La fin du mâle -2

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Le film commença sur une coupe anatomique du corps humain ou plus précisément sur une vue en coupe de l’appareil génital masculin.

« Tous les problèmes de l’humanité n’ont qu’une seule cause : la testostérone. Cette hormone, qualifiée de masculine même si elle est aussi présente en quantité infime chez la femme, est sans aucun doute à l’origine de toutes les catastrophes de l’histoire. Nous savons maintenant avec certitude que toutes les guerres mondiales auraient pu être évitées si le pouvoir avait été entre les mains des femmes. Néanmoins, d’un mal nait toujours un bien. Chaque conflit donna l’occasion aux femmes de s’émanciper un peu d’avantage. Pendant que les hommes étaient au front, elles les remplaçaient à l’arrière. Elles en ont profité pour apprendre des métier jusque là strictement réservés à la gente masculine : mécanicienne, aviatrice, électricienne, conductrice de camion, d’engins de chantier, etc. Chaque guerre a été pour elles l’occasion de progrès considérables vers l’accession au pouvoir tandis qu’à chaque fois, la phallocratie en sortait diminuée. »

Sur l’écran, on voyait maintenant un homme barbu au regard aux abois se glissant à travers la foule compacte d’une grande ville américaine. Il portait un volumineux sac à dos duquel sortait une sangle. Lorsqu’il fut arrivé au centre d’une place, il tira sur la sangle.

« Le dernier conflit a failli entrainer l’humanité vers sa perte. Lorsque Mohamed El Maout a actionné sa bombe le 17 octobre 2013 en plein Manathan, il a déclenché la même série de réactions en chaine que provoqua en 1914 l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. Sa bombe sale dispersa un nuage de particules de plutonium hautement radioactives dans toute la ville, rendant celle-ci totalement invivable pour des siècles. Les mesures de rétorsion ne durèrent pas : les Etats-Unis, dirigés depuis un an par John Ensign, un républicain intégriste dopé à la testostérone, envoyèrent en direction de l’IRAN un missile nucléaire qui raya le pays de la carte et fit 50 Millions de morts. Cet acte absurde et disproportionné plongea le monde dans le chaos. Si Ensign avait réfléchi ne serait-ce qu’une minute avec son cerveau plutôt que d’écouter ses testicules, des milliards de vies auraient pu être sauvées. »

L’écran affichait une vue actuelle de la terre, entourée de sa gangue grise de permadust.

« Le permawint s’installa, rendant toute vie impossible en-dehors de la zone inter-tropicale. La radioactivité était omniprésente. Elle eut un effet inattendu. Suite au bombardement incessant des rayons ionisants, le taux de mortalité des mâles monta en flèche alors que celui des femelles se stabilisa. Au bout de 10 ans, il ne restait pratiquement plus aucun homme sur la terre. Encore une fois, l’étonnant pouvoir d’auto-régulation de la nature se manifesta. Elle était en train d’éliminer la cause première du mal dont souffrait l’humanité. Là encore, les femmes profitèrent du vide laissé par les hommes et accédèrent durablement au pouvoir, bien décidées à ne plus jamais laisser leur destin entre des mains aussi peu fiables. »

Un fœtus occupait maintenant toute la surface de l’écran.

« Néanmoins, pour assurer la survie de l’espèce, il fallait que les femmes puissent assurer la reproduction en se passant des mâles, ou presque. La DRICA a été créé il y a 15 ans par le professeur Tresco. Grâce à ses expériences avant-gardistes sur la procréation artificielle, il est maintenant possible d’assurer une production de gamètes en volume suffisant pour stabiliser le niveau de population. Pour cela, la DRICA dispose d’un élevage de mâles inactivés unique au monde. Grâce à des techniques originales brevetées, le taux de fertilité des semences produites est inégalé à ce jour. Ceci permet à la DRICA d’être leader mondial en assurant 65% de la production des gamètes en 2038. »

 

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