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Billet de blog 6 juin 2010

Un débat national sur le néofrançais, pourquoi pas ?

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Exposé des motifs

Les débats sont à la mode : depuis celui, médiatique à souhait, de Sarkozy-Besson, jusqu'à celui, fort discret, entre Finkielkraut et Badiou - mais tous les deux sur l'identité nationale... Alors que la France n'a jamais été aussi étroitement insérée dans une communauté européenne qui se réclame des mêmes valeurs, et qui, comme la grande majorité des Français, rejette tout racisme ou fanatisme.

Parlons donc plutôt d'un problème qui me paraît, tout compte fait, bien plus grave : celui de la dégradation de notre langue, qui depuis longtemps d'ailleurs, n'appartient pas qu'à l'Hexagone. Le document le plus récent relatif à la question et sur lequel j'ai mis la main se trouve à la page 33 de la revue La Recherche du mois d'avril 2009 (n° 429). Un petit tableau y classe les principales langues vivantes de la planète. Le français passe de la 11ème place pour le nombre de locuteurs l'utilisant comme première langue (80 millions), à la 5ème pour le nombre de locuteurs totaux (265 millions) et à la 2ème - après l'anglais, évidemment - selon un panier de dix critères à caractère civilisationnel.

Cocorico, pourrions-nous chanter ! Cependant, en fréquentant le net (réseau, en bon français), on peut se demander si ce classement est bien honnête, car il ne distingue certainement pas entre ceux qui écrivent notre langue à peu près correctement et ceux qui la massacrent graphiquement et/ou syntaxiquement. Constat qui, à la longue, ne peut que ternir notre réputation culturelle.

Serpent de mer que cela, me direz-vous. Ouais, sauf si vous êtes parents de potaches et causez avec leurs profs... Alors je parie qu'un débat sur la réforme du français écrit ne peut que vous intéresser.

- C'est là le rôle de l'Académie française ! Me direz-vous.

- Certes, mais quand ladite vénérable compagnie préconise la moindre réformette comme le remplacement du x par le s pour quelques mots comme bijous, chous, caillous... personne ne suit. À croire que le conservatisme orthographique est encore mieux ancré dans le subconscient national que "nos ancêtres les Gaulois" !

- Bon, alors que suggérez-vous ?

- D'abord un état des lieux... Puis des décisions concrètes, avec un calendrier.

Après tout, au siècle dernier, la Turquie est passée de l'alphabet arabe à l'alphabet latin et Israël a carrément ressuscité l'hébreux ! Un pays comme la france qui tient à sa réputation progressiste sinon révolutionnaire, ne saurait faire moins, n'est-ce-pas ?

À titre d'information, parmi les innombrables tentatives pour secouer l'élargissement du hiatus (c'est un euphémisme, il faudrait dire gouffre) entre le français parlé et l'écrit, seules deux méthodes survivent tant bien que mal : celle du QuébécoisMario Périard (www.ortograf.net), promoteur de la norme "ortograf" et celui du Français Louis Rougnon-Glasson (www.alfograf.net), promoteur de la norme "AFF"...

À mon humble avis, leur timidité les dessert, en un temps où la médiatisation galopante implique de faire bref. Personne n'ignore que l'extrême en la matière est atteint par les SMS, phénomène qui ne peut qu'accélérer la dégradation de l'écrit digne de ce nom... Je crois donc qu'il est grand temps de prendre le taureau par les cornes, faute de quoi les statistiques telles que celle de La Recherche feront la risée des linguistes d'abord et de la "communauté internationale" ensuite ! Et "prendre le taureau par les cornes" signifie tout simplement revenir au principe tel que défini par les Phéniciens il y a plus de 3 millénaires : un symbole graphique par phonème, et un seul.

Rappelons, dans ce contexte, que le français parlé - tout comme l'anglais parlé - est le résultat d'une simplification progressive de l'indo-européen ; version gréco-latine pour le français et version germano-romane pour l'anglais. Aujourd'hui ces deux langues sont arrivées à un stade terminal : la poursuite de la contraction phonique accroitrait désormais dangereusement le nombre de vocables homophones...

