Le policier Damien Saboundjian reconnu coupable et condamné !

Procès Damien Saboundjian : une condamnation certes symbolique pour le policier, mais une victoire politique contre l’impunité policière !

 Le policier Damien Saboundjian  qui a tué Amine Bentounsi d'une balle dans le dos, reconnu coupable et condamné !

 

Du 6 au 10 mars il était rejugé aux Assises du TGI de Paris suite à un appel du Parquet de son acquittement  prononcé le 16/01/2016, aux Assises à Bobigny. En effet, il avait été acquitté au bénéfice du doute, sans que la légitime défense qu’il revendiquait ne soit établie.

 

 

 

La condamnation qui est tombée  le 10 mars, 5 ans de prison avec sursis et 5 ans d’interdiction de port d’armes, peut paraître  dérisoire au regard des 20 ans de réclusion qu’il risquait. Alors, cette peine est-elle un nouveau déni de justice et une nouvelle illustration de l’impunité policière ?? NON, trois fois NON !

 

Certes cette peine est symbolique pour la mort d’un personne abattue d’une balle dans le dos, dès lors que le policier n’était pas en situation de  légitime défense.

 

Pour les familles de victimes et les collectifs qui luttent pour la vérité et la justice pour les morts aux mains de la police, et qui des années durant ne connaissent, de Tribunal, en cour d’appel, de cour d’appel en Cour de Cassation  que des successions de non-lieux, la condamnation de Monsieur Saboundjian, est une victoire politique !

 

-       Une victoire sur le soutien de l’appareil d’Etat au plus haut niveau pour couvrir ses policiers et ses gendarmes, même dans les « bavures » les plus graves.

 

-       Une victoire sur le corporatisme  de l’institution policière, chapeautée par des syndicats tout puissants, comme Alliance.

 

Sur ces 2 points je renvoie à l’article de La Croix qui décrit comment « le président de la cour d’appel a mis en lumière les soutiens dont le fonctionnaire a bénéficié au sein de l’institution policière ».

 

(http://www.la-croix.com/France/Justice/Au-proces-Damien-Saboundjian-corporatisme-policiers-accusation-2017-03-09-1200830672 )

En voici un extrait :

 

« A peine les secours arrivés, Damien Saboundjian a inondé ses collègues et son syndicat de textos, « pas pour libérer la parole mais pour informer », relève le président de la cour. Au commissariat du quartier, quand certains témoins se sont présentés, ils ont été refoulés. Enfin, de « sacrées pressions » ont été mises sur l’inspection générale des services, chargée de l’enquête.

 

Après sa mise en examen, des manifestations importantes de policiers en uniforme sur les Champs-Élysées ont éclaté, troublant la campagne électorale. Puis le policier a été reçu par le préfet, proche de Nicolas Sarkozy. « Ce n’est pas interdit mais disons que ce n’est pas commun qu’un préfet reçoive un mis en examen », ironise le président.

 

« L’administration est avec moi, j’ai été reçu par le préfet, se félicite d’ailleurs le policier lors d’un appel placé sur écoute. Il m’a dit : "On vous soutiendra jusqu’au bout, on vous mute où vous voulez et vous gardez votre salaire". » Lors d’un autre appel, le policier se vante même de ce qu’après cette « histoire », il pourra « passer brigadier » ou monter les échelons : « Je claque des doigts et j’obtiens ce que je veux. »

 

« N’y a-t-il pas là un sentiment de toute puissance ? », l’interroge le président, rappelant que le policier n’a pas été blessé et n’a pas commis d’actes de bravoure justifiant une promotion. « J’espère que dans la police, on n’est pas promu quand on tue quelqu’un, même en légitime défense », ajoute-t-il, cinglant.

 

En face, le fonctionnaire reste sur sa ligne défensive, se plaignant d’avoir « été placé en cellule comme un malfrat » à l’occasion de sa garde à vue, puis dénonçant la « qualification choquante et incompréhensible » des faits lors de sa mise en examen. « Pour moi, j’ai fait mon travail, c’est tout », insiste-t-il à la barre.

 

En creux, on comprend qu’il se sent victime de la procédure judiciaire. Il dit : « J’ai subi beaucoup de choses. » Placé sur écoute, il ne dément d’ailleurs pas un ami qui lui explique : « Quand tu sais que l’administration est derrière toi, c’est que tu as du pouvoir derrière. Y a des gens derrière, là-haut, qui nous protègent contre la justice. »

 

 

-    Une victoire du droit,  enfin, car en dépit de la dernière loi du quinquennat  sur l’assouplissement de la  légitime défense qui aligne en matière de conditions de tir, les  policiers sur les gendarmes, il reste que la légitime défense ne se « présume » pas,  elle doit être prouvée dans la réalité d’une situation.

 

 Monsieur Saboundjian n’a cessé de répéter depuis 2012, qu’il avait effectué « un tir de riposte de face ». Mais l'expertise balistique ne permet pas de le déterminer et cette version n'est corroborée par aucun témoin, à part un collègue du policier qui a reconnu en pleine cour d’Assises, avoir menti !  Amine Bentounsi, qui fuyait se serait retourné et  l’aurait « mis en joue »…mais lors de ses premières auditions en garde à vue, le policier "n'a jamais évoqué la rotation de la victime avant d'apprendre qu’elle avait été touchée d'une balle dans le dos". La cour a conclu que le policier Damien Saboundjian a "agi par panique et non en riposte".

 

            Après le verdict, l'avocat de l'accusé, Daniel Merchat,  a déclaré auprès de l'AFP. "Je suis étonné que le parquet général critique ainsi une décision rendue par un jury populaire et surpris qu'il se mette à la remorque de quelques groupuscules spécialisés dans la contestation des institutions de la République".

 

 Nous pensons bien au contraire que la condamnation de son client, est le résultat d’une contestation constante et acharnée de l’injustice, par toutes les forces mobilisées pour obtenir justice pour les victimes de violences policières, au premier rang desquelles Amal Bentounsi, la sœur de la victime.

 

 

 

 

 

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