Vu de l'Helvétie 1

Si je puis me permettre… le référendum d’initiative partagée contre Aéroport de Paris n’a pas récolté les plus de 4,7 millions de signatures nécessaires, et c’est bien ce qui était escompté par les auteurs de cette usine à gaz.

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai dû batailler pas mal de temps dans le labyrinthe du site dédié pour enfin arriver à l’inscription et là horreur et damnation :
Etant né à l’étranger, je ne pouvais pas signer en ligne. Je devais aller en Mairie pour cette opération.
Pris d’une illumination soudaine, avant de me déplacer à la Mairie du chef-lieu de ma Communauté de Communes, je leur téléphone, pour apprendre qu’elle n’est pas habilitée pour recevoir mon paraphe. Retour sur le site pour chercher quelle est la Mairie la plus proche de mon domicile afin de remplir ce que je considère comme un devoir de citoyen conscient de ses droits et devoirs.
Muni des documents idoines, j’arrive dans la Mairie d’une ville de 9'500 habitants et, je suis la première personne qui leur demande un truc pareil.
Trois quarts d’heure plus tard, je ressort avec ma précieuse attestation de vote et l’information que s’il y avait un problème d’enregistrement, ils m’en feraient part.
Bref, il faut être particulièrement motivé pour arriver au bout de cette course d’obstacles.
J’en conclu que c’est pour systématiser un échec des RIP que le site dédié est si mal foutu, car ce n’est pas possible pour un geek de se vautrer pareillement de façon accidentelle.

Vu de l’Helvétie, qui a une très longue routine des référendums, c’est surréaliste.
1° Un Référendum est une procédure de vote pour avaliser ou annuler une loi votée au Parlement.
2° Une initiative est une demande de légiférer venant du peuple et qui contraint le Parlement à créer une loi..
Il y a donc une confusion des genres avec le référendum d’initiative, mais passons.
3° Un référendum émane d’une volonté populaire et l’Helvète que je suis ne comprend pas que les citoyens doivent se faire "tutelliser" par 20% des Députés pour avoir le droit de contester une décision de ces mêmes Députés…
4° Le nombre de signatures requises est dément.
Demander à plus de 4,7 millions de personnes de passer plus d’une heure à batailler avec un site mal fait pour apposer sa signature est un sabordage délibéré de cette lueur de démocratisation.
5° En Suisse, un référendum doit être muni de 50'000 paraphes en 3 mois pour aboutir.
Si tel est le cas, la loi passera directement en vote populaire avant de pouvoir être appliquée (généralement, dans l’année qui suit).
La Suisse ayant environ 8 millions d’habitants, en appliquant le même ratio, ça représenterait, en France, 425'000 signatures nécessaires.
6° Les signatures :
Elles se récoltent dans la rue, en porte à porte, en assemblées politiques, sur des feuilles au contenu explicite et sans équivoques. Une seule commune de domicile pour tous les signataires de la même feuille et celle-ci est envoyée dans les Communes pour avaliser les signatures avant de retourner au comité de référendum. Sans les explications des enjeux du vote, ça prend une petite minute.
Celui-ci muni de ses précieuses 50'000 signatures (ou plus) les dépose à la Chancellerie fédérale et la loi est suspendue jusqu’au vote populaire.

Si c’est non, c’est non selon le principe intangible de : Vox populi = vox dei.

Comme en toutes choses, malheur a du bon, ce que l’esprit citoyen n’est pas arrivé à faire, le Covid-19 l’a réalisé : Actuellement l’ADP est invendable et les soupçons de malversations qui trainent autour de la société ne va pas faciliter la vente.

Emile Blutch

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