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Billet de blog 13 sept. 2015

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Hommage public à François Maspero, le 19 octobre, au Théâtre de l'Odéon

Notre ami François Maspero est parti dans la discrétion le 11 avril dernier. La date de l’hommage public, souhaité par tous ceux qui l’ont aimé, est enfin connue : ce sera lundi 19 octobre, à 20 heures, dans la grande salle du Théâtre de l’Odéon, à Paris. Venez nombreux.

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Notre ami François Maspero est parti dans la discrétion le 11 avril dernier. La date de l’hommage public, souhaité par tous ceux qui l’ont aimé, est enfin connue : ce sera lundi 19 octobre, à 20 heures, dans la grande salle du Théâtre de l’Odéon, à Paris. Venez nombreux.

Je reproduis ci-dessous le texte que j’ai écrit pour l’annoncer dans la Lettre N°16 du théâtre (ici en PDF). Vous pouvez retrouver notre article mis en ligne au surlendemain de son décès (en français, en anglais, en espagnol) ainsi que la vidéo de l’entretien qu’il nous avait accordé il y a exactement un an (version intégrale, version chapitrée).

François Maspero, une poétique de la résistance

Quand il était librairie et éditeur, dans les années soixante du siècle passé, François Maspero avait pour habitude d’adresser à ses amis, chaque fin d’année, un recueil de poèmes. Imprimées avec un méticuleux soin d’artisan, ces éditions fraternellement confidentielles comptèrent, en pleine vague de révolutions coloniales et de révoltes estudiantines, un choix de Sonnets de La Boétie, l’auteur du Discours de la servitude volontaire, l’ami de Montaigne.

Cette anecdote dit quel homme fut celui dont la mort récente, presque silencieuse, a bouleversé tant d’hommes et de femmes pour qui l’énoncé « François Maspero » fut comme un Sésame collectif, sans partis ni frontières, ouvrant à d’infinies libertés dont « La Joie de Lire » fut l’université populaire. Libraire, éditeur, écrivain, traducteur : quelles qu’aient été ses métiers parallèles ou successifs, Maspero fut, sa vie durant, un résistant.

Mais un résistant insoumis, indocile, insaisissable. Disant non aux injustices comme aux impostures. Aux oppressions comme aux mensonges. Aux conformismes comme aux suivismes. C’est en ce sens que, dans son chemin de vie, politique et poétique sont indissociables. Souci du présent, quête de l’imaginaire. Pas l’un sans l’autre. Et, faisant lien de l’un à l’autre, une exigence morale qui ne transigeait jamais, une rectitude rétive aux accommodements, une droiture qui était aussi une dette.

François Maspero est mort le 11 avril 2015, précisément au jour du soixante-dixième anniversaire de la libération de Buchenwald, ce camp de concentration où son père, le sinologue Henri Maspero, s’est éteint, le 17 mars 1945. François avait l’habitude d’écrire et de dire que sa seconde naissance remontait au jour de l’arrestation, en juillet 1944, par les nazis de son père et de sa mère, Hélène – la seule à être revenue. La mort si tôt, non seulement celle du père, mais aussi celle du frère admiré, Jean, né en 1925, résistant héroïque dont François partageait les secrets, tué au combat le 8 septembre 1944 après s’être porté volontaire pour rejoindre, comme traducteur, l’armée américaine.

Plus il avançait en âge, plus François Maspero revendiquait donc ce terme pour se définir : « résistant ». Mais, loin des plaintes souffrantes qui font des postures de victimisation, trop souvent aveugles aux autres, il avait tiré de cette empreinte familiale une injonction d’action et d’engagement, dans la fidélité aux refus essentiels. Dire non, comme une évidence, un réflexe de survie. Dire non pour inventer, chemin faisant, un oui qui refonde et rassemble. Du refus du colonialisme à celui du stalinisme, des combats des indépendances aux espoirs du tiers-mondisme, de l’Algérie à Cuba, en passant par le Vietnam, aucun de ses engagements ne fut aveugle et, tous, en même temps furent entiers. On s’engage, et puis on voit, tristesse et joie mêlées, inquiétudes et espérances inséparables.

L’œuvre-vie de François Maspero est un présent qui nous requiert. Tel sera le sens de cette rencontre publique organisée au Théâtre de l’Odéon par la Maison de l’Amérique Latine, les Editions du Seuil, la Maison des Passages (Lyon) et Mediapart.

Lundi 19 octobre, 20 heures, avec la participation de nombreux amis, camarades et compagnons de François Maspero (notamment celles de Régis Debray, d’Annie Morvan, son éditrice au Seuil, et de Bruno Guichard, auquel on doit le film François Maspero, les chemins de la liberté), cette soirée sera présentée par Frédéric Bonnaud.

Théâtre de l’Odéon, Place de l'Odéon, 75006 Paris, Métro : Odéon, RER B : Luxembourg. Entrée libre.

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