La suppression de l’ISF, une balle dans le pied des associations

Dans la période tragique que nous traversons, cet événement passerait presque inaperçu. Pourtant, il s’agit d’une des plus graves conséquences du cynisme politique depuis bien longtemps. La faute est triple : économique, politique et surtout morale.

Tout pressé d’essayer ses nouveaux habits de réformateur, le président de la République avait décidé de supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune, afin d’asseoir les principes de sa politique libérale et de toucher à un symbole qu’aucun gouvernement de droite n’avait réussi à supprimer. Galvanisé par le tapis rouge qui lui était déroulé grâce au storytelling de la « Macronmania » mis en place depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron a commis ce jour-là un péché d’orgueil et une grave erreur. Constatant que toutes les réformes ne rencontraient aucune opposition, la majorité décidait d’abattre les symboles les uns après les autres, dans un iconoclasme méthodique mais imprudent.

Aujourd’hui, alors que nous tirons les bilans de l’année 2018, la suppression de l’ISF a une conséquence terrible : la baisse drastique des dons aux associations. En effet, les contribuables ultra-fortunés avaient la possibilité de défiscaliser une partie du montant de leurs dons. Avec le passage de l’ISF à l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), le nombre de foyers assujettis a diminué de 200 000 : c’est par la même occasion une manne qui s’est envolée pour les associations. Si ces dons étaient pour la plupart intéressés, puisque la fin de leur défiscalisation a signifié l’arrêt d’une grande partie des dons, ils représentaient des millions d’euros directement utiles à la solidarité envers les plus fragiles. Il faut également ajouter à la suppression de l’ISF la hausse de la CSG, qui entraîne une baisse des dons du côté des retraités, à travers des montants plus faibles mais pourtant bien réels.

Par conséquent, beaucoup d’associations ont vu leurs recettes de dons baisser, allant jusqu’à près de 50% pour certaines. Il est donc évident que l’impôt de solidarité sur la fortune, comme son nom l’indique, est un filet de sécurité contre la pauvreté. Bien évidemment il ne peut pas tout résoudre, mais chaque euro récolté, ce sont des repas financés. Les exemples se comptent par dizaine : la Fondation Abbé Pierre perd deux tiers de ses dons, la Fondation Caritas la moitié, la Ligue contre le cancer voit 8 millions d’euros s’envoler… L’énumération peut s’arrêter là tant les conséquences de ces baisses sont terrifiantes.

Désormais, il faut espérer que le cynisme des députés et des ministres, répétant en boucle dans les médias que l’existence de l’ISF n’a jamais permis de résoudre les problèmes de pauvreté, soit contredit par cette réalité tragique. Pour ceux qui en doutaient encore, la taxation des plus riches n’est pas qu’un symbole mais correspond à un impact direct sur les conditions de vie des plus démunis en France et dans le monde. L’avenir se situe sans doute dans une limitation des revenus et du patrimoine au niveau européen ou mondial mais la France doit montrer l’exemple.

J’aimerais dire à tous qu’il n’est ni ringard ni désuet de vouloir rétablir un impôt de solidarité. La fraternité est inscrite sur tous les frontons de la République : si l’égalité irrite certains et que la liberté est toujours plus belle en étant contrôlée pour d’autres, la fraternité ne saurait être négociée pour faire plaisir à quelques ultra-riches et à bomber le torse.

Dans le climat de déliquescence politique actuelle, ne perdons pas de vue certaines valeurs et repassons dans une dynamique de conquête sociale.

Ce président était jeune, nouveau et débutant, mais il avait tout d’un imprudent. Jamais personne n’a réussi à être plus brillant que le soleil : beaucoup ont essayé, tous s’y sont brûlé les ailes.

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