Glyphosate, corruption et mise en danger de la population

En 2017, l’Union Européenne a décidé de réautoriser le glyphosate pour une durée de cinq ans, allant contre toutes les mesures de précaution préventives qui seraient à attendre, normalement, de la part d’autorités politiques et publiques soucieuses de la santé de leur population. Aujourd’hui, on apprend que cette décision naît du recopiage d’un dossier fourni par Monsanto.

Suite à un rapport effectué par l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemand, l’Autorité européenne de sécurité des aliments et les experts de plusieurs Etats membres ont expliqué en 2017 que le glyphosate n’était pas cancérogène et que, de fait, la question de son interdiction ne se posait pas : l’herbicide (et plus ?) obtenait donc un renouvellement pour cinq ans, avec la bénédiction de plusieurs autorités européennes.

Pourtant, c’est un immense scandale qu’a révélé un rapport de Stefan Weber et Helmut Burtscher, commandité par des députés européens et rendu public aujourd’hui. En effet, on y apprend comment ce fameux rapport d’expertise au sujet du glyphosate n’est en réalité qu’un immense plagiat d’un dossier préparé par les lobbyistes de Monsanto à destination des dirigeants européens. Les deux scientifiques, soutenus par l’ONG Global 2000, évoquent un plagiat pour plus de la moitié du rapport. Ainsi, c’est la Glyphosate Task Force (GTF), à laquelle appartient Monsanto, comme nous l’apprend Le Monde, qui fait désormais la pluie et le beau temps en Europe. Rien que le nom de cette autorité fait frémir et souligne le caractère pour le moins obscur des décisions prises au niveau européen au sujet de la santé de tous. De plus, comme il s’agit de plagiat, cela permet d’occulter du rapport le fait que de nombreuses informations et analyses viennent de Monsanto. Je dois reconnaître que l’emploi, dans la même phrase, de « Monsanto » et « Glyphosate Task Force (GTF) » me donne quelques palpitations cardiaques par rapport à ce que je peux manger au quotidien.

Les signaux d’alerte étaient déjà nombreux, notamment ceux émis par le centre international de recherche sur le cancer en 2015, qui évoquait la forte probabilité du caractère cancérogène du glyphosate quelques années auparavant. Il a fallu l’abnégation de plusieurs députés et de ces spécialistes du plagiat afin de venir à bout de la supercherie : malgré tous ces éléments, cela aura-t-il une influence sur le renouvellement de cinq ans du glyphosate prononcé par les autorités européennes ? Bien sûr que non. Qui continuera d’être mis en danger ? Les agriculteurs et ceux qui consomment leurs produits.

Le scandale est sans doute sans précédent à une telle échelle, puisqu’un institut mandaté par l’Union Européenne a sciemment plagié un dossier fourni par un géant mondial des pesticides afin d’écarter la dangerosité d’un de ses produits. Après, beaucoup viennent s’étonner que nombre de nos concitoyens européens se méfient des institutions et que des théories du complot se propagent facilement : en même temps, on est obligé de se frotter les yeux lorsqu’on doit apprendre une telle nouvelle.

C’est une triste histoire dans laquelle tout le monde est perdant, sauf quelques puissants lobbyistes et patrons de cette monstrueuse « Glyphosate Task Force ». A la fin, personne ne vécut heureux et personne n’eut beaucoup d’enfants. Mais eux continuèrent leur sinistre manège consistant à mettre en danger la vie de centaines de millions de personnes. Pour quelle raison au juste ? Pour des profits, pour des misérables et cyniques profits. L’argent est corrupteur : une corruption morale et financière, symbole de la dérive des puissants dans notre époque si troublée…

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