Macron, l'éléphant dans un magasin de porcelaine

« Un éléphant, ça trompe énormément » nous racontait Yves Robert en 1976. Aujourd’hui, Emmanuel Macron ne trompe plus grand monde. Pendant plus d’une année, le vernis de la communication qu’il appliquait avec le plus grand soin sur la moindre de ses actions politiques a tenu. Il se craquèle désormais à une vitesse record. De l'art de jouer au plus rusé et de se prendre les pieds dans le tapis.

Chaque jour qui passe l’enferme dans sa stratégie grossière et éléphantesque. Lui qui voulut révolutionner la France avec sa « start-up nation » est désormais obligé de rejouer la partition fade de stratégies politiques déjà bien rôdées. Le storytelling (terrible anglicisme qui ne désigne rien d’autre qu’un récit) de l’Elysée est terminé : relayé par les éditorialistes et les opportunistes lors de la campagne puis au début du quinquennat, les girouettes ne savent désormais plus à quel saint se vouer.  

Avec l’énergie de celui qui se sait condamné au « quitte ou double », le président cherche à tendre un piège à l’opinion publique. Depuis plusieurs jours, toute la majorité entonne en chœur (comment eût-il pu en être autrement ?) la petite musique de l’ordre et du désordre. En effet, il sied à tout dirigeant en crise la nécessité de présenter un choix binaire afin de rallier à lui des opposants de paille. Il faudrait dès lors s’identifier aux « partisans de l’ordre » sous peine de se voir catégorisé comme « agitateur professionnel, factieux et séditieux ». Gageons que la tension diminue la capacité de nuance. Emmanuel Macron, se pensant stratège comme bien d’autres avant lui, n’a plus qu’à enrober cette binarité d’un simulacre de consultation et le tour semble joué. Afin de bien verrouiller la stratégie, le gouvernement pourrait même annoncer un référendum au sujet des institutions le même jour que les élections européennes, dans l’optique de faire un hold-up sur ce scrutin qui s’annonce comme une déroute pour la majorité.

N’est-il pas triste de devoir se résigner à ce terne « diviser pour régner » ? Nous ne pouvons pas nous en tenir à cet état de fait. Le mouvement des Gilets Jaunes vaut tellement mieux que cela : devrons-nous, chaque samedi, délivrer un seul message, à savoir la condamnation des violences ? Par ce biais-là, le gouvernement focalise l’attention sur la question de la violence, afin de détourner les projecteurs des problèmes à l’origine du mouvement, à l’aide de scènes médiatiques parfois complètement hystérisées. Il faudrait commencer à scinder le mouvement en deux branches : les « modérés » et les « radicaux ». Autant dire que la division signifierait le début de la fin du mouvement. Comme toute révolte sociale, les Gilets Jaunes ne sont pas homogènes et uniformes. Oui, il y a des violents, des racistes, des homophobes et des fascistes. Non, nous ne les approuvons pas et nous les condamnons. Le message qu’il faut toujours avoir à l’esprit est le suivant : « la partie ne fait pas le tout ! »

Le gouvernement n’a en réalité qu’un seul objectif : reprendre la main sur l’agenda politique. C’est le but ultime de ce grand débat et du potentiel référendum. Les Gilets Jaunes ont réussi à parvenir à une réappropriation de cet agenda et c’est tant mieux ! Il faut à présent garder la main. Seuls les thèmes de la justice démocratique, écologique et fiscale doivent nous préoccuper et rien d’autre.

A l’instar de son sinistre mentor Nicolas Sarkozy, il y a fort à parier qu’Emmanuel Macron risque de nous refourguer un débat sur l’immigration et l’identité nationale. Avec une petite pincée de laïcité et de radicalisation le tour devait être joué ! Pourtant, il ne tient qu’aux citoyens de continuer d’avancer, la tête haute et l’air déterminé, dans leur diversité et leur pluralité. Ceux qui cherchent à capitaliser et à créer des partis grâce à la vague « Gilets Jaunes » sont déjà disqualifiés.

Depuis le début du quinquennat, tous les signaux sont au vert pour que celui-ci se termine mal : arrogance, satisfaction permanence, hypocrisie démocratique, immaturité et inexpérience… Emmanuel Macron n’était tout simplement pas prêt à devenir président de la République. Le pire dans cette histoire, pour lui, est qu’il n’est même pas responsable de tout. Pris à son propre piège jupitérien, il jugea que la France aimait les monarques, oubliant qu’elle y préféra toujours les régicides.

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