droite par Etienne Chouard.

[14] « Je trouve ridicule la manière dont la gauche, extrême-gauche comprise, s’est ralliée bruyament à Jacques Chirac sous le prétexte d’une croisade anti-fasciste. Tout odieux que soit le Front National,  il n’y avait pas en France de menace fasciste et la victoire du candidat de droite était absolument certaine sans onction socialiste. » (Lionel raconte Jospin, Points, 2010. Cité par Laurent Ruquier dans son émission TV, en présence de l’auteur qui ajouta : « Ce qui était inexact et faux, du point de vue de l’analyse politique, c‘était de nous dire que le lepénisme était un fascisme. Le lepénisme est un mouvement d’extrême droite, à tendance xénophobe, extrêmement autoritaire, dont je critique l’essentiel des analyses, mais ce n’est pas un mouvement fasciste. »)

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