Réformes du permis de conduire : 80km/h c'était trop évident.

Alors que la Sécurité Routière est érigée en grande cause nationale, que le permis de conduire est porté comme LE remède au chômage, les hasards du calendrier font surgir quelques étranges coïncidences…

 

La loi dite Macron (loi 2015-990 du 6 mai 2015) pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques) survient juste après la nomination d’Emmanuel Barbe au poste de Délégué Interministériel à La Sécurité Routière (1er avril 2015).

 Ce DISR, qui est en passe de battre le record de longévité à ce poste, a porté la réforme du code de la route, appliquée en 2016 (soit un an après son arrivée), ainsi que la dématérialisation des démarches administratives (2017) et il est en train de mettre en place un portail de désintermédiation des candidats libres.

1. La réforme de l’épreuve théorique générale a vu le taux de réussite chuter de 70% à 16% ! Et la solution trouvée n’a consisté qu’à neutraliser les questions litigieuses…pour les réintroduire ultérieurement.Les outils statistiques permettent d’autre part de pouvoir ajuster le niveau des tests proposés, instantanément, en fonction des périodes de l’année, les zones géographiques et, ainsi, de proposer des tests de niveaux variables.

2. La dématérialisation des démarches administratives (fin des guichets en préfecture = moins de fonctionnaires) fut, elle aussi, une franche réussite : des bugs à n’en plus finir malgré l’expérimentation préalable, une hotline payante pour les professionnels, des retours de demande farfelus, des cas non-prévus par l’administration, des dossiers qui disparaissent… la classe ! Il aura fallu plus d’un an pour obtenir un fonctionnement normal (avec le déni de monsieur Barbe pour tout soutien).

3. La désintermédiation de la réservation des places d’examen pratique, via le portail « candilib » a été mise en place dans les départements pilotes dès septembre 2018.  Elle  a été initiée sans que les acteurs principaux  (écoles de conduite) n’en soient avertis. Dans le même temps les candidats libres voient leur délai de présentation rallonger de plusieurs mois. Comment expliquer ces faits antagonistes ? Pourquoi préparer ceci silencieusement ?

 

La « plateforme » de désintermédiation est construite, entre-autres, par Raphaël Huchet (président-directeur-général de la société Narval). Le directeur général de cette société n’est autre qu’Alexandre Chartier, ancien co-fondateur de la start-up Ornikar, elle-même développée par… Raphaël Huchet. On tourne au microcosme… un microcosme dont la Délégation à la Sécurité Routière semble être proche. Comment expliquer cette proximité discrète ? Serait-ce pour garantir la réussite de cette plateforme en évitant les cafouillages précédents ? Serait-ce pour que le candidat libre devienne la règle dont l'école de conduite est l'exception ?

Pendant ce temps, en catimini, Alexandre Chartier (qui avait promis de revenir) fonde « permiscoop », une coopérative d’enseignants de la conduite dits « indépendants », c’est-à-dire agissant hors établissements agréés (que ce soient des auto-écoles associatives ou bien des écoles de conduite).

Pendant ce temps le directeur technique d’Ornikar, Alexandre Barreira est reçu à la DSR (le 4 février 2019) par monsieur Frédéric Gillodes, pour une réunion technique concernant la plateforme « candilib » et les éventuelles extensions à apporter. Le microcosme se confirmerait-il ?

 

Et les auto-écoles dans tout ça ?

Elles ne sont, simplement que des variables d’ajustement, des statistiques en détresse.

Déconsidérées par le DISR (qui s’amuse d’avoir inscrit son fils dans un établissement où il n’y a pas de cours théoriques, qui affirme que les bugs d’ANTS ne sont que des fantasme)…

Ignorées par l’Etat qui laisse courir Lepermislibre et sa fermeture administrative (mais pas effective)…

Sanctionnées par l’Etat pour avoir eu recours à un formateur non salarié...

Le tout sans réelle communication des organisations professionnelles, qui se font promener de conseiller en conseiller, de réunion en réunion, et qui se voient gratifiées de magnifiques déclarations d’intention (jamais suivies d’effets) par l’Etat.

 

En conclusion se posent deux hypothèses :

Soit on navigue en pleine incohérence, soit nous assistons à un déferlement d’incompétence notoire (peut-être même les deux !). Dans tous les cas les établissements agréés en feront les frais à très court terme, ce qui est déjà la triste réalité. Les apprentis conducteurs, futurs usagers de la route (et leurs familles), en feront les frais ultérieurement, croyant pour l’instant que l’Etat vient servir leurs intérêts consuméristes.

Notre version « sécurité routière » de Santa Barbara (souvenez-vous de ce sitcom à rallonge) est devenue Sainte Barbe (patronne des sapeurs-pompiers) avec une Délégation à la Sécurité Routière pyromane… Deviendrait-elle pour nous tous (professionnels comme apprentis-conducteurs) Sainte Rita, patronne des causes désespérées ?

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