Merci Trump !

Le jour même de l'annonce de la défection américaine sur les accords de Paris, le président Macron lançait un vibrant et opportuniste appel à continuer à avancer, sous l'égide de la France, pour la mise en place de la réduction des émissions à gaz à effet de serre. 'Make our planet great again' ou le coup de com' d'un président qui s'impose en « vert » et contre tous ?

Et voilà, nous y sommes ! Ce n'était plus vraiment une surprise depuis le G7, mais le 1er juin 2017 risque bien de rester comme une date historique pour l'avenir de l'humanité, celle de la confrontation évidente entre deux visions incompatibles du monde. L'une totalement forcenée, décliniste et egocentrée et l'autre, d'aspiration progressiste et peut-être enfin porteuse d'une vision globale. Ou, comme le dit si bien la réplique du film culte, « le monde se divise en deux catégories… ». Si Trump le fou a bien la détermination et le pistolet en main, a-t-il seulement l'intelligence de comprendre que c'est d'abord l'Amérique qui va au casse-pipe ; son jusqu'au boutisme conduit tout droit le pays au bord du gouffre et le monde avec.

Le président américain en dénonçant les accords de Paris est sur sa ligne, en vrai populiste, il tient ses engagements avec démagogie, c'est ce qui le maintient encore au pouvoir mais c'est toute la limite de son champ d'action et gageons que cela ne tardera pas à s'effondrer tel un château de cartes. Combien de temps pourra t-il tenir son électorat grâce à cette poudre aux yeux ? L'isolement programmé des USA se retournera contre lui plus vite qu'il ne l'imagine.

Si ce 1er juin marque d'une pierre noire le refus d'une certaine Amérique réactionnaire pour la marche du monde, nous savons bien que dans sa majorité ce pays n'est pas acquis aux idéaux de ce bouffon cynique. Trump n'est pas l'Amérique et combien de millions d'américains sont totalement opposés à cette catastrophe programmée ? Si l'économie de la Silicon Valley a toujours été fermement opposé à Trump, il est quand même assez remarquable de voir que, de Général Motors à ExxonMobil, nombre de groupes industriels parmi les plus néfastes, se positionnent maintenant en faveur de la transition énergétique.

Il faudra bien un jour appeler les climato-sceptiques par leur nom, leur réthorique n'étant guidée que par l'intérêt financier, ce sont des mafieux en puissance, des criminels coupables de soutenir la plus grande exaction commise contre l'humanité. Ces négationnistes, l'époque n'en veut plus, car elle n'en peut plus.

Moins de deux siècles d'industrialisation ont réussis à modifier durablement le climat de la planète et en plusieurs millions d'années de présence, l'homme n'a jamais influé à ce point sur les éco-systèmes et mis en péril autant de ses semblables. La planète survivra bien à ce chaos, mais qu'en sera t-il à court terme des conséquences déjà désastreuses de cette folie ? Au-delà de l'attitude américaine, autant de questions que refusent encore de se poser les puissants de ce monde, pour qui, quel qu'en soit le prix, le tout économique reste la priorité.

Dans ce contexte, la prise de position du président français est remarquable à plusieurs titres. En fin stratège, il a bien compris que l'annonce de la défection de Trump sur la Cop 21 représentait l'opportunité exceptionnelle d'asseoir sa position et celle de la France à l'international. À ce titre, la main tendue aux citoyens américains marque la volonté d'un regain de légitimité français, vers l'esquisse d'un futur leadership idéologique ? Après avoir solennellement mis la pression à un Poutine impavide, Macron se positionne en hyper-président. I'm the boss, Make France Great Again, peut-on lire entre les lignes.

Au delà de ce brillant coup de com' en pleine course aux législatives, le fait de porter haut ce message salvateur peut-il vraiment relancer l'espoir d'une mobilisation sur les politiques environnementales ici et dans le monde ? Le fait de mettre la barre si haut en s'adressant au monde est ambitieux et ne manque pas de panache mais il pourrait redonner un peu de crédibilité à la France sur ce sujet. Malgré la Cop 21, que le bilan de son prédécesseur en la matière est médiocre ! Le président Macron sera maintenant jugé sur ses actes et suivi quand à la mise en œuvre de cet ambitieux programme ; espérons qu'au delà de la fronde jupitérienne, cette volonté affichée puisse déboucher rapidement sur une transition énergétique d'envergure ici et en Europe.

Macron versus Trump, le combat ne fait que commencer mais il apparaît que l'évènement que constitue l'appel du président français, a déjà une portée universelle. Si nous espérons pouvoir remercier un jour Emmanuel Macron d'avoir prit les rênes de cette bataille, il faut quand même reconnaître à l'abominable Trump d'avoir été l'inspirateur d'un discours qui, espérons-le fera date. Et si comme le dit le président des Seychelles, le revirement de Trump était finalement un mal pour un bien ?

Le défi est colossal, osons croire en l'écologie en marche et, exceptionnellement… merci Trump !

Antoine Rocher

 

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