Application du principe alphabétique

Si l'énoncé du principe est trivial, il n'en va pas de même de son application : tout simplement parce que les Gallo-Romains parlaient le latin populaire avec leur propre accent. D'où des sons comme ceux de nos u, e, eu, an, on, un, in... que les Romains ne connaissaient pas... Au total, notre langue comportant une trentaine de phonèmes, son alphabétisation intégrale exige donc autant de symboles.

Le clavier informatique courant étant ce qu'il est, il apparaît impératif dans un premier temps, d'utiliser ses caractères - éventuellement diacritisés (c'est-à-dire accentués) pour noter les phonèmes non représentés par une seule lettre latine toute nue.

Très bien, mais le dit clavier ne permet pas de diacritiser les consonnes, sauf à recourir aux caractères spéciaux des logiciels de traitement de texte... ou attendre un clavier dédié au néofrançais, qui pourrait être d'ailleurs commun à toutes les langues utilisant l'alphabet latin, dont l'espéranto.

Puisqu'on parle de ce loup linguistique, faisons le sortir du bois, car c'est la langue internationale équitable par définition même ; et nous Latins, nous devrions être les plus motivés pour la promouvoir au niveau international afin de contrecarrer l'absolutisme anglophone - d'autant qu'elle respecte strictement le principe alphabétique et fait largement usage de radicaux gréco-romans qui nous sont familiers .

Caractéristiques des normes du néofrançais (NNF)

Pour l'argumentaire détaillé de la réforme, reportez-vous à l'article intitulé Le néofraŋsè : ûn réalfabétizasioŋ de l'ékri, mè pa selmaŋ sur mon site www.liber-gratis.com. Les choix effectués y sont clairement explicités.

Pour certains j'ai beaucoup souffert, croyez moi. En particulier lorsque j'ai opté pour le vénérable k grec à la place du brave petit c latin... Et je vous avoue que je n'ai surmonté mon chagrin qu'en espérant les faveurs de Κλέοπατραl'Alexandrine - lesquelles me permettraient, peut-être, de mesurer subrepticement la longueur de son nez, afin d'en déduire les palinodies de l'Histoire -, quitte à rendre jaloux Cæsarle Romain...

- Heu, et le q, alors ?

- Désolé, mais je ne veux pas sacrifier au culte postmoderne du cul justement, qu'Attali (entre autres) vient de stigmatiser récemment dans sa Brève histoire de l'avenir1... En effet, une utilisation aussi intensive (et à fortiori sans son u feuille de vigne que déjà les Romains lui avaient prudemment accolé) nous rapprocherait encore plus de Sodome, alors que Gomorrhe est déjà là - et pas seulement à Naples !.. Mais vous m'avez interrompu, alors que je n'avais pas fini avec mes histoires de nez ! Vous savez que le français bat tous les records en son nasals2. Trouvant la figuration de la chose par l'Alphabet Phonétique International (API) inadéquate - car elle supprime sa relation à la lettre n, je propose le symbole ŋ3, que le dit API affecte seulement au dernier phonème des mots se terminant par ing, pour tous les sons en question. Cela donne donc, en néofrançais : kaŋpiŋg,bliŋg-bliŋg, aŋmèrdmaŋ...

On se reportera à l'article fondateur du néofrançais figurant sur mon site personnel pour des précisions sur :

- la suppression du doublement des consonnes, pratiquement non prononcé depuis des décennies ;

- la notation de l'allongement des voyelles par un tiret supérieur, qui permet de discriminer deux homonymes (hélas, encore un symbole à chercher dans les caractères spéciaux). Par exemple, patte et pâte, s'écrivent respectivement pat et pāt, l'accent circonflexe étant dévolu, comme pour l'espéranto, à la diacritisation phonique uniquement ;

- la concaténation des groupes de mots monosignifiants tels que : aujourd'hui, c'est-à-dire, tout à fait, sot-l'y-laisse... s'écrivent donc: ôjurdûi, sètadir, tutafè, sôlilès, tu sèŋplemaŋ !

- la suppression des barbarismes qui ternissent la rationalité cartésienne (dont les Français se targuent si volontiers). En conséquence : 70 se di septaŋt, 80 octaŋt é 90 nonaŋt... é viv lé Bèlj é léz'Èlvèt !

- la généralisation de l'invariance du pluriel : en'ef, déz'ef ; eŋ ŝeval, dé ŝeval ; eŋ vitray, des vitray...

