Le séparatisme islamique... ou le maillon manquant

Analyse du choix de judiciariser un délit de séparatisme, Analyse de comment, en partant d’un objectif positif de réduire le terreau du radicalisme, il est possible de créer des conditions favorisant l’effet inverse

Jusqu’à présent, sur le sujet de l’islam qui porte polémique, dans les analyses non portées par des positions racistes ou islamophobes, nous avons :

  • d’un côté des terroristes appelés « terroristes islamiques » qui terrorisent, menacent et tuent prétendant au nom de l’Islam ;
  • de l’autre côté certaines personnes de confession musulmane porteuses d’idéologies dites conservatrices, au sens politique des postures occidentales, rétrogrades voir inégalitaires au sens de la société moderne.

Jusqu’à présent, ces dernières personnes ne pouvaient être légalement punies par la loi, sauf à faire un délit de type « incitation à la haine » ou « incitation à l’émeute ou trouble de l’ordre public ».

Leurs postures, aussi détestables puissent-elles être, notamment pour qui regarde avec une vision moderne et progressiste de la société, relevaient jusqu’à présent de la liberté d’expression tant que le cadre légal évoqué au-dessus n’était pas franchi.

Le choix de définir un nouveau délit, le séparatisme, permettra de judiciairiser  ces postures et de leur enlever leur étiquette liberté d’expression. Est-ce un mal en soi ? : pas forcément si nous reprenons l’origine de la pénalisation pour incitation à la haine raciale qui elle aussi a transformé ce qui pouvait être une liberté d’expression en actes délictueux.

Au final, la terminologie « liberté d’expression », dans nos sociétés modernes occidentales, devraient être complétée du terme « assertivité » : la liberté d’exprimer ses opinions, choix et orientations etc dans le respect des autres...


En attendant peut-être cette perspective, notre actualité est autre : la pénalisation du séparatisme, et donc une nouvelle limitation de liberté pour lutter contre les endoctrinements mettant en danger l’intégrité des individus et du territoire national.

il y a 2 revers de la médaille à cette « adaptation » de la liberté d’expression :

1.  Le risque de voir un partis pris entre ce qui est considéré comme respectueux conforme à l’ordre moral, public, républicain, avec ce qui ne le serait pas : et tout l’enjeu est ici quand il est constaté que dans la société moderne occidentale, trouvant ses origines particulièrement dans ses racines judéo-chrétiennes, l’instrumentalisation de l’islam comme outil de défense de la liberté d’expression (par exemple les caricatures du prophète Mohammed) créées des situations douloureuses pour toutes celles et ceux qui sont de confession musulmane. Et c’est justement parce que leurs représentations (politique et société) restent encore minoritaire, que leur douleurs n’est pas « entendu » et encore moins prise en compte.

Ainsi se créée un sentiment d’injustice pour ces ressortissants de la république qui pour la quasi-totalité (j’exclue les appels à la haine) sentent que la limitation de la liberté d’expression est à géométrie variable suivant qui s’exprime.

L’assertivité à la carte , pour les uns et pas pour les autres...crée potentiellement un sentiment d’injustice et d’exclusion.

C’est peut-être l’axe de progrés de notre société, qui, dans le cadre des lois de la République, pourrait grandir en comprenant mieux toutes ses composantes, vers un juste équilibre pour les enfants de la république qui la composent.

 2.  Le second revers de la médaille de cette adaptation de la liberté d’expression est le franchissement du rubicond qui séparait jusqu’à présent les terroristes de la religion musulmane elle-même. En créant ce délit de séparatisme islamique, la frontière qui séparent les conservateurs musulmans avec les terroristes se réduit et devient infime. Ainsi, les conditions de confusion entre islam et terrorisme sont renforcées. Quand il est de sources connues que l’amalgame entre la religion musulmane et le terrorisme se développe, ce nouveau vocable est une tentation supplémentaire dans la société française pour relier les deux consciemment ou inconsciemment.

Cette confusion apparaît déjà dans l’actualité du 17 octobre 2020, après le terrible attentat terroriste perpetré à l’encontre d’un enseignant, Samuel Paty. Le parquet anti-terrorisme est saisi et le Président de la république parle bien de terrorisme : mais certains médias ou responsable politique, au lieu de parler de terrorisme parlent de séparatisme islamique : le rubicond est franchi, et le maillon manquant entre l’islam et le terrorisme semble prendre forme.

 

Force est de constater, pour qui veut bien s’affranchir de l’émotionnel et faire appel à son esprit analytique, que cette nouvelle pénalisation participe à la confusion sur les frontières du terrorisme d’extrémistes se revendiquant de l’islam : quand commencent ces frontières ? Quand se terminent-elles ? À quel moment peut-il être dis d’une personne qu’elle exprime son désaccord avec l‘espace d’expression que l’Etat lui donne ou qu’elle exprime un encouragement au séparatisme et l’endoctrinement  ? 

Ainsi, nous  n’avons pas à disposition de réalités statistiques qui nous démontreraient l’incidence entre des prédicateurs séparatistes et les actes de terrorisme ...mais l’Etat a des sources d’information qui viennent sûrement justifier cette démarche.

Dans cette perspective, Alors, l’Etat est pleinement dans son rôle régalien de circonscrire le terreau d’un ressentiment susceptible de remettre en cause la sécurité des français. 

Toutefois, pour que cette action de protection des français ne soit pas contre productive, « l’enfer est pavé de bonnes intentions », il faudra sûrement  :

  • d’une part avoir verbalisé et compris ces risques de douleurs des uns et de confusions des autres,
  • d’autre part agir sur les moyens pouvant réduire voir faire disparaître ces 2 revers de médaille. De nombreuses pistes peuvent être explorées en ce sens comme l’effort de pédagogie et de sensibilisation des français en général, l‘assertivité vis à vis des français de confession musulmanes, etc 

Encore une fois, la tâche est immense pour permettre à la liberté d’être pleine et entière pour tous, et dans le RESPECT de TOUS.

ET encore une fois, nous voyions l’importance des mots, leur portée, leur capacité à rassembler ou désunir, leur capacité à faire justice ou injustice...

 

 

 

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