Côte d'Ivoire: l'Onuci accuse les forces pro-Ouattara

Deux semaines après avoir été remise en cause par un rapport d'Amnesty International, l'Opération de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci) s'est déclarée, jeudi 9 juin, «particulièrement préoccupée par la multiplication d'incidents violents et d'attaques conduites par des éléments des FRCI (Forces républicaines de Côte d'Ivoire) contre plusieurs villages» dans des localités des environs d'Abidjan, du sud-ouest et du centre-ouest du pays.

Une annonce qui vient étayer un rapport d'Human Rights Watch (HRW), publié une semaine plus tôt, qui accusait les forces armées fidèles au président Alassane Ouattara d'avoir «tué au moins 149 partisans réels ou supposés de l'ancien président Laurent Gbagbo depuis leur prise de contrôle de la capitale commerciale, à la mi-avril 2011». Guillaume Ngefa, de la division des droits de l'Homme de l'Onuci, a poursuivi la conférence de presse en exigeant des «enquêtes immédiates et impartiales» sur les violences survenues au cours des derniers jours, avant de s'exprimer au micro de RFI :

 

Le rapport d'Amnesty International pointait déjà les exactions perpétrées par les forces pro-Ouattara dans la région ouest du pays, rendant les miliciens des FRCI responsables du massacre de Duékoué où, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), «au moins 800 personnes ont été tuées le 29 mars lors de violences intercommunautaires». La délégation de l'organisation, présente sur place de janvier à avril 2011, rapportait également que les violences s'étaient poursuivies après l'arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril, plusieurs témoignages attestant que des actes de représailles avaient été commis sur les partisans du président sortant dans les semaines qui suivirent la reddition de ce dernier.

Pour Human Rights Watch, les FRCI de Ouattara «ont tué au moins 95 personnes non armées à Abidjan au cours des opérations menées à la fin avril et en mai, quand elles ont bouclé et fouillé des zones auparavant contrôlées par les milices pro-Gbagbo». Les témoignages publiés par l'organisation font état d'exécutions à bout portant, de meurtres à l'arme blanche et de viols, commis principalement dans le quartier de Yopougon, réputé pour être un bastion des partisans du président sortant. Un homme a notamment décrit à HRW comment les FRCI avaient tué son frère âgé de 21 ans :

«Deux d'entre eux ont attrapé ses jambes, deux autres lui tenaient les bras dans le dos, et un cinquième lui tenait la tête. Puis un type a sorti un couteau et a tranché la gorge de mon frère. Il hurlait. J'ai vu ses jambes trembler une fois qu'ils lui ont tranché la gorge, le sang ruisselait. Pendant, qu'ils le faisaient, ils ont dit qu'ils devaient éliminer tous les Patriotes qui avaient causé tous les problèmes dans le pays.»

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