- l'adjonction d'un x (non prononcé) aux verbes et substantifs pluriels, lorsque le contexte ne permet pas sur le champ la discrimination ;

- la suppression de la particule ne quand elle redonde inutilement le pas de la négation ;

- la suppression des temps verbaux inusités - sauf le passé simple, qui, je crois, est encore utile en littérature.

Inconvénients

Je ne veux pas les escamoter : j'ai déjà évoqué le plus important à mon avis, qui est l'augmentation des homonymes (qui s'identifient désormais aux homophones)... À ce sujet, il faut quand même remarquer que si la langue parlée s'accommode de la chose, la langue écrite devrait s'en accommoder encore mieux, le contexte restant sous les yeux du lecteur... Ce qui ne m'empêche pas de proposer des solutions discriminatrices exceptionnelles pour des homophones très courants comme ce (çe) et se (se), quand (kaŋ), quant (kàŋ), tant (tàŋ), temps (taŋ), quitte à déroger quelque peu au principe alphabétique : qui n'a pas péché dans sa vie me jette la première pierre...

La perte étymologique est aussi à noter ; mais elle ne me paraît pas de taille à se mesurer aux bénéfices de la réforme, qui, menée à son terme (obligation d'utiliser les chiffres arabes pour les nombres cardinaux comme ordinaux, ainsi que les acronymes les plus usuels, comme ceux des unités de mesure...) raccourcira les textes de l'ordre de 20%.

Conclusion

Côté positif :

La diminution du nombre d'arbres sacrifiés par an. Combien de millions ?

La réductions des fautes, et donc du coût de la correction. Combien de milliers d'heures économisés par an ?

Côté négatif :

Peut-être la guerre civile orthographique... mais cela, c'est un autre problème. Moi, j'ai déjà une planque ailleurs, car je ne veux pas coûter à l'État (c'est-à-dire à vous-mêmes), lequel se sentirait obligé de me protéger à la manière de l'infortuné Robert Redeker (cf. Nos petits Munich contemporains, toujours sur mon site www.liber-gratis.com).

Kua k'il aŋ sua, je vu promè de resté ô bu dû rézô, pur koŋtinûé le koŋba, avek mé fèbl muayèŋz'èŋformatik !

Exemple : un texte célèbre en néofrançais

Déklarasioŋ dé drua de l'om é dû situayèŋ de 1789

Lé reprézaŋtaŋ dû Pepl Fraŋsè, koŋstitûé an'Asaŋblé nasional, konsidéraŋ ke l'iñoraŋs, l'ubli u le mépri dé drua de l'om soŋ lé sel kôz dé maler pûblik é de la korupsioŋ dé Guvèrnmaŋ, oŋ rézolû d'èkspozé, daŋz'ûn Déklarasioŋ solanèl, lé drua natûrel, inaliénabl é sakré de l'om, afèŋ ke çèt Déklarasioŋ, koŋstamaŋ prézaŋt à tu lé maŋbr dû kor sosial, ler rapèl saŋ sès ler druax é ler devuarx ; afèŋ ke léz'akt dû puvuar léjislatif, é çê dû puvuar ègzékûtif pouvaŋt'ètr à ŝak èŋstaŋ koŋparé avèk le bût de tut èŋstitûsioŋ politik, aŋ suax plû respèktéx ; afèŋ ke lé réklamasioŋ dé situaièŋ, foŋdé dézormè sûr dé prèŋsip sèŋpl é èŋkoŋtèstabl, turn tujur ò mèŋtièŋ de la Koŋstitûsioŋ, éò boner de tus. Aŋ koŋsékaŋs, l'Asaŋblé nasional rekonè é déklar, aŋ prézans é su léz'ôspis de l'Ètr Sûprèm, lé drua sûivaŋ de l'om é dû situayèŋ.

Artikl premié : Léz'om nès é demer librz'é égô aŋ drua. Lé distèŋksioŋ sosial ne pev ètr foŋdé ke sûr l'ûtilité komûn...

Vuala ; ç'è pa si difisil... à vu de koŋtinûé mèŋtnaŋ !

1 Cf. la critique de cet essai sur mon site référencé ci-dessus.

2 Rationalisons dès aujourd'hui les pluriels irréguliers et passablement disgrâcieux !

3 Que l'on trouve dans les "caractères spéciaux" du traitement de texte.

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