Chiche, augmentons le nombre de députés !

C’est l’une des 32 questions qu’Emmanuel Macron pose aux Français dans sa lettre, à l’ouverture du grand débat : « Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ? » Cette question, qui est posée de manière très orientée, mérite d’être réfléchie.

Dans la foulée de sa lettre très orientée, le président de la République pose la question de la réduction du nombre de parlementaires, qu’il évoquait déjà lors de la campagne présidentielle. Se servirait-il du mouvement des gilets jaunes avec opportunisme afin de faire passer certaines propositions de son projet présidentiel ? Je n’ose le croire. Néanmoins, pour en revenir au fond du problème, il ne faut pas croire que la réduction du nombre de parlementaires soit une chance pour la démocratie, bien au contraire. En effet, si la forte tradition anti-parlementariste en France veut que les députés soient uniquement des hommes grassement payés ne servant à rien et ne représentant pas les Français, il faut sans doute regarder la situation avec un peu de recul pour en comprendre les enjeux.

Proposer une réduction du nombre de parlementaires revient à affaiblir le pouvoir législatif au profit de l’exécutif, ce qui ne va pas sans poser bon nombre de problèmes révélés par la crise des gilets jaunes (le manque de représentativité est le premier d’entre eux). S’il est vrai que la démocratie a un coût, il revient de l’assumer : de plus, a-t-il déjà été prouvé que la dictature coûtait moins cher ? Non. Au-delà de la boutade, il faut se saisir de cette période pour accroître la représentativité du Parlement. Et ce n’est certainement pas en réduisant le nombre de parlementaires que cet objectif pourra être atteint. En effet, selon les premières projections liées à la réduction du nombre de parlementaires, certains départements ruraux comptant aujourd’hui deux ou trois députés n’en auraient plus qu’un à l’avenir. Déjà que beaucoup jugent leurs représentants inaccessibles et absents sur le terrain ou dans l’hémicycle, je n’oserais imaginer les conséquences d’une réduction de leur nombre. Autant supprimer directement le Parlement pour en réduire les coûts.

L’enjeu est tout autre : si une meilleure représentation des citoyens passe naturellement par des consultations électorales plus fréquentes, notamment par le biais de référendums populaires qui deviendront, à terme, indispensables, il faut garantir cette meilleure représentativité tout le long d’une mandature. C’est pourquoi la réduction du nombre de parlementaires serait la pire des solutions : prenons un pari un brin provocant et augmentons le nombre de parlementaires !

Pour tous ceux qui me rétorqueraient que le coût serait faramineux et indécent par rapport aux conditions de vie des Français, je réponds que cette augmentation du nombre devra s’accompagner d’une réduction des indemnités et de certains avantages qui ne seraient plus nécessaires à l’exercice de la fonction. Cela permettrait de compenser partiellement l’augmentation du nombre de parlementaires.

La règle actuelle de la représentation est d’un élu minimum par département et d’un député supplémentaire par tranche de 125 000 habitants. Effectivement, il semble bien dur d’être proche de 125 000 personnes pendant 5 ans de manière régulière. Si l’on veut une meilleure représentativité, réduisons la taille des circonscriptions, ce qui aurait également le bénéfice de créer plus de proximité entre un député et les citoyens de sa circonscription. Peut-être certains verront-ils des problèmes à l’augmentation du nombre de parlementaires, en particulier au sujet du fonctionnement de la future Assemblée nationale ? Je les rassure : pourquoi un Parlement qui fonctionnait à 577 ne fonctionnerait-il pas à 1000 ou plus ?

De même, profitons de ce débat pour équilibrer la représentation de manière territoriale, afin de ne pas avoir uniquement une assemblée de « citadins ». Obligeons les candidats aux élections législatives à résider véritablement dans la circonscription dans laquelle ils se présentent, afin d’éviter les parachutages. Obligeons les partis à présenter un ensemble de candidats totalement paritaire sur l’ensemble du territoire. Exigeons un nombre minimum de permanences et de présence à l’Assemblée nationale de la part de nos représentants. Le vrai défi de la représentativité est devant nous, sans céder à une démagogie qui serait contre-productive pour la démocratie. Augmentons le nombre minimum de députés par département à 3 ou 4. Plus le nombre de parlementaires sera restreint, plus le pouvoir législatif sera à l’image du pouvoir exécutif : détenu entre les mains de quelques-uns.

Cette proposition quelque peu provocante ne fera sans doute pas l’unanimité : pourtant, donner crédit au président de la République sur cette question-là reviendrait à abandonner les exigences de représentativité et de démocratie qui émanent du mouvement des gilets jaunes.

Créons ensemble la démocratie de proximité.

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