Côte d'Ivoire: Amnesty accuse les forces pro-Ouattara

Quatre jours après l'investiture officielle d'Alassane Ouattara, célébrée le samedi 21 mai, en présence d'une vingtaine de chefs d'État et dirigeants africains, du président français, Nicolas Sarkozy, et du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, Amnesty International publie un rapport (à télécharger en cliquant ici) qui accable le camp du nouveau président ivoirien.

Entre janvier et avril 2011, une délégation de l'ONG a mené deux missions d'enquête à Abidjan et dans certaines régions de l'ouest du pays, où elle a rencontré des responsables politiques pro-Gbagbo et pro-Ouattara, ainsi que des représentants de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), et recueilli plusieurs centaines de témoignages auprès des populations. «Tous font état d'une série d'homicides ciblés et systématiques commis par des agents en uniforme des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI, créées par Alassane Ouattara le 8 mars 2011) qui ont exécuté des centaines d'hommes de tous âges sur la base de considérations politiques et ethniques», estime Amnesty.

© Amnesty International. © Amnesty International.

Massacres, atteintes aux droits humains, violences sexuelles, chasses à l'homme... Les conclusions du rapport d'Amnesty International sont terribles et «montrent clairement que toutes les parties au conflit ont commis des crimes au regard du droit international, y compris des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité». Dénonçant les exactions commises par les deux camps qui n'ont de cesse de se renvoyer la responsabilité des massacres, le compte rendu pointe également du doigt l'inaction de l'Onuci qui a, selon l'ONG, manqué à sa mission de protection des populations civiles.

Le rapport d'Amnesty International revient largement sur les massacres perpétrés dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, notamment à Duékoué où, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), «au moins 800 personnes ont été tuées le 29 mars lors de violences intercommunautaires». Haut lieu de l'exploitation de fèves de cacao, cette région est depuis dix ans le théâtre de tensions qui déchirent diverses ethnies ivoiriennes, mais aussi des immigrés issus de pays limitrophes (Burkina Faso, Guinée et Mali).

Après la proclamation des résultats électoraux, des éléments des Forces armées des forces nouvelles (FAFN), un groupe d'opposition armé qui a ensuite intégré les FRCI d'Alassane Ouattara, ont commencé à prendre le contrôle de plusieurs villages de la région. La délégation d'Amnesty International a recueilli des témoignages faisant état de viols, de meurtres, de détentions arbitraires et de mauvais traitements commis par des membres du FAFN depuis décembre 2010.

Un homme, réfugié à la Mission catholique de Duékoué, leur a notamment raconté comment son épouse et son enfant avaient été tués lors de l'attaque du village de Guiéhibli (à 25km de Duékoué) le 28 décembre 2010 : «Nous avons fui pour nous réfugier dans la brousse, les rebelles nous ont poursuivis. Ma femme qui portait un enfant dans le dos ne pouvait pas courir vite. Elle a été atteinte d'une balle et celle-ci a transpercé notre fils âgé de un an qui est mort sur le coup.»

La Mission catholique de Duékoué © Amnesty International. La Mission catholique de Duékoué © Amnesty International.

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