Les petits papiers

S’il était une chose que ce blog devait vous apprendre, c’est bien à garder l’esprit critique, et à ne jamais vous contenter des réflexions lyophilisées, des points de vue surgelés, des discours industriels, et des opinions en boîte.

Gardez l’esprit ouvert. Soyez curieux. Renseignez-vous et surtout réfléchissez. C’est le seul moyen d’être libre.

Ce que je tente de défendre avec mes faibles moyens, et des idées parfois un peu trop grandes pour moi, c’est le devoir de s’informer avant d’agir, et à en croire les résultats de ces municipales, il semblerait bien que ce combat ne relève pas de la futilité.

Quelle tristesse, mes amis, quelle tristesse ! A faire perdre foi en l’humanité à un dalaï-lama!

Commençons par le commencement: mais depuis quand les Français ont-ils donc commencé à croire sérieusement que le FN pouvait être une solution à leurs problèmes? Et depuis quand voter FN représente-t-il une quelconque forme de contestation efficace?

Comprenez-moi bien: la montée du Front National ne m’est pas apparue comme par miracle au soir du deuxième tour. Seulement je suis chaque fois plus horrifiée de la constance du phénomène.

Cela devrait être un lieu commun, il semblerait pourtant qu’il ne soit pas inutile de le rappeler: les partis extrêmes, qu’ils soient de gauche comme de droite, marquent les limites du débat démocratique. Ce sont des bornes nécessaires, des repères qui marquent les frontières à ne dépasser sous aucun prétexte et qui, en cela, se doivent d’exister. Mais en aucun cas une vie politique saine ne doit amener les citoyens à plébisciter ce genre de partis! Jamais! Le succès du FN lors de ce dernier scrutin confirme une fois de plus que la démocratie française est en panne, et que la situation ne va pas en s’améliorant!

Depuis trois jours, les médias ne cessent de chercher des réponses à ce problème: l’abstention générale, le chômage, la crise, les scandales, j’en passe. Sans doute y a-t-il une part de vérité dans chacune de ces hypothèses. Toutefois il en existe une qu’aucun journal, aucune émission de télé, ni de radio, ni aucun site d’information doué d’un minimum de sens des affaires de soulèvera jamais et pour cause: elle n’est pas facile à entendre, or les médias sont précisément là pour dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre (un peu comme les politiques tiens…). Permettez-moi donc de vous la présenter.

Quel est le régime politique en vigueur en France à l’heure actuelle? La France est une république démocratique. Comment les décisions concernant le pays sont-elles prises? Par débat suivi d’un vote. Qui mène ce débat politique? Les hommes et femmes politiques. Qui sont-ils? Des maires, députés, sénateurs, membres de collectivités territoriales. Comment accèdent-ils à ces postes? La plupart du temps, par élection au suffrage universel direct. Qui donc les élit? Nous. Voilà.

Inutile de chercher des coupables: si la sphère politique française est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est uniquement et indéfectiblement à cause de NOUS.

Oui, nous, communistes, écologistes, socialistes, centristes, ump-istes, frontistes, capitalistes, pacifistes, anti-militaristes, culturistes, philatélistes, m’enfoutistes et toutcequevousvoudrezistes. Nous.

Mais si nous sommes les seuls à confier le pouvoir à des incompétents et des fraudeurs, puisque c’est là l’image qu’on leur donne (et qu’ils confirment bien trop souvent), nous sommes aussi les seuls qui puissent les en chasser! A la condition sine qua non toutefois de voter pour de meilleurs qu’eux, et de sortir de l’attitude enfantine qui consiste à bouder les urnes ou à défier inutilement les conventions en votant FN! Voter frontiste, ce n’est pas de la provoc’, c’est de l’inconscience. Et avec tout l’amour que j’ai pour l’insolence, il est des conventions qui nous protègent de la bêtise humaine.

Certains diront qu’on ne peut pas toujours savoir si un politique est impliqué dans des affaires douteuses ou pas avant de l’avoir porté au pouvoir. Mais cet argument devient caduque dès lors que l’on considère des exemples comme celui de Patrick Balkany, réélu dès le 1er tour à Levallois-Perret alors que le nombre d’affaires dans lesquelles il est impliqué est plus grand que le nombre de  grabataires au Sénat (c’est dire!).

En clair, il est grand temps que les français cessent de se cacher derrière les scandales, et qu’ils prennent enfin la mesure des responsabilités qui sont les leurs. Ceci s’adresse particulièrement aux jeunes de ma génération. Comment en effet ne pas être horrifié par les 55% d’abstention annoncés chez les 18-25 ans par une enquête de l’Anacej (Association Nationale des Conseils d’Enfants et de Jeunes, citée le 30.03 sur leparisien.fr) au deuxième tour des élections?

Quelles que soient ses déceptions vis-à-vis de la politique, la seule façon d’y remédier est de promouvoir ceux qui font, plutôt que ceux qui font savoir. Alors informons-nous, les politiques efficaces et engagés existent, mais pour les trouver il faut savoir, se renseigner, et toujours se méfier des belles formules et des bons sentiments. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est encore la politique qui décide du sort du pays, et donc de chacun d’entre nous.

A présent soyons adultes: votons, citoyens, et votons bien!

Rageusement vôtre,

 

Loup

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