Exposition «Ce que les Corps racontent »

Photographies et dessins de Stéphane Arnoux, Madeleine Froment et Vanda Spengler. Textes de Françoise Simpère.

«Carpe Diem : Cueille le jour et ne crois pas au lendemain[1]»

Est-ce qu’une certaine ignorance de la mort dans notre esprit ferait écho au culte de la jeunesse par l‘éclat d’un corps parfait[2] ? Au contraire, que se passerait-il si quatre artistes interrogeaient la beauté dans ce processus de la vieillesse des corps ?  

Sans doute l’émotion ressortirait : le regard est dérangeant car inhabituel mais aussi touchant dans l’exposition conçue à quatre mains « Ce que les corps racontent »[3].

Autour du projet original de Françoise Simpère, l’exposition est un chemin de réflexion : cinq modèles âgés de 61 à 72 ans,  femmes et  hommes, ont posé pour trois artistes, la question se pose : Que racontent leurs corps âgés ?

Dans l’exposition les mots écrits de Françoise Simpère mêlent réflexions poétiques, philosophiques, humours et histoires personnelles. Cela peut être des panneaux aux textes long imprimés concluants : « C’est plus tard qu’on réalise que vieillir présente des inconvénients physiques indéniables, mais un avantage évident celui de ne pas être mort jeune »,  des phrases inscrites à la main posant questions «Ils disent Tu ne fais pas ton âge. A quoi ressemble dans l’imaginaire des hommes une femme qui fait son âge ?» où une réflexion existentialiste : « Je penses à la mort parce que je crois qu’il faut un jour y penser ».

A la profondeur des textes répondent les œuvres photographiques et dessins de Stéphane Arnoux, Madeleine Froment et Vanda Spengler. L’œuvre collective s’équilibre et tout s’enrichit.

En noir et blanc, les photographies de Stéphane Arnoux font volontiers des plans de détails. Creux et chairs, la sensibilité de cet artiste expert en Shibari[4] ressort-elle ? L’esthétique se traduit par cette fascination pour ces collines et ces plis que forment les peaux, ces nœuds naturels, que la vieillesse apportent. En plans éloignés, les corps se font cavernes où mystères, ils dérangent et jouent des contrastes lumineux.

Dans les photographies en couleurs de Vanda Spengler, on est entre « bloc de chair » et « douceur ». Il y a une intensité sculpturale dans ses photographies : l’enlacement entre deux modèles n’est pas sans rappeler les sculptures de marbre blanc les plus délicates[5] , paradoxe étrange, car la couleur renforce cette sensation. Ses séries ont pour nom « Epidermes » : les grains de peau en gros plans, car la peau est une page, une surface de signes et de codes de l’humain pour l’humain.

Dans les photographies polaroids de Madeleine Froment, ce sont les intimités de corps qui sont dérobées. Puis ils sont retranscris dans des dessins en grands formats avec cette finition parfaite, ce réalisme et cette douceur de trait caractéristiques de sa manière. Des dessins sont présentés bruts sous forme de grands collages à appliquer sur un mur, d’autres dans des installations lumineuses particulières. A l’intérieur d’un cadre deux dessins se superposent entre transparence et disparition. Ce jeu sur la composition et la décomposition amène plusieurs niveaux de lecture : le corps s’échappant, le corps et l’esprit se mêlant, le trait invisible et sa continuité. Le corps est-il l’enveloppe de quelque chose de plus grand ?

Comment réagir ? Nous mettre face à la vieillesse est-il une manière de nous rappeler à notre réalité de vie, posant la question de l’être et du temps: « Tout souci est temporel, en tant qu’il compte avec le temps. Devant la mort l’homme doit se décider à être lui-même [6]».

L’esthétique et la douceur de ces corps patinés par ce temps ressortant des photographies et des dessins sont consolatrices, comme les paroles de Francoise Simpere, nous invitant à savourer chaque instant.

Au final, Quelle est la limite entre l’art  et la pensée ?

La conclusion s’impose crument dans mon esprit afin d’assumer une liberté et une beauté de la vie, avec ses mots d'Heidegger : 

« L’homme est un être qui doit assumer sa finitude[7]».

--------------------------------------------------------------------------------------------------------

“Ce que les corps racontent” sera présenté à la galerie du 59 rue de Rivoli à Paris du 2 au 8 octobre 2017. Ouverture tous les jours de 13h à 20h.

https://www.facebook.com/events/167321510485400/

 

SPECIAL NUIT BLANCHE, samedi 8 Octobre , Concert du groupe MAHOGANY et Ouverture de l’exposition jusqu’à minuit

https://www.facebook.com/mahagonnymusic/

 

 

[1] D’après Horace, Odes, I, 11.

[2] Cette question est peut-être intemporelle : « Nous cherchons tous passionnément à restaurer en nous une sorte de corps complet, beau, intègre, solide, désirable, - et qui soit à peu près sûr ».« De l’enfance à la mort nous ne cessons d’explorer à l’aveuglette une sorte de corps qui nous contient sans honte mais aussi qui nous ravit à nous même » « Il est la prison de solitude. Il est la course et l’espace de la mort. » Dans L’anatomie (l’envers du corps), de Pascal Quignard. Post-face à blason anatomique du corps humain, d’après Clément Marot.

[3] « Etre ému, c’est ce qu’il y a de pire pour voir les choses comme elles sont. On est ému et il n’y a pas pire moment de clairvoyance, voire de sensibilité. » D’après Rodrigo Garcia, j’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe, éditions Les Solitaires intempestifs, 2011.

[4] Art du Bondage Japonais.

[5] Les mains dans les chairs blanches des sculptures Renaissance de Puget au Bernin.

[6] D’après Heidegger, « Etre et temps ».

[7] D’après Heidegger

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.