Non, ni la CGT ni la SNCF ne m'empêcheront pas d'aimer le train!

Le Canard publie un dessin très mordant... en titre «peur de rater son BAC?» et le lycéen répond «plutôt de rater son train». Tout y est dit, la CGT n'a pas grand chose à cirer en s'opposant à la demande pour que les cheminots lèvent le pied, si on peut dire, pendant les épreuves du Bac. Comme l'autre, droit dans ses bottes, sans trop de considération pour le stress des lycéens!

Tout ça pour ça! La loi est passée et si quelques modifications ont été inscrites pour aménager les effets de la réforme c'est le résultat de l’opiniâtreté de certains syndicalistes qui insistaient sur la négociation et la volonté de se battre pour faire avancer et modifier les choses concernant le devenir du train et des salariés.

C'est que la défense du train ce devait être en priorité et ce depuis longtemps l'engagement professionnel et syndical. Mais on sait, chez les cheminots comme dans toutes les professions, il y a ceux qui s'engagent dans l'exercice de leur métier et ceux, chacun de nous en a croisé, qui semblent avoir oublié qu'ils sont des professionnels. Ceci est vrai aussi chez les médecins, comme chez les plombiers, les guichetiers de la poste, les agents à l'état civil, les maçons ...ou les cheminots! On voudrait nous faire croire que derrière la CGT les « cheminots » répondent présent mais chacun de nous a pu trouver dans les gares ou dans les trains, des cheminots qui, souvent à voix basse, laissent entendre ou disent leur malaise face aux diktats des états majors et du gouvernement en concertation. Chacun avec des intérêts divergents (autres que le service au public). D'un côté «je suis le plus fort je casse la corporation» de l'autre «je suis le premier, le chef des revendicatifs (et je vais gagner les élections)»

Et comme dit le gardien de mon immeuble, qui sort les poubelles des différents cages d'escalier et est présent de 8 h à 20 h, "quand je suis malade je dois me débrouiller pour que les poubelles sortent quand même. Eux, on réussi à que les jours de congé, entre deux jours de grève leurs soient payés, bonjour la classe ouvrière". Les choses ne sont pas, bien sûr aussi linéaires mais c'est bien ça que les syndicats sont en train de réussir avec ce mouvement, nous donner à voir les inégalités défendues par les syndicats, parmi les travailleurs!

Et à faire un référendum de propagande comme celui de la CGT, encore un coup d'épée dans l'eau, on pourrait imaginer, simultanément un référendum chez les usagers... «En milieu de matinée, le taux de grévistes s'établissait à 9,87%, en baisse par rapport aux 10,80% enregistrés lundi dernier. Près de 38% des conducteurs participaient à la grève vendredi ainsi qu'un peu moins d'un tiers des contrôleurs (31,6%)» Reuters, In Mediapart du 22 juin 2018.

La presse de droite se gargarise avec un Macron-à-toute-épreuve. Et la réponse syndicale est de noyer le poisson, statut par-ci, droits acquis par-là, service public alors que depuis longtemps le service-au-public est défectueux. Certains de mes camarades cheminots dans la région d'Amiens ou de la ligne Toulouse-La Tour de Carol savent bien que ce n'est pas seulement le défaut de l'organisation mais l'engagement des salariés qui est souvent en cause. Et on sait que le Pépy s'en sert de ces manquements dont certains professionnels se couvrent grâce au Syndicat! Pour Macron aussi c'est tout bénef, les cheminots nous apprennent à nous détourner du train et nous tourner vers ses cars Macron!

Non, je n'ai pas de «recette», qui serais-je pour en avoir? Si tous les cheminots, pas que les syndicalistes mais les professionnels se mobilisaient et défendaient la qualité du service au public (qui est plus exigeant que le slogan 'service public') ensemble avec les usagers, nous aurions été nombreux à les soutenir et à nous engager avec eux. Là, nous sommes surtout comme le dessin du Canard «plutôt peur de rater son train», même hors des jours de grève, certains sont souvent supprimés.

Je sais que ce billet a peu de chance d'être lu et, s'il l'est, sera contesté et "jeté aux orties" car, chez les blogueurs à Mediapart on évoque les cheminots comme un seul homme, même si la "Coopérative Dire Le Travail" apporte des témoignages importants pour la compréhension du vécu de certains cheminots. Je pense que d'autres voix devaient "oser" s'exprimer et dire autre chose que la grotesque proposition de débat Martinez-Philippe : "Je propose qu'on puisse avoir un débat avec le Premier ministre, face à face, tous les deux", a déclaré le "modeste" secrétaire général de la CGT dans la matinale de Public Sénat.

Non, ni la CGT, ni la SNCF, ni le gouvernement ne m'empêcheront pas d'aimer le train! Mais quelle galère, ils font vivre aux personnes qui ont besoin et aiment le train...